Bac 2023 : corrigé de philosophie, sujet ME3

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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie, session 2023, sujet code 23-PHGEME3. Les trois choix sont traités.

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Sujet 1 — Pouvons-nous vraiment connaître la nature ?

Problème

La connaissance utilise des perceptions, des concepts et des instruments. Nous n’accédons donc pas à la nature sans médiation. Cela interdit-il toute connaissance réelle, ou seulement une description totale et définitive ?

Plan développé

1. Une connaissance de phénomènes naturels est possible. Observer, mesurer et comparer permet d’établir des relations qui résistent à des vérifications. Une explication peut prévoir certains effets et corriger une impression. Le fait que la connaissance utilise des instruments ne la rend pas arbitraire.

2. Les modèles ne restituent pas tout ce qui existe. Ils sélectionnent des grandeurs et dépendent de conditions. Un résultat valable dans un cadre ne doit pas être étendu sans contrôle à toutes les situations. Notre point de vue et nos moyens limitent les questions que nous pouvons poser.

3. Une connaissance réelle peut être partielle. Reconnaître des limites n’oblige pas à nier tous les résultats. La confrontation à l’expérience permet de distinguer un modèle utile d’une construction sans prise sur les phénomènes. Nous pouvons vraiment connaître certains aspects de la nature ; nous ne pouvons en déduire une possession complète du monde ni la fin de toute recherche.

Sujet 2 — Être heureux requiert-il d’être seul ?

La solitude peut signifier indépendance du jugement, temps passé sans compagnie ou isolement durable. Le bonheur exige-t-il cette condition ou peut-il aussi se construire avec d’autres ?

1. Un temps de solitude peut protéger l’autonomie. Se retirer des attentes d’autrui permet de reconnaître ses désirs et de ne pas chercher constamment l’approbation. Certaines activités demandent de la concentration. Mais ce bénéfice ne prouve pas que toute relation empêcherait le bonheur.

2. Des relations peuvent être constitutives d’une vie heureuse. L’amitié, l’entraide et un plaisir partagé offrent des expériences que l’isolement ne fournit pas de la même façon. Un soutien permet parfois de traverser une difficulté. Le bonheur avec autrui n’est pas nécessairement une dépendance servile.

3. La solitude n’est ni nécessaire en général ni suffisante. On peut être seul et malheureux, entouré et heureux, ou avoir besoin d’alterner retrait et relation. L’enjeu est la qualité des liens et la capacité de conserver une liberté personnelle. Être heureux peut requérir de ne pas vivre seulement sous le regard d’autrui ; cela ne requiert pas d’être seul au sens de vivre sans relations.

Sujet 3 — Machiavel : le jugement du peuple et celui du prince

Thèse

Machiavel défend la prudence, la constance et la capacité de jugement du peuple contre l’idée d’une supériorité nécessaire du prince. Il procède par comparaison : les erreurs populaires ne suffisent pas à condamner le peuple lorsque le prince peut être plus exposé encore aux passions.

Explication suivie

Le début annonce une thèse relative, le peuple serait meilleur juge qu’un prince, puis invoque une formule célèbre. L’évocation de prévisions étonnantes souligne sa capacité collective ; elle ne fournit pas une démonstration d’un pouvoir surnaturel réel.

L’exemple des deux orateurs place ensuite le peuple devant deux propositions de force rhétorique comparable. Choisir la meilleure montrerait une capacité de discernement. Machiavel reconnaît cependant qu’une opinion brillante peut le séduire. Il n’affirme donc pas l’infaillibilité du collectif ; il demande de comparer sa faiblesse à celle d’un prince soumis à davantage de passions.

La désignation des magistrats introduit un autre critère. Le peuple serait plus difficile à persuader de choisir un homme corrompu. La comparaison porte sur les résistances et les facilités de persuasion, pas seulement sur un jugement intellectuel abstrait.

Enfin, la persistance d’une aversion illustre la constance populaire. Le texte la mobilise contre la représentation d’un peuple nécessairement instable. Une explication doit restituer ces trois dimensions, prudence, discernement et constance, tout en distinguant les affirmations argumentatives de Machiavel d’une loi universelle sur toutes les foules et tous les dirigeants.