Corrigé — Attaché territorial 2024 : proposition de rapport sur la ville intelligente
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Proposition de corrigé — non officielle. Concours interne et troisième concours d’attaché territorial, spécialité analyste, session 2024. Le rapport répond à la commande du sujet officiel, à partir de ses dix documents. Les exemples d’autres villes servent à examiner des possibilités ; ils ne sont pas des résultats acquis pour Admiville. Retrouver les annales d’attaché territorial.
Rapport proposé
À l’attention du directeur du numérique et des systèmes d’information
Objet : engager une démarche de ville intelligente à Admiville
Admiville compte 90 000 habitants et dispose d’une feuille de route de transformation numérique. Une ville intelligente utilise des données et, lorsque cela apporte un bénéfice, des équipements connectés pour améliorer des services urbains. Le sujet n’appelle pas un déploiement général de capteurs : les expériences rassemblées dans le dossier montrent une grande diversité de méthodes, de coûts et de risques. Pour Admiville, l’enjeu est de choisir des usages répondant à un problème connu, de garder la maîtrise publique des données et de vérifier que les gains dépassent le coût et l’empreinte du numérique mobilisé.
I. Une démarche utile repose sur des données maîtrisées et des choix proportionnés
Le numérique peut éclairer la décision et améliorer le service. Les données de consommation des bâtiments, de circulation, d’éclairage ou de collecte peuvent révéler des besoins difficiles à voir dans des relevés espacés. La modélisation peut aider à anticiper la chaleur dans une cour d’école ou les effets d’un aménagement. Les usagers peuvent signaler des problèmes et mieux connaître les décisions de la ville. La Banque des Territoires décrit ces possibilités, tout en soulignant que les collectivités commencent souvent par un sujet concret, puis apprennent à exploiter leurs données. Un projet utile peut donc se limiter au meilleur usage de données déjà détenues ; il ne suppose pas toujours de nouveaux capteurs ni un centre de supervision unique.
Les exemples du dossier doivent être appréciés à leur échelle. Dijon a regroupé plusieurs fonctions de gestion de l’espace public dans un dispositif de grande ampleur, coûteux et contractualisé sur une longue durée. Paris2Connect expérimente sur un parcours de 3,5 kilomètres des mâts équipés de caméras et de capteurs, sans que chaque usage envisagé soit déjà déployé. Un fournisseur d’éclairage avance des économies importantes pour ses solutions connectées ; elles ne peuvent devenir une prévision pour Admiville sans connaître son parc, son contrat de maintenance, ses horaires et ses besoins de sécurité. Le dossier ne fournit aucun de ces éléments locaux. Il serait imprudent d’engager d’emblée la commune dans une plateforme générale calquée sur ces projets.
La donnée est une responsabilité publique. Une infrastructure connectée crée des données techniques, mais parfois aussi des informations sur les personnes ou leurs déplacements. Leur collecte, leur circulation et leur réutilisation exigent des règles compréhensibles : finalité précise, accès autorisés, durée de conservation, qualité, sécurité et publication éventuelle. Angers Loire Métropole a construit une stratégie fondée sur la protection, la sécurité, la fiabilité, l’accessibilité et la sobriété des données, avec les agents et les habitants. L’enquête de l’Observatoire Data Publica montre que les collectivités interrogées ont encore des progrès à faire sur la gouvernance et sur l’association du public ; ses pourcentages ne décrivent pas Admiville. Le risque cyber et la confiance des habitants doivent être pris en compte dès la conception, notamment lorsqu’un prestataire exploite les données. La commune doit pouvoir récupérer des données utiles dans un format réutilisable et éviter une dépendance technique à un fournisseur unique.
Le numérique a lui-même une empreinte. Le dossier rappelle que la fabrication des terminaux et capteurs pèse fortement dans les émissions du secteur. Les économies d’un éclairage piloté ou d’un déplacement évité peuvent être réduites par l’achat de nouveaux équipements, leur fonctionnement, leur maintenance et la hausse des usages rendus possibles. La loi du 15 novembre 2021 relative à la réduction de l’empreinte environnementale du numérique impose aux communes de plus de 50 000 habitants, comme Admiville, une stratégie numérique responsable au plus tard le 1er janvier 2025, précédée d’un programme de travail préparatoire. Cette échéance fait de la sobriété une condition de la démarche, pas un bilan ajouté après le choix des équipements.
II. Mettre en œuvre une première application, puis décider sur ses résultats
Installer le pilotage et choisir un besoin prioritaire. La direction générale peut confier à la DNSI la conduite technique d’un groupe de projet réunissant les services concernés, les finances, l’achat public, le responsable de la protection des données et les responsables de la sécurité des systèmes d’information. Les élus fixeraient les finalités et le niveau de service attendu. Une consultation ciblée des habitants, des agents et, selon l’usage, des partenaires permettrait de vérifier que le problème choisi est réel. Le groupe dresserait l’inventaire des données disponibles, de leurs producteurs, de leur fiabilité, des contrats en cours et des équipements déjà installés. Il comparerait plusieurs réponses, y compris une amélioration d’organisation sans nouvel outil numérique. Les critères de choix seraient le service rendu, la réduction mesurable des consommations ou des délais, le coût complet, l’accessibilité, la sécurité et la facilité de retrait de la solution.
Tester sur un périmètre limité. Le pilotage de l’éclairage public constitue une possibilité illustrée par le dossier, à retenir seulement si le diagnostic d’Admiville confirme son intérêt. Un premier secteur permettrait de comparer, avant et après l’intervention, la consommation d’électricité, la qualité de l’éclairage, le signalement des pannes, les interventions de maintenance et les retours des usagers. La solution pourrait associer rénovation des luminaires, adaptation des horaires et, si cela apporte un gain supplémentaire, commande à distance ou détection. Le service technique vérifierait la sécurité des déplacements et les effets sur les riverains et la biodiversité. Les économies annoncées dans le livre blanc d’un fournisseur ou celles attendues à Dijon ne seraient pas inscrites comme résultat local. Si l’éclairage n’est pas prioritaire, le même protocole pourrait porter sur le suivi énergétique d’un ensemble de bâtiments ou sur une donnée de mobilité déjà disponible.
Sécuriser la conception et les contrats. Avant toute collecte, la DNSI et le responsable de la protection des données préciseraient les catégories de données nécessaires, leurs usages et leurs destinataires. Les données personnelles seraient évitées lorsqu’une mesure agrégée suffit. Une analyse des risques déterminerait les accès, l’authentification, la protection des réseaux, les sauvegardes et la conduite à tenir en cas d’incident. L’ouverture des données publiques serait étudiée séparément de la diffusion de données personnelles, sensibles ou couvertes par le secret des affaires. Les marchés demanderaient des formats et interfaces interopérables, la propriété ou la maîtrise des données utiles au service, les conditions de réversibilité, de maintenance, de mise à jour et de fin de vie des équipements. Les compétences des agents seraient développées pour que la commune puisse interpréter les résultats et discuter les prestations, au lieu de dépendre d’un tableau de bord opaque.
Décider de l’extension à partir d’une évaluation. Le lancement peut suivre trois étapes : un diagnostic et la sélection du cas d’usage ; une expérimentation avec un état initial, un calendrier et des coûts enregistrés ; puis un bilan présenté aux élus et aux usagers avant toute extension. Ce bilan confronterait les gains observés aux dépenses d’investissement et d’exploitation, au temps des agents et à l’empreinte des nouveaux matériels. Il documenterait aussi les incidents, les usages abandonnés et la perception du service. Une extension ne serait justifiée que si le service rendu reste utile, si la sécurité et l’accessibilité sont assurées et si la ville peut exploiter les données sans dépendance excessive. Les enseignements du test alimenteraient la stratégie numérique responsable et la feuille de route de transformation de la collectivité.
Admiville peut ainsi construire une ville intelligente par une suite de décisions concrètes : choisir un besoin, mettre ses données en ordre, tester une réponse proportionnée et publier ce qu’elle a effectivement amélioré. La qualité de la gouvernance et la capacité à interrompre une solution peu utile compteront autant que la technologie installée.