Bac 2022 : corrigé de philosophie, Amérique du Nord

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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie, session 2022, Amérique du Nord, code 22-PHGEAN1. Les trois choix sont traités.

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Sujet 1 — La conscience fait-elle obstacle au bonheur ?

Problème

La conscience rend présents nos actes, nos limites et certaines difficultés. Elle peut susciter inquiétude et regret, mais elle permet aussi d’apprécier une situation et de choisir. Le sujet demande si son effet sur le bonheur est nécessairement négatif.

Plan développé

1. La conscience peut troubler une satisfaction. Se rappeler une faute ou anticiper une perte rend l’instant moins paisible. Comparer constamment sa vie à un idéal peut empêcher de reconnaître ce qui est déjà heureux. Une réflexion tournée exclusivement vers le manque nourrit parfois l’insatisfaction.

2. L’absence de conscience ne garantit pas le bonheur. Ignorer un danger ne supprime pas son existence. Une personne peut répéter une conduite nuisible faute de la reconnaître. La conscience permet de comprendre des désirs, d’agir et de donner du sens à ce que l’on vit. Un plaisir entièrement inconscient ne serait pas apprécié de la même manière.

3. Le problème porte sur l’usage de la conscience. Une lucidité attentive peut reconnaître les limites sans en faire l’unique objet de pensée. Elle peut aussi permettre gratitude et responsabilité. La conscience constitue parfois un obstacle lorsqu’elle devient rumination ; elle peut être une condition d’un bonheur assumé lorsqu’elle éclaire les choix et les expériences.

Sujet 2 — Technique et peur de la nature

La technique donne des moyens de prévoir et de modifier des phénomènes. La peur peut venir d’un danger réel ou d’une ignorance. Le sujet demande si ces moyens permettent de supprimer toute crainte du monde naturel.

1. La technique peut réduire des dangers et des incertitudes. Un abri, un instrument de mesure ou un dispositif de protection modifie notre exposition. Comprendre une situation et disposer d’un moyen d’action rend moins impuissant. Cette diminution de la peur ne suppose pas que tout phénomène soit contrôlé.

2. Le contrôle demeure limité et peut créer de nouvelles dépendances. Un dispositif peut tomber en panne ; une intervention peut produire un effet non prévu. La puissance technique ne supprime pas les propriétés du monde ni la vulnérabilité humaine. Se croire entièrement protégé peut même conduire à négliger un risque.

3. La technique permet une peur mieux informée plutôt qu’une absence totale de peur. La prudence peut rester adaptée lorsqu’un danger subsiste. Il faut distinguer une crainte paralysante et une attention qui conduit à se protéger. La technique réduit certaines peurs, mais ne nous place pas hors de la nature et ne justifie pas une confiance sans limites.

Sujet 3 — Montaigne : le temps et l’être

Thèse

L’extrait oppose l’être véritable, défini par la permanence, aux réalités soumises au temps, qui naissent, changent et disparaissent. Il montre la difficulté de saisir un présent stable : dès qu’on l’examine, il se partage en passé et futur.

Explication suivie

La question initiale reçoit un critère exigeant : ce qui est véritablement n’a ni commencement ni fin et ne subit aucune transformation. L’éternel n’est donc pas simplement ce qui dure très longtemps ; il échappe à la succession qui caractérise le temps.

Le temps est ensuite associé au mouvement et à une matière qui ne demeure pas. Les expressions relatives au passé et au futur montrent une absence : ce qui n’est plus et ce qui n’est pas encore ne sont pas actuellement présents. Le texte ne nie pas que nous puissions en parler ; il interroge leur manière d’être.

On pourrait alors chercher l’être dans le maintenant. Mais la raison ne trouve pas un instant qui resterait intact : elle le divise aussitôt entre ce qui vient de passer et ce qui va venir. Cette analyse met en difficulté l’idée d’un présent qui posséderait la stabilité attendue de l’être véritable.

Enfin, la nature soumise à la mesure temporelle partage cette instabilité. Ses réalités sont dans la naissance ou la disparition. L’explication doit restituer ce raisonnement sur permanence et changement, sans ajouter une théorie théologique que le passage ne développe pas ni résumer sa thèse par l’idée banale que le temps passe vite.