Bac 2022 : corrigé de philosophie, Antilles-Guyane AG1
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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie, session 2022, Antilles-Guyane, code 22-PHGEAG1. Les trois choix sont traités.
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Sujet 1 — La science a-t-elle toujours raison ?
Problème
La science vise des connaissances justifiées, mais ses hypothèses et ses pratiques peuvent rencontrer l’erreur. « Toujours » interroge une infaillibilité, tandis que le mot science peut désigner une méthode, un ensemble de résultats ou la parole d’un savant.
Plan développé
1. La science offre de fortes raisons de reconnaître certains résultats. Les preuves, les mesures et les contrôles permettent de distinguer une explication éprouvée d’une affirmation gratuite. La possibilité d’appliquer un résultat dans des conditions précises confirme parfois sa portée. Le savoir scientifique ne se réduit pas à une opinion parmi d’autres.
2. Toute proposition formulée dans une recherche n’est pas vraie. Une hypothèse peut être rejetée, une mesure corrigée et un modèle limité. La parole d’un scientifique hors de son domaine ne possède pas automatiquement le statut d’un résultat contrôlé. Il faut distinguer la démarche et les erreurs de ceux qui la pratiquent.
3. La force de la science tient aussi à sa capacité de rectification. Reconnaître une erreur ne rend pas tous les résultats également incertains. La confiance doit être proportionnée aux justifications et aux conditions d’application. La science n’a donc pas toujours raison au sens où toutes ses affirmations seraient infaillibles ; elle fournit une démarche pour établir, comparer et corriger des raisons de tenir une proposition pour vraie.
Sujet 2 — Le langage ne sert-il qu’à communiquer ?
Communiquer consiste à rendre accessible quelque chose à autrui. Le langage peut remplir cette fonction, mais aussi conserver, élaborer et transformer nos pensées. La question porte sur une réduction de ses usages.
1. Le langage rend la communication possible. Des signes partagés permettent d’informer, de demander et de discuter. Il faut cependant que les significations soient suffisamment communes. Prononcer des mots sans compréhension ne garantit pas un échange réussi.
2. Le langage sert aussi à penser et à mémoriser. Prendre une note ou se formuler une objection peut avoir lieu sans destinataire extérieur immédiat. Un mot nouveau permet parfois de distinguer des situations que l’on confondait. La pensée se développe ainsi dans le travail sur l’expression.
3. Il peut agir et créer une expérience. Une promesse engage son auteur ; un récit invente une situation ; une parole peut consoler ou blesser. Ces usages comportent souvent une relation à autrui, mais ne se réduisent pas au transfert d’une information déjà prête. Le langage sert à communiquer, et contribue aussi à l’organisation de la pensée et de la vie commune.
Sujet 3 — Rousseau : désirs, facultés et bonheur
Thèse
Le malheur provient de la disproportion entre les désirs et les capacités de les satisfaire. La sagesse ne consiste ni à supprimer tous les désirs ni à augmenter indéfiniment les moyens, mais à mettre la volonté et la puissance en accord.
Explication suivie
Le premier mouvement relie plaisir, peine et désir. La peine appelle le souhait de s’en délivrer ; le plaisir imaginé appelle celui d’en jouir. Le désir suppose un manque ressenti. Ce n’est donc pas simplement l’existence d’une capacité limitée qui fait la misère, mais le dépassement de cette capacité par ce que l’on veut.
Rousseau examine ensuite deux solutions insuffisantes. Réduire les désirs au-dessous des facultés laisserait une part de l’être inactive. Augmenter seulement les facultés ne résoudrait rien si les désirs augmentaient plus vite. Le texte ne recommande donc pas une vie sans aspiration ni une accumulation de puissance technique sans mesure.
La solution porte sur l’excès : désirer à la mesure de ce que l’on peut, de façon que toutes les forces soient employées sans agitation insatisfaite. L’égalité entre puissance et volonté n’est pas ici une distribution sociale de biens ; elle concerne l’organisation du sujet.
La fin présente la nature comme ayant d’abord établi un équilibre entre besoins nécessaires et facultés suffisantes. C’est une thèse de l’auteur sur la condition initiale, pas un conseil de nier les besoins de personnes vulnérables. L’enjeu de l’extrait est la mesure du désir et la paix intérieure qu’elle rend possible.