Corrigé — Attaché territorial 2024 : note sur la diversité des jeunesses

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Proposition de corrigé — non officielle. Concours externe d’attaché territorial, spécialité animation, session 2024. Cette note répond à la commande du sujet officiel à partir des douze documents du dossier. Retrouver les annales d’attaché territorial.

Note proposée

À l’attention de la directrice générale des services
Objet : les enjeux d’une politique jeunesse attentive à la diversité des publics

Admiville compte 49 000 habitants, un quartier prioritaire de la politique de la ville et une proportion importante de jeunes de 12 à 25 ans. Repenser la politique jeunesse suppose d’abord de renoncer à l’idée d’un public unique. Un collégien, une jeune salariée, un étudiant, un jeune parent ou une personne éloignée des institutions ne traversent ni les mêmes étapes ni les mêmes difficultés. Les études réunies dans le dossier montrent aussi que les jeunes veulent être reconnus comme acteurs de la cité, et pas seulement comme destinataires de services. La commune doit donc considérer simultanément leurs conditions d’autonomie et la place qui leur est donnée dans les décisions collectives.

Des parcours multiples qui appellent des réponses différenciées

La catégorie « jeunesse » masque de fortes inégalités de situation. Le CESER Pays de la Loire décrit des parcours marqués par le statut scolaire ou professionnel, le revenu, le logement, le genre et le lieu de vie. Certains jeunes disposent déjà d’un emploi et d’un logement stables ; d’autres alternent formation, contrats courts, chômage et retours au domicile familial. L’âge seul ne suffit donc pas à définir les besoins. Les moins de 15 ans représentent 17 % de la population française au 1er janvier 2024, les 15-19 ans 6,3 % et les 20-24 ans 5,8 %, selon le tableau de l’Insee reproduit dans le dossier. Ces proportions nationales donnent un repère démographique ; elles ne décrivent pas la population d’Admiville.

La situation des jeunes les moins visibles mérite une attention particulière. Le CESER relève que la distance aux services peut concerner des jeunes ni en emploi ni en formation, mais aussi des personnes qui ignorent l’existence de l’accompagnement. Dans l’étude régionale citée, la grande majorité des jeunes qualifiés d’« invisibles » vivent hors des quartiers prioritaires. Il serait donc erroné de cantonner la recherche du non-recours au seul QPV d’Admiville. La cartographie des publics et de l’offre par secteur géographique, recommandée par le CESER, permettrait de repérer à la fois les zones insuffisamment desservies et les ruptures créées par les limites administratives. Elle devrait être complétée par la parole des jeunes que les services connaissent mal.

L’accès effectif à l’autonomie dépend de plusieurs ressources liées entre elles. Le logement, la mobilité, les revenus, l’orientation et la santé conditionnent la capacité de se former, de travailler ou de s’engager. Le dossier souligne le paradoxe d’une majorité civile qui n’ouvre pas, pour beaucoup de 18-25 ans, un accès comparable à celui des adultes plus âgés aux aides sociales. Il rappelle aussi que les attentes vis-à-vis du travail évoluent : la recherche d’un revenu demeure, mais la liberté de choix et le sens de l’activité comptent fortement. Une politique centrée sur les seuls loisirs manquerait ces transitions et les difficultés des jeunes déjà sortis de l’école.

La santé mentale constitue un autre enjeu transversal. Le CESER fait état d’une dégradation après la crise sanitaire et de capacités d’accompagnement insuffisantes. Les inégalités de genre traversent, elles aussi, les parcours : orientation professionnelle, sécurité dans l’espace public, violences sexistes et sexuelles, précarité et accès aux activités. Les marches exploratoires évoquées dans le dossier illustrent l’intérêt d’écouter les jeunes filles sur leurs usages concrets de la ville. Le respect de cette diversité implique d’accueillir les interrogations sur l’identité de genre sans réduire les jeunes à des catégories préétablies.

Des services accessibles dans tous les lieux de vie

Une offre abondante ne garantit pas que les jeunes y recourent. La Boussole des jeunes a été conçue pour répondre à une information dispersée, formulée dans un langage parfois peu compréhensible et perçue comme stigmatisante. Elle présente les services par besoin et facilite le contact avec un professionnel. Son intérêt est également de faire travailler ensemble les acteurs qui interviennent trop souvent séparément. Le projet éducatif de Belleville-en-Beaujolais montre la complémentarité possible entre accueil libre et gratuit, accompagnement individuel, forum de ressources, centre social, campus connecté et présence éducative sur les réseaux sociaux. L’enjeu est d’offrir plusieurs portes d’entrée, y compris aux jeunes qui ne se présentent pas spontanément dans un équipement municipal.

L’orientation scolaire donne un exemple concret de cette approche. Le guide de la Cité éducative de Saint-Nazaire invite les familles à parler avec les enseignants, consulter les professionnels de l’orientation, visiter les lycées et centres de formation et expérimenter les métiers. Son attention aux familles primo-arrivantes rappelle que la langue et la connaissance du système éducatif peuvent freiner l’accès aux choix. Plus largement, les Cités éducatives visent à relier les temps scolaires, périscolaires et extrascolaires, de la petite enfance à l’insertion professionnelle. Leur label dépend toutefois d’une éligibilité et d’une stratégie partagée : la présence d’un QPV à Admiville n’établit pas, à elle seule, que la commune en bénéficie.

Le quartier prioritaire appelle une mobilisation renforcée sans être isolé du reste de la ville. La circulaire sur les contrats de ville 2024-2030 demande de partir des priorités exprimées par les habitants, d’articuler les dispositifs existants et de mesurer les résultats. Elle prévoit également, dans des conditions encadrées, la prise en compte de poches de pauvreté situées hors des QPV. La convention territoriale globale de Mantes-la-Jolie illustre la traduction possible de ces principes : lutte contre le décrochage, recherche de stages, prévention en santé, mobilité, accès aux loisirs et accompagnement des projets. Dans une ville comme Admiville, les politiques éducatives, sociales, culturelles et sportives doivent donc se rejoindre autour des parcours plutôt que juxtaposer leurs offres.

Reconnaître les jeunes comme citoyens et partenaires

L’abstention électorale ne résume pas l’engagement des jeunes. Le CESER et l’enquête d’Intercommunalités de France avec l’Anacej décrivent des mobilisations associatives, environnementales et solidaires, ainsi que des formes d’expression moins institutionnelles. Leur reconnaître une place suppose d’abandonner les représentations selon lesquelles seuls certains seraient de « vrais » jeunes ou seraient assez experts pour participer. Les démarches de concertation fonctionnent lorsque les élus et les professionnels acceptent une parole diverse, expliquent les suites données et rendent visibles les décisions auxquelles elle a contribué.

Le projet de Belleville-en-Beaujolais offre plusieurs exemples : un lieu ouvert de participation, un conseil de jeunes citoyens, un collectif consacré aux transitions écologiques et des activités construites avec les adolescents. Le Forum français de la jeunesse insiste sur le dialogue structuré et sur les moyens matériels nécessaires aux organisations de jeunes. Ces formes ne sont pas interchangeables : un conseil peut conduire des projets suivis dans le temps, tandis que des rencontres dans les lieux de vie ou des échanges numériques atteignent des jeunes qui ne rejoindraient pas une instance formelle. La participation demande aussi des conditions de vie permettant de dégager du temps ; elle ne peut être réservée à ceux qui sont déjà disponibles et familiers des codes institutionnels.

Le service civique constitue une autre voie d’engagement. Le dossier rappelle qu’il s’adresse, dans son cadre de 2022, aux 16-25 ans, jusqu’à 30 ans pour les personnes en situation de handicap, pour des missions d’intérêt général accompagnées. L’enquête d’Unis-Cité montre sa place dans les services publics et un recrutement socialement diversifié. Elle signale également la nécessité d’éviter les dérives : l’expérience doit rester une mission de volontariat utile au jeune et à l’intérêt général, avec tutorat et formation, et ne pas servir de substitut à un emploi ordinaire.

Enfin, les violences urbaines de 2023 ne sauraient fournir un portrait général de la jeunesse. Le rapport sénatorial reproduit dans le dossier décrit des profils et des motivations hétérogènes à partir de données encore partielles. Pour une commune dotée d’un QPV, cette prudence est essentielle : écouter les jeunes et traiter les inégalités de parcours exige davantage qu’une lecture uniforme de ces événements.

Une politique jeunesse cohérente doit ainsi relier l’accès aux droits, les services du quotidien et le pouvoir d’agir. À Admiville, elle ne pourra répondre à la diversité des 12-25 ans qu’en associant les jeunes à la connaissance de leurs besoins, en ouvrant plusieurs chemins vers les ressources et en donnant une portée réelle à leur participation dans la vie locale.