Corrigé — Attaché territorial 2022 : rapport sur une médiathèque tiers-lieu pour les jeunes
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Proposition de corrigé — non officielle. Concours interne et troisième concours d’attaché territorial, spécialité animation, session 2022. Le rapport répond à la commande du sujet officiel, à partir des neuf documents du dossier et des connaissances mobilisables dans l’épreuve. Retrouver les annales d’attaché territorial.
Rapport proposé
À l’attention du maire
Objet : faire évoluer la médiathèque d’Admiville vers un tiers-lieu ouvert aux jeunes
Admiville compte 15 000 habitants et une part importante de jeunes de 16 à 24 ans. Ses équipements jeunesse sont peu nombreux et le budget ne permet pas de construire un lieu supplémentaire. Transformer progressivement la médiathèque existante peut répondre à ce besoin, à condition de partir des usages des jeunes et de préserver sa mission culturelle. Un tiers-lieu ne résulte pas de l’installation d’un café ou d’un espace de travail : il repose sur un lieu accessible, des activités mêlées, une communauté d’usagers et de partenaires qui peut y prendre des initiatives, ainsi qu’une animation quotidienne. Le dossier permet d’en comprendre les apports et les limites. Il conduit à proposer une préfiguration dans les espaces actuels, avant tout investissement durable.
I. Le tiers-lieu peut relier culture, rencontres et accompagnement des jeunes
Les besoins des jeunes dépassent l’accès à une salle. Le dossier souligne la diversité des situations des 16–24 ans : études, emploi précaire, recherche de formation, difficultés de logement ou de santé, mais aussi envie de sociabilité et de projets collectifs. L’enquête INJEP-CRÉDOC menée en mars-avril 2021, pendant la crise sanitaire, montre que de nombreux 18–30 ans ont souffert d’isolement et de manque de motivation, alors que l’engagement bénévole restait important. Ces données nationales et datées ne décrivent pas à elles seules les jeunes d’Admiville. Elles suggèrent de leur offrir un lieu où venir sans justification préalable, retrouver d’autres personnes et, s’ils le souhaitent, rencontrer un professionnel ou proposer une activité. Une politique exclusivement centrée sur l’insertion professionnelle manquerait une partie de leurs attentes.
La médiathèque possède déjà des ressources utiles. Les bibliothèques accueillent des publics variés et donnent accès aux livres, à l’information, au travail et aux pratiques culturelles. Leur évolution vers un lieu de vie peut ajouter des espaces de discussion, de création, de pratique numérique ou de projet, tout en gardant des zones de lecture calme. Le dossier cite la médiathèque de Lezoux, où se côtoient plusieurs usages, et le projet éducatif local de Redon, qui décrit des espaces informels, en accès libre et situés dans un lieu de passage. À Tournefeuille, l’Archipel associe jeunes, animateurs, habitants, associations et entreprises autour de projets ; une association de jeunes y joue un rôle moteur. Ces cas ne constituent pas des modèles à copier : Admiville doit examiner sa médiathèque, sa fréquentation actuelle, les horaires, les espaces, les personnels et la proximité des transports.
L’ouverture du lieu suppose une vraie capacité d’animation. Le dossier national sur les tiers-lieux retient cinq traits : ancrage territorial, communauté engagée, gouvernance partagée, activités hybrides et expérimentation. Il indique qu’une majorité des lieux recensés disposaient d’un facilitateur, signe que le projet repose sur des personnes autant que sur des locaux. Un tiers-lieu peut réunir des permanences de la mission locale, des ateliers de création, de l’éducation aux médias, du travail partagé ou une aide numérique. Il ne doit pas devenir un guichet où les jeunes passent seulement chercher une information : la revue sur les tiers-lieux montre que ce modèle de guichet s’est affaibli avec l’accès à l’information en ligne. Le lieu a plus de valeur lorsqu’il permet aux jeunes de rester, de rencontrer des pairs, d’apprendre par la pratique et de contribuer à son fonctionnement. L’Archipel illustre cette approche par l’association de jeunes, des projets audiovisuels et des groupes d’émergence.
Un modèle économique à éprouver. Le dossier national décrit des tiers-lieux dont les ressources mêlent recettes propres et subventions ; cette moyenne ne garantit rien pour la médiathèque d’Admiville. Les programmes publics mentionnés en 2021 portent notamment sur des manufactures, la formation, le service civique, l’inclusion numérique et des réseaux de lieux. Leur existence ne signifie ni éligibilité automatique de la commune ni financement acquis. Le groupement France Tiers Lieux a pour objet, selon le texte de 2022 joint au sujet, d’appuyer la professionnalisation, l’ingénierie et les réseaux. La commune peut rechercher un appui méthodologique, mais elle doit d’abord chiffrer le fonctionnement réel : temps des bibliothécaires et animateurs, ouverture, entretien, équipements et coordination des partenaires. Le recours éventuel à des bénévoles ou volontaires complète le travail des professionnels sans s’y substituer.
II. Une préfiguration dans la médiathèque permettrait de décider sur des usages observés
Établir un diagnostic avec les premiers concernés. Le pôle Éducation Enfance Jeunesse et la direction de la médiathèque pourraient conduire une enquête courte auprès des jeunes, y compris ceux qui ne fréquentent ni la bibliothèque ni les structures municipales. Des rencontres dans les établissements, les associations et les lieux de passage, ainsi que des ateliers sur place, aideraient à connaître leurs horaires, leurs besoins d’espace, leurs freins et leurs idées. Les personnels de la médiathèque doivent participer dès cette phase : ils connaissent les usages du bâtiment et les conditions d’accueil. La mission locale, les acteurs de l’information jeunesse, les associations culturelles, les établissements de formation, la CAF et l’intercommunalité seraient invités selon les besoins établis. Le guide méthodologique du dossier recommande de croiser les données et les regards plutôt que de juxtaposer des diagnostics séparés ; un chef de projet clairement mandaté par le maire garantirait ce travail transversal.
Tester quelques usages compatibles avec le bâtiment. Une première période d’essai pourrait réserver des plages horaires et des espaces identifiés aux jeunes, sans retirer l’accès aux autres publics. La commune pourrait mettre à disposition des tables pour travailler ou monter un projet, organiser des ateliers de médias et de création avec les équipements existants, accueillir une permanence d’information jeunesse et ouvrir un temps de rencontre libre animé. Les activités choisies devraient résulter du diagnostic, non d’un catalogue prédéfini. Des règles simples préciseraient les usages du bruit, des équipements, les responsabilités des adultes et la sécurité des mineurs. Les bibliothécaires, animateurs et partenaires organiseraient ensemble le calendrier et les passages de relais. Une signalétique claire et des horaires compatibles avec la vie des lycéens, étudiants et jeunes actifs sont nécessaires pour que la médiathèque soit réellement accessible.
Donner aux jeunes une place dans les décisions. Un groupe ouvert de jeunes usagers et non-usagers pourrait participer au choix des activités, à l’aménagement léger des espaces et au retour d’expérience. Il ne s’agirait pas de leur demander seulement de valider un projet déjà conçu. Des propositions de projets portés par les jeunes pourraient être examinées avec un référent municipal, dans un cadre explicite de moyens et de responsabilités. Le modèle de Tournefeuille montre l’intérêt d’une association de jeunes, mais Admiville ne doit pas imposer la création d’une structure avant qu’un collectif et un besoin existent. Une gouvernance associant élus, médiathèque, jeunesse et partenaires pourrait arbitrer les questions de service public, pendant qu’un animateur ou facilitateur assure la continuité du lieu. La possibilité de venir sans s’inscrire à un projet doit rester ouverte ; tous les jeunes ne souhaitent pas devenir organisateurs.
Mesurer les effets avant de pérenniser. Après plusieurs mois de préfiguration, la commune comparerait les fréquentations par plage et par âge, la part des nouveaux usagers, la répétition des visites, la participation aux activités, les projets nés dans le lieu et les retours des jeunes et des agents. Elle examinerait aussi les coûts supplémentaires, les conflits d’usage, la charge de travail et la qualité de l’accès à la lecture pour les autres publics. Des entretiens avec les jeunes qui ne viennent toujours pas permettraient de comprendre ce qui manque. La décision pourrait alors être d’ajuster les horaires, de renforcer l’animation, d’adapter un espace ou de renoncer à certains usages trop coûteux. Ce n’est qu’à partir de ce bilan que des travaux plus importants ou une convention pluriannuelle avec des partenaires seraient justifiés.
La médiathèque peut devenir un point d’appui pour la jeunesse sans changer de bâtiment ni perdre sa vocation culturelle. Le succès dépendra moins de l’étiquette « tiers-lieu » que de la capacité d’Admiville à ouvrir ses espaces, à accompagner des initiatives et à modifier son projet après l’avoir éprouvé avec les jeunes.