Bac 2022 : corrigé de philosophie, Asie
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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie, session 2022, Asie, code 22-PHGEJA1. Les trois choix sont traités.
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Sujet 1 — L’homme est-il une exception dans la nature ?
Problème
L’être humain appartient au monde vivant, mais se distingue par des formes de langage, de technique et de responsabilité. Une distinction implique-t-elle une séparation absolue ? Le sujet demande en quel sens il serait une exception.
Plan développé
1. Certaines capacités permettent une transformation singulière du milieu. Les humains élaborent des règles, transmettent des connaissances et discutent leurs fins. Ils peuvent aussi évaluer moralement leurs actions. Ces capacités donnent des raisons de parler d’une singularité, sans exiger d’abord une supériorité sur tout être vivant.
2. L’appartenance à la nature demeure. Le corps, les besoins et la vulnérabilité relient l’humain aux milieux dont il dépend. La culture ne supprime pas ces conditions. Considérer l’humanité comme extérieure au monde naturel risquerait de faire oublier les effets de ses activités et les limites de ses moyens.
3. Une singularité peut fonder une responsabilité plutôt qu’un droit illimité. La capacité de comprendre certains effets et de choisir des règles engage davantage l’humain. Elle ne prouve pas qu’il pourrait se passer des autres vivants ou exploiter sans mesure. L’homme peut être une exception dans certains modes d’activité, mais reste une partie de la nature dans son existence et ses dépendances.
Sujet 2 — Toute prise de conscience est-elle libératrice ?
Prendre conscience signifie reconnaître une réalité jusque-là ignorée. Se libérer suppose un changement dans la capacité d’agir. Les deux peuvent être liés sans coïncider automatiquement.
1. La conscience peut desserrer une dépendance. Identifier une habitude ou comprendre un mécanisme de domination permet de ne plus le tenir pour naturel. Une possibilité de choix peut alors apparaître. La connaissance de la contrainte constitue parfois une première étape de libération.
2. Reconnaître un problème ne donne pas toujours le moyen de le résoudre. Une personne peut comprendre un danger et rester matériellement empêchée d’agir. Une vérité peut aussi produire d’abord peur ou désarroi. La prise de conscience n’est donc pas suffisante pour une liberté concrète.
3. Sa force dépend du passage à une action possible. L’information doit être reliée à des ressources, à une aide ou à une décision. Reconnaître aussi les limites de ce qui dépend de soi permet d’éviter une culpabilité sans issue. Toute prise de conscience n’est pas libératrice par elle-même ; certaines le deviennent lorsqu’elles ouvrent un jugement et une capacité d’action.
Sujet 3 — Tocqueville : égalité et centralisation
Thèse
L’amour de l’égalité peut contribuer à concentrer le pouvoir politique. En refusant les prérogatives de leurs égaux, les citoyens peuvent accepter une puissance centrale commune, qui favorise ensuite l’égalité parce qu’elle facilite son action.
Explication suivie
Le premier paragraphe expose un paradoxe : la diminution des privilèges peut accroître leur caractère insupportable. Dans une société très inégale, les différences sont habituelles ; dans un ensemble plus uniforme, le moindre écart attire davantage l’attention. Satisfaire le désir d’égalité peut donc renforcer son exigence, au lieu de la faire disparaître.
Le deuxième mouvement relie cette sensibilité à la distribution des droits politiques. Une autorité située au-dessus de tous n’est pas ressentie comme un voisin privilégié de la même manière. Chacun peut croire qu’en lui donnant une prérogative il la retire à ses égaux. L’égalité horizontale peut ainsi s’accompagner d’une dépendance verticale accrue.
Le troisième paragraphe décrit la défiance envers le voisin : refus de sa supériorité intellectuelle, doute sur sa justice et jalousie de son pouvoir. La dépendance envers un même maître devient alors une manière de rappeler à chacun qu’il n’est pas au-dessus des autres. Le texte met en lumière une passion d’égalité susceptible de réduire la liberté politique partagée.
Enfin, la puissance centrale peut encourager cette disposition parce qu’une société moins divisée par des privilèges facilite son action. La relation est donc réciproque : l’amour de l’égalité favorise la centralisation, qui entretient l’égalité utile à son pouvoir. L’extrait n’affirme pas que toute égalité conduit nécessairement à la tyrannie ; il décrit un risque qu’il faut distinguer de la valeur de l’égalité des droits.