Bac 2023 : corrigé de philosophie, centres étrangers

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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie, session 2023, centres étrangers groupe 1, code 23-PHGEG11. Les trois choix sont traités.

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Sujet 1 — Peut-on s’accorder sur ce qui est juste ?

Problème

Les personnes peuvent avoir des intérêts et des conceptions différentes de la justice. S’accorder peut signifier parvenir à un jugement commun ou accepter une règle de décision malgré un désaccord persistant. Le conflit n’établit pas à lui seul l’impossibilité de toute entente.

Plan développé

1. Un accord est possible sur des raisons partageables. Considérer des situations comparables selon une même règle permet de discuter les privilèges. Expliquer les effets d’une décision peut faire apparaître un tort jusque-là ignoré. La justice ne se réduit donc pas nécessairement à des préférences privées inconciliables.

2. L’accord peut être limité ou apparent. Les mots communs peuvent dissimuler des définitions différentes. Une personne dominée peut accepter une décision faute de pouvoir la contester. Le consentement observé ne garantit donc pas que la règle soit juste, et un désaccord peut subsister sur les priorités.

3. La discussion et des procédures équitables rendent l’accord plus solide. Il faut permettre les objections, distinguer les faits des intérêts et rechercher des critères explicites. On peut partager des principes tout en discuter leurs applications. L’accord sur le juste est donc possible et à construire ; il ne requiert pas l’effacement immédiat de toutes les différences, et ne vaut pas preuve définitive de justice.

Sujet 2 — Le langage déforme-t-il la pensée ?

La déformation suppose une pensée déjà constituée que les mots rendraient mal. Mais formuler peut aussi permettre de découvrir ce que l’on pense. Il faut examiner les deux rapports, expression et élaboration.

1. Les mots peuvent trahir une intention. Un vocabulaire trop général rend mal une nuance ; une expression reçue peut imposer une opposition artificielle. La traduction et la reformulation montrent qu’une même pensée ne passe pas toujours sans perte d’une formulation à une autre.

2. La formulation peut aussi clarifier la pensée. Une intuition vague paraît parfois cohérente jusqu’au moment où l’on doit la définir. Distinguer des termes et exposer un raisonnement permet de repérer une contradiction. Le langage ne vient donc pas seulement après une pensée entièrement prête.

3. Il faut travailler les mots plutôt que les tenir pour une déformation inévitable. Nous pouvons reformuler, proposer un exemple et préciser les limites d’une expression. La pensée se corrige en même temps que son langage. Certains usages déforment ; d’autres rendent plus précis ce qui restait confus. Le rapport n’est pas celui d’une pensée pure toujours abîmée par la parole.

Sujet 3 — Bergson : liberté et prévision

Thèse

Le texte confronte une représentation mécanique du monde et l’expérience apparente du choix. Bergson décrit ce que signifierait la liberté si elle existe : une décision qui ne serait pas entièrement calculable comme le mouvement d’un mécanisme. L’extrait conserve cette condition ; il ne constitue pas une preuve scientifique achevée de l’indéterminisme humain.

Explication suivie

La première partie présente le monde matériel comme une machine dont les éléments s’ajustent selon la nécessité. Étendre cette représentation à l’humain pousse à le considérer comme un automate. C’est la difficulté posée par les habitudes de pensée scientifiques évoquées dans le passage, et non une description de toutes les théories scientifiques actuelles.

Le sens commun oppose à cette image une expérience du choix. Se tourner vers la droite ou la gauche paraît dépendre d’une décision. Le vocabulaire de l’apparence est important : constater cette impression ne suffit pas à résoudre toute la question de ses causes.

Bergson présente alors l’hypothèse déterministe forte : avec assez de données, la science pourrait prévoir tout événement. L’acte libre serait précisément ce qui ne se laisse pas réduire à cette anticipation. La comparaison avec la Lune rend visible la différence : une Lune qui choisirait de surprendre l’astronome ne serait plus le simple objet mécanique de la prévision.

La formule finale n’invite pas à tromper les savants par un mensonge. Elle signifie que la liberté échapperait à une calculabilité totale. Une imprévisibilité due au manque d’information ne suffirait pas à elle seule ; l’enjeu est un choix dont l’ouverture ne serait pas seulement une ignorance de l’observateur.