Corrigé — Attaché territorial 2024 : rapport sur l’adaptation des villes au changement climatique

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Proposition de corrigé — non officielle. Concours interne et troisième concours d’attaché territorial, spécialité urbanisme et développement des territoires, session 2024. Ce rapport répond à la commande d’Admicom à partir des sept documents du sujet officiel et de connaissances générales. Retrouver les annales d’attaché territorial.

Rapport proposé

À l’attention de la directrice de l’urbanisme
Objet : adapter les villes d’Admicom aux inondations et aux fortes chaleurs

Admicom, communauté urbaine de 180 000 habitants, doit faire face à deux risques déjà visibles : les débordements répétés d’une rivière traversant plusieurs communes et la chaleur estivale dans la ville-centre très minérale. Les canicules de 2023 et les inondations récurrentes montrent que l’adaptation ne peut attendre le prochain événement. Elle vise à réduire l’exposition des habitants et la vulnérabilité du bâti, des réseaux et des services, tout en préservant un cadre de vie praticable. Elle doit compléter la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Je propose une stratégie intercommunale fondée sur un diagnostic commun, des interventions rapides dans les secteurs les plus exposés et une trajectoire d’aménagement révisable à mesure que les risques évoluent.

Deux risques liés aux choix d’aménagement

La chaleur est amplifiée par la forme urbaine. Les sols imperméables et sombres, les façades, la densité bâtie et les rues peu ventilées emmagasinent la chaleur le jour puis la restituent la nuit. Le manque d’arbres et d’eau limite le rafraîchissement. Le dossier décrit cet îlot de chaleur urbain et montre, avec la carte de Strasbourg, que les écarts peuvent être importants entre secteurs d’une même ville. Les données de Paris ou de Besançon ne permettent pas d’estimer les températures d’Admicom ; elles justifient une mesure locale. Les personnes âgées isolées, les enfants, les malades et les habitants de logements mal protégés sont particulièrement sensibles aux nuits chaudes. Les écoles, établissements de soins, places, arrêts de transport et parcours quotidiens doivent être examinés en priorité. La chaleur peut aussi perturber les activités et accroître la demande d’électricité et d’eau.

L’inondation prend plusieurs formes. Pour Admicom, le débordement de la rivière est établi, mais les pluies intenses peuvent également provoquer du ruissellement dans des rues imperméabilisées et saturer les réseaux. Les zones humides supprimées, les haies arrachées ou la canalisation excessive d’un cours d’eau peuvent accélérer l’écoulement vers l’aval. Il faut distinguer les aléas : la protection contre une crue de rivière ne garantit pas l’absence d’eau dans un quartier lors d’un orage. Les bâtiments, routes, réseaux d’électricité, d’eau et de télécommunications peuvent être touchés simultanément, avec des effets sur les secours et la continuité des services. La multiplication des ouvrages de protection ne suffit pas ; une digue peut déplacer le risque et donner un faux sentiment de sécurité si l’urbanisation se poursuit derrière elle.

Le défaut principal serait une adaptation par interventions isolées. La Cour des comptes relève dans son enquête de 2024 que les diagnostics locaux sont souvent incomplets ou anciens, que les plans énumèrent des actions sans trajectoire et que leurs coûts sont peu suivis. Le dossier montre également qu’une solution utile pour un risque peut être défavorable à un autre : un revêtement clair peut réfléchir la chaleur vers les passants ; une fontaine rafraîchit mais consomme de l’eau ; une végétation mal choisie peut dépérir en été ; un dispositif de protection contre les crues peut aggraver la situation en aval. Admicom doit donc comparer les options au regard de la santé, de l’eau, de la biodiversité, des coûts d’entretien et des usages réels, plutôt que rechercher un remède unique.

Une démarche commune, puis des réponses adaptées aux quartiers

Première étape : cartographier les vulnérabilités avec les communes. La direction de l’urbanisme réunira les services de l’eau et de la gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations (GEMAPI), voirie, espaces verts, bâtiments, santé et gestion de crise. Elle croisera les données de Météo-France et du Cerema, les études de la rivière, les crues historiques, les plans de prévention des risques d’inondation, les cartes de ruissellement, les températures nocturnes, l’occupation des sols et les populations sensibles. Les seuils des ouvrages et des réseaux devront être connus. Une carte commune distinguera exposition et sensibilité : un lieu très chaud mais peu fréquenté n’appelle pas la même réponse qu’une cour d’école, et un bâtiment inondable hébergeant un service essentiel exige une attention particulière. Des visites avec habitants et agents compléteront les données techniques. Le diagnostic inclura des scénarios climatiques futurs, afin de ne pas dimensionner les investissements pour les seules conditions passées.

Deuxième étape : inscrire l’adaptation dans les décisions d’urbanisme. Le plan climat-air-énergie territorial peut porter la stratégie et le suivi intercommunaux. Le schéma de cohérence territoriale, le plan local d’urbanisme intercommunal, leurs orientations d’aménagement et de programmation, les documents de l’eau et les plans de prévention des risques doivent la traduire de façon cohérente. Dans les secteurs exposés aux crues, Admicom limitera les implantations nouvelles les plus vulnérables, préservera les zones d’expansion de crues et prévoira des prescriptions adaptées aux constructions et rénovations permises. Les équipements essentiels seront localisés hors des zones les plus risquées lorsque cela est possible ; l’adaptation de l’existant prévoira des matériaux réparables, la mise à l’abri des installations sensibles et des accès de secours. Dans les secteurs chauds, les règles et projets favoriseront ombre, ventilation, sols perméables et végétation durable. La communauté urbaine devra vérifier que ses propres projets de densification ne ferment pas les couloirs d’air ou les espaces d’infiltration.

Troisième étape : agir sans attendre sur les lieux prioritaires. La ville-centre peut commencer par les cours d’école, les places et les cheminements les plus exposés : retirer une partie des revêtements imperméables, planter des arbres adaptés au climat et au sol, créer des zones d’ombre et des noues capables de recevoir l’eau de pluie. L’entretien, l’arrosage de reprise et la disponibilité de l’eau devront être prévus dès la conception. Les toitures ou façades claires, la végétalisation du bâti et la rénovation thermique d’été seront étudiées selon les caractéristiques des bâtiments, sans généralisation mécanique. Pour les fortes chaleurs immédiates, les communes organiseront l’information, l’accès à l’eau potable, des lieux frais accessibles, la surveillance des personnes vulnérables et l’adaptation des horaires de certains services. Les écoles et équipements publics pourront, selon leur capacité, servir de refuges pendant les épisodes extrêmes.

Sur le bassin de la rivière, les services GEMAPI et les communes agiront de l’amont à l’aval. La restauration des berges, des zones humides et des espaces d’expansion de crues ralentira l’eau là où les études et la maîtrise foncière le permettent. En ville, la désimperméabilisation, les jardins de pluie et l’infiltration à la source réduiront le ruissellement, sous réserve de la qualité des sols et de l’absence de risque de pollution. Des travaux ciblés sur les ouvrages et réseaux pourront rester nécessaires ; ils seront évalués avec les solutions fondées sur la nature. Admicom examinera l’intérêt d’un programme d’actions de prévention des inondations avec l’État et les partenaires du bassin, pour ordonner connaissance, travaux, sensibilisation et financement. Les maires conserveront leur rôle d’information, d’alerte et d’organisation des secours ; la préparation intercommunale doit faciliter leurs décisions en crise.

Quatrième étape : piloter une trajectoire mesurable. Un comité associant élus des communes, services, État, agence de l’eau, gestionnaires de réseaux et représentants d’usagers fixera des priorités et une programmation pluriannuelle. Les premiers projets porteront sur les sites où une action offre à la fois un gain pour la chaleur et pour l’eau ; les opérations plus lourdes seront déclenchées selon l’évolution des aléas et l’efficacité constatée des mesures initiales. Chaque projet précisera investissement, entretien, financement mobilisable et coût évité lorsque celui-ci peut être estimé sérieusement. Les subventions de l’agence de l’eau, le Fonds vert et, pour la prévention des inondations, les financements liés aux dispositifs éligibles seront recherchés sans les tenir pour acquis. Un bilan annuel suivra températures et usages de quelques sites pilotes, surfaces désimperméabilisées, dommages après crues, fonctionnement des réseaux et retours des habitants. Il permettra de réviser les choix en cas de résultat insuffisant ou d’effet indésirable.

La décision immédiate est de lancer le diagnostic commun et de sélectionner avec les communes deux secteurs pilotes : un quartier minéral exposé à la chaleur et un secteur urbanisé soumis au débordement ou au ruissellement. Admicom pourra ainsi protéger sans délai les habitants les plus vulnérables, puis inscrire les résultats dans ses documents et investissements de long terme.