Corrigé — Attaché territorial 2024 : rapport sur le recrutement dans l’animation
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Proposition de corrigé — non officielle. Concours interne et troisième concours d’attaché territorial, spécialité animation, session 2024. Le rapport répond à la commande du sujet officiel, à partir des onze documents et des connaissances mobilisables dans l’épreuve. Retrouver les annales d’attaché territorial.
Rapport proposé
À l’attention de la directrice générale des services
Objet : garantir la qualité des accueils périscolaires et extrascolaires malgré les difficultés de recrutement
Admiville, commune de 30 000 habitants, doit accueillir une proportion importante d’enfants de 3 à 12 ans. Les postes d’animation non pourvus menacent déjà l’ouverture des activités à toutes les familles. Cette tension ne se résoudra pas par une campagne de recrutement isolée : elle résulte d’emplois souvent fragmentés, peu stables et insuffisamment reconnus, alors même que les attentes éducatives augmentent. La commune peut agir sur l’organisation des postes, la formation et le projet éducatif, à condition d’établir d’abord ses besoins réels et le coût des mesures.
Une crise de recrutement qui fragilise un service éducatif essentiel
La pénurie touche largement les collectivités. Dans l’enquête 2023 de l’Association des maires de France, 51 % des collectivités répondantes signalent des difficultés à recruter des animateurs ; la proportion atteint 70 % pour les villes d’au moins 30 000 habitants. Parmi celles qui rencontrent ces difficultés, 56 % sont touchées à la fois sur les temps périscolaire et extrascolaire. Ce sont des résultats d’enquête, non des mesures du déficit d’Admiville. Le dossier national de 2022 relève également des difficultés pour 80 % des opérateurs interrogés à la rentrée 2021. Une équipe incomplète peut obliger à réduire les places, à modifier les activités ou à solliciter sans cesse les mêmes agents. Le temps méridien est particulièrement sensible : l’enquête AMF constate une fréquentation élevée à ce moment de la journée.
Les causes sont anciennes. Les journées découpées entre matin, midi et soir créent de longues amplitudes pour peu d’heures rémunérées. Les emplois courts ou à temps partiel, la rémunération et les frais de déplacement pèsent sur la fidélisation. Les témoignages reproduits dans le dossier montrent des animateurs qui cumulent plusieurs employeurs ou des périodes de chômage, et des étudiants pour qui ces heures ne constituent qu’un revenu d’appoint. Le projet éducatif de Rouen souligne les effets du renouvellement constant des équipes et des directions : les nouveaux agents doivent être formés à nouveau, connaissent moins les familles et disposent de moins de temps pour préparer les sessions. Les concurrences entre communes et associations renforcent ces mouvements.
La formation et la reconnaissance du métier sont liées à la qualité de l’accueil. Le BAFA est une voie d’entrée importante dans l’animation volontaire, mais ne constitue pas à lui seul un parcours professionnel durable. Le coût et la disponibilité nécessaire pour préparer un diplôme professionnel freinent la montée en compétence. Le baccalauréat professionnel « Animation enfance et personnes âgées » peut élargir le vivier et diversifier les profils ; le comité de filière rappelait toutefois en 2023 qu’il ne suffirait pas, à lui seul, à résorber la pénurie. L’inspection générale décrite dans le dossier insiste sur un autre obstacle : les animateurs sont trop souvent vus comme de simples surveillants, alors qu’ils participent à l’éducation des enfants. Sans temps de préparation ni dialogue avec les enseignants et les familles, la continuité éducative reste théorique.
La contrainte budgétaire est réelle. Dans l’enquête AMF, 72 % des collectivités répondantes déclarent un reste à charge pour le périscolaire après déduction des aides. Le Plan mercredi et le projet éducatif territorial peuvent soutenir la qualité et la coordination, mais leur mise en œuvre demande des personnels et un pilotage ; la bonification de la CAF ne couvre pas toujours la dépense. La réponse d’Admiville doit donc préciser les effectifs à stabiliser, les plages horaires et le financement, au lieu de supposer qu’un dispositif national réglera l’ensemble du problème.
Stabiliser les équipes et construire des parcours professionnels
Première étape : sécuriser la prochaine rentrée. Le pôle éducation enfance jeunesse et les ressources humaines établiront, site par site et par plage horaire, le nombre d’enfants attendus, les agents présents, les qualifications, les absences, les vacances de postes et les remplacements possibles. Une attention spécifique sera portée à la pause méridienne, au mercredi et aux vacances. La direction vérifiera, pour chaque accueil déclaré, les exigences applicables d’encadrement et de qualification avec le service départemental compétent. Les ajustements d’ouverture ne pourront être arrêtés qu’après cette vérification. Un vivier de remplaçants formés, appelé selon des règles claires, donnera de la souplesse sans faire de l’emploi occasionnel la base du service permanent. Les familles seront informées tôt des capacités d’accueil et des changements éventuels.
Deuxième étape : proposer des emplois qui permettent de rester. La commune distinguera les besoins permanents des renforts saisonniers. Pour les premiers, elle étudiera des postes stables à temps complet ou à quotité suffisante, selon les cadres d’emplois et les règles de recrutement applicables. Elle recomposera les plannings afin de réduire les coupures : un agent peut assurer l’accueil du midi et du soir, puis consacrer le temps intermédiaire à la préparation, aux réunions ou à la formation. Les tâches complémentaires ne seront associées au poste que si elles correspondent aux compétences de l’agent, aux besoins du service et à une organisation vérifiée. Les passerelles avec la vie scolaire, les bibliothèques ou d’autres accueils peuvent augmenter le volume d’heures ; les coopérations avec l’intercommunalité, les associations ou l’Éducation nationale nécessiteront des accords précis sur l’employeur, les horaires, les responsabilités et le financement.
L’exemple de Blagnac montre l’effet possible d’un ensemble de mesures : emplois permanents à temps complet, plannings moins coupés et temps de préparation identifié. La commune y a annoncé avoir pourvu 95 % des postes à la rentrée 2022, après une vacance importante l’année précédente, avec une hausse de son enveloppe consacrée à l’animation. Ce résultat local ne peut être transposé tel quel à Admiville, mais il confirme qu’un investissement sur les conditions d’emploi peut améliorer le recrutement. Une simulation financière comparera plusieurs scénarios : maintien des vacations, stabilisation progressive de postes, mutualisation de fonctions et renforcement des remplacements. Elle intégrera les rémunérations, le régime indemnitaire lorsqu’il s’applique, la formation, les frais évités par un moindre renouvellement des équipes et les aides mobilisables.
Troisième étape : rendre la formation accessible à tous les profils. Admiville pourra soutenir l’entrée au BAFA des jeunes candidats, puis distinguer les personnes qui souhaitent un engagement ponctuel de celles qui veulent faire carrière. Pour ces dernières, un parcours associant tutorat, formation continue avec le CNFPT, certification professionnelle, validation des acquis de l’expérience et possibilités d’évolution sera élaboré avec les agents. Le service réservera réellement les heures nécessaires aux formations et anticipera les remplacements correspondants. Les partenariats avec les lycées préparant le bac professionnel AEPA faciliteront la découverte du métier et des stages encadrés ; ils ne dispenseront pas de vérifier les conditions d’accueil et de qualification. Les Atsem, les accompagnants d’élèves en situation de handicap et les intervenants associatifs peuvent participer à des complémentarités de métiers, sous réserve de leur accord, de leur formation et d’une organisation compatible avec leurs missions principales.
Faire de la qualité éducative le critère de la réorganisation
Le projet éducatif territorial doit donner un sens commun au travail de ces équipes. Autour des élus, des directeurs d’école, des animateurs, des familles, des associations, de la CAF et des services de l’État, Admiville précisera les objectifs éducatifs pour les enfants de 3 à 12 ans et l’articulation du matin, du midi, du soir, du mercredi et des vacances. Les réunions entre professionnels et les temps de préparation seront intégrés aux plannings, et la parole des animateurs prise en compte dans le choix des activités. Le diagnostic national sur la continuité éducative insiste sur cette coopération concrète, au-delà de la seule juxtaposition des temps de l’enfant. Le Plan mercredi et les séjours éducatifs pourront être examinés selon les besoins locaux, leur coût et les conditions de financement.
La qualité inclut l’accès de tous les enfants. L’enquête AMF montre que les collectivités accueillent des enfants en situation de handicap, mais rencontrent parfois des difficultés d’accompagnement. Admiville devra anticiper les besoins avec les familles et les partenaires compétents, former les équipes et prévoir les ressources adaptées, sans laisser les absences d’agents se traduire par des exclusions de fait. L’évaluation du plan suivra à la fois les postes pourvus, la stabilité des équipes, les heures réellement rémunérées et préparées, les formations suivies, les places ouvertes, les refus ou annulations d’accueil, la satisfaction des familles et l’accès des enfants aux activités. Ces données seront présentées régulièrement aux élus et aux partenaires pour ajuster les moyens.
La priorité immédiate est d’assurer des accueils sûrs à la prochaine rentrée. La stabilisation des emplois et le renforcement du projet éducatif donneront ensuite à Admiville les moyens d’élargir durablement l’offre sans sacrifier la qualité du service public.