Bac 2023 : corrigé de philosophie, Polynésie
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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie, session 2023, Polynésie, code 23-PHGEPO1. Les trois choix sont traités.
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Sujet 1 — L’art est-il l’affaire des seuls spécialistes ?
Problème
Un spécialiste possède des connaissances ou une technique approfondies. Créer, interpréter et apprécier une œuvre ne demandent pas nécessairement le même niveau de compétence. Le sujet interroge la nécessité de cette expertise et le risque d’une exclusion des autres publics.
Plan développé
1. Des compétences spécialisées enrichissent l’art. Une technique maîtrisée permet des réalisations difficiles ; la connaissance d’une forme ou d’un contexte éclaire une œuvre. L’expertise donne des moyens de comprendre ce qui échapperait à une rencontre très rapide. Elle ne doit pas être dépréciée au nom d’une spontanéité supposée supérieure.
2. Une expérience artistique n’est pas réservée à l’expert. Un enfant peut être touché par une musique et un lecteur commencer à comprendre un récit sans connaître toute son histoire littéraire. Une pratique amateur peut aussi produire une expérience créatrice. L’absence de savoir complet n’interdit donc ni la rencontre ni l’apprentissage.
3. Les spécialistes peuvent ouvrir l’accès plutôt que le fermer. Expliquer des procédés et proposer des repères permet à d’autres de construire leur propre relation. Leur jugement compte sans décider à la place de chaque destinataire. L’art concerne donc les spécialistes dans certaines fonctions, mais ne leur appartient pas exclusivement. Son appropriation peut être progressive et partagée.
Sujet 2 — Savoir rend-il malheureux ?
Le savoir peut révéler une menace ou détruire une illusion rassurante. Il peut aussi fournir des moyens d’agir. Le sujet demande s’il existe un lien nécessaire entre connaissance et malheur, et pas seulement si certaines vérités sont pénibles.
1. Une connaissance peut provoquer une peine. Apprendre une trahison ou comprendre un danger peut troubler la tranquillité. La lucidité nous expose à des réalités que l’ignorance laissait de côté. Le savoir ne possède donc pas toujours un effet agréable immédiat.
2. L’ignorance peut maintenir une vulnérabilité. Ne pas connaître un problème n’empêche pas ses effets. Une information permet parfois de se protéger, de choisir ou de réparer. Une satisfaction fondée sur une illusion peut être fragile et dépendre du maintien de cette illusion.
3. Le savoir ne détermine pas seul le bonheur. Il faut examiner la manière dont il est reçu, les moyens d’action disponibles et la relation aux autres. Une vérité difficile peut ouvrir une vie plus autonome ; un savoir abondant ne garantit pas une existence satisfaite. Savoir peut rendre momentanément malheureux, mais il n’est pas en lui-même une cause nécessaire de malheur.
Sujet 3 — Locke : les mots comme signes des idées
Thèse
Les mots sont des signes sensibles institués pour conserver et communiquer des idées qui ne sont pas directement visibles. Leur lien avec une idée est conventionnel, et leur signification immédiate renvoie aux idées du locuteur, même lorsque celles-ci représentent mal les choses.
Explication suivie
Le texte part d’une exigence sociale : partager des pensées permet de bénéficier de la vie commune. Les idées étant invisibles, il faut un moyen extérieur de les rendre accessibles. Les sons articulés sont présentés comme particulièrement adaptés par leur diversité et leur brièveté.
Locke distingue ensuite adaptation générale de la parole et liaison naturelle entre un son précis et une idée. Si cette liaison particulière était naturelle et identique pour tous, une seule langue suffirait. La diversité des langues soutient au contraire l’institution volontaire des signes. Arbitraire ne signifie pas que chacun peut changer seul tous les mots sans perdre la communication : cela signifie que le lien n’est pas imposé par la nature du son.
Les mots remplissent deux usages : enregistrer ses pensées pour soulager la mémoire et les exposer à autrui. Cette distinction montre que le langage sert aussi le rapport du sujet à ses propres idées.
Enfin, le signe renvoie immédiatement à une idée dans l’esprit de celui qui parle, pas directement à la chose indépendante. Si cette idée est confuse ou inexacte, le mot ne la rend pas vraie. Le but de communication est que l’auditeur reconnaisse les idées désignées ; sa réussite demande donc un travail sur les significations, et pas seulement la production de sons.