Administrateur territorial 2021 : corrigé sur la décroissance

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Proposition de corrigé — non officielle. Session 2021. Externe, externe spécial, interne et troisième concours — question de société contemporaine. Durée : 5 heures. Coefficient : 3.

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Cette composition développe une réponse argumentée parmi plusieurs possibles. Elle ne constitue ni une copie de lauréat ni une réponse validée par le jury.

Préciser la notion de décroissance

La proposition se place dans les débats accessibles en 2021. Elle distingue baisse subie de l’activité, réduction organisée des pressions écologiques et projet politique de décroissance. Ces trois notions ne sont pas interchangeables.

Introduction proposée

La puissance technique a longtemps nourri l’idée que l’humanité pourrait accroître indéfiniment sa production en maîtrisant la nature. Les dégradations du climat, des milieux et des ressources rendent cette représentation difficile à soutenir. Pourtant, reconnaître des limites physiques ne suffit pas à déterminer une organisation économique unique. La décroissance peut désigner une baisse du produit intérieur brut, une réduction volontaire des consommations matérielles ou un projet de transformation sociale. Sommes-nous contraints à toutes ces formes, ou seulement à diminuer certaines pressions ? La nécessité de respecter les conditions écologiques de la vie est réelle ; la manière d’y parvenir demeure un choix politique, économique et social.

I. Les limites écologiques imposent de rompre avec certaines trajectoires

L’activité humaine transforme les milieux dont elle dépend. Prélever une ressource au-delà de son renouvellement ou accumuler des pollutions peut compromettre des fonctions essentielles : eau, sols, santé et stabilité du climat. La nature n’est donc pas un stock extérieur à l’économie. Les dommages peuvent revenir sous forme de coûts, de pertes de production et de risques pour les populations.

Les gains d’efficacité ne suffisent pas toujours. Un appareil consommant moins à chaque usage peut être utilisé davantage ; une baisse du coût d’un service peut en accroître la demande. Cet effet de rebond ne supprime pas l’intérêt du progrès technique, mais interdit d’en déduire automatiquement une baisse globale des pressions. Il faut distinguer découplage relatif, lorsque l’impact croît moins vite que la production, et découplage absolu, lorsqu’il diminue réellement.

Enfin, toutes les consommations ne répondent pas à des besoins équivalents. Les émissions ou prélèvements nécessaires pour garantir un accès élémentaire au logement et aux soins ne peuvent être appréciés comme ceux d’usages de luxe. Les responsabilités historiques et les capacités de transformation diffèrent entre pays et groupes sociaux. Une réduction indifférenciée risquerait de renforcer les privations plutôt que de résoudre la crise écologique.

II. Une baisse du PIB ne constitue ni une condition suffisante ni un programme complet

Une récession peut réduire temporairement certaines consommations tout en provoquant chômage, pauvreté et recul de l’investissement. Elle ne transforme pas nécessairement les infrastructures ou les modes de production. La contraction subie de l’activité ne doit donc pas être confondue avec une politique choisie de sobriété et de réorganisation des besoins.

Le PIB mesure une production monétaire, non directement le bien-être ni les pressions matérielles. Une réparation, un service de soin ou une rénovation peuvent contribuer à l’activité économique tout en répondant à des objectifs différents d’une production fortement polluante. Il serait donc trop simple d’assimiler toute croissance à une dégradation identique, comme de supposer qu’une économie de services serait immatérielle : ses équipements et réseaux ont eux aussi une empreinte.

Les défenseurs de la croissance verte misent sur innovation, substitution et transformation énergétique. Ceux de la décroissance soulignent la difficulté d’obtenir une réduction assez rapide et globale des impacts tout en poursuivant l’expansion de la production. Le désaccord porte sur les possibilités techniques, les rythmes et les institutions. Il doit être examiné à partir des résultats observables, en tenant compte des importations et des transferts d’impacts, plutôt que résolu par une simple profession de foi.

III. La contrainte écologique appelle des choix démocratiques sur la prospérité

La première décision consiste à hiérarchiser les besoins et les investissements. Réduire certaines activités très consommatrices de ressources peut aller de pair avec le développement des soins, de l’éducation, de la rénovation et des mobilités utiles. Cette orientation exige de former les travailleurs, d’accompagner les territoires dépendants d’une activité et de financer la transition. Le mot sobriété n’a de sens que si les alternatives sont praticables.

La répartition de l’effort est décisive. Des restrictions supportées principalement par les ménages modestes fragiliseraient la légitimité de la transformation. Fiscalité, protection sociale, services publics et règles de production peuvent répartir les coûts, mais doivent être discutés et évalués. Les choix collectifs ne se réduisent ni aux gestes individuels ni à une injonction morale uniforme.

Enfin, il faut mesurer ce que l’on cherche à préserver. Santé, accès aux services, qualité des milieux et émissions complètent utilement les indicateurs économiques. Aucun tableau de bord ne remplace le débat démocratique, mais il permet de rendre les arbitrages visibles. À l’échelle internationale, coopération et financement sont nécessaires pour que les pays ayant le moins contribué aux dégradations ne soient pas privés de développement.

Conclusion proposée

Nous sommes contraints de réduire les pressions incompatibles avec les conditions écologiques de la vie, mais cette exigence ne démontre pas à elle seule que toute production doive décroître de la même façon. Le choix porte sur les activités à développer, à transformer ou à réduire, et sur la répartition de l’effort. Une prospérité moins dépendante de l’accumulation matérielle exige des institutions et des solidarités, non la simple acceptation d’une récession. La contrainte est physique ; la réponse reste politique.