Bac 2024 : corrigé de philosophie, Amérique du Nord
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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie, session 2024, Amérique du Nord, code 24-PHGEAN1. Les trois choix sont traités.
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Sujet 1 — Comment être heureux si rien ne dure ?
Problème
Si les plaisirs, les relations et les situations changent, un bonheur fondé sur leur conservation indéfinie semble impossible. Mais être heureux doit-il signifier posséder un état immuable ? Le sujet invite à chercher un bonheur compatible avec la durée limitée des expériences.
Plan développé
1. L’impermanence fragilise un bonheur conçu comme possession. La peur de perdre peut troubler un moment agréable avant même sa fin. Chercher une sécurité totale peut conduire à vouloir contrôler autrui ou à reporter toute satisfaction. Aucun bien temporel ne peut alors répondre entièrement à l’exigence de permanence.
2. Une expérience limitée peut cependant avoir une valeur réelle. Une rencontre n’a pas besoin de durer éternellement pour avoir été heureuse. La mémoire et les effets d’une relation prolongent parfois sa portée sans restituer l’instant. La fin d’un plaisir ne démontre pas qu’il n’aurait jamais compté.
3. Le bonheur peut résider dans une manière de vivre le changement. Il faut apprécier ce qui est présent sans le traiter comme une propriété garantie, et construire des engagements que l’on accepte de renouveler. Cela n’interdit ni le chagrin ni le désir de continuité. Être heureux malgré la finitude consiste à donner de la valeur à une vie en mouvement, plutôt qu’à exiger qu’aucun de ses moments ne passe.
Sujet 2 — Peut-on parler sans savoir ?
Parler peut signifier exprimer une sensation, demander une information ou affirmer une connaissance. On peut ne pas savoir la réponse à une question tout en sachant utiliser une langue. La distinction des sens évite de traiter toute parole incertaine comme une faute.
1. De nombreuses paroles naissent d’une ignorance reconnue. Poser une question et proposer une hypothèse permettent précisément d’apprendre. On peut aussi raconter ce que l’on éprouve sans prétendre connaître toutes ses causes. L’absence de savoir complet n’interdit donc pas de parler.
2. Affirmer comme certain ce que l’on ignore est problématique. Une parole peut influencer une décision ou répandre une erreur. L’assurance du ton ne remplace pas une preuve. Celui qui parle doit distinguer fait, supposition et opinion, surtout lorsqu’autrui dépend de son information.
3. La parole peut contribuer au savoir si elle expose ses limites. Le dialogue permet de comparer des raisons et de corriger une idée. Il suppose une compétence minimale de langage, mais pas la possession préalable de toute vérité. Nous pouvons parler sans savoir ce dont nous cherchons la réponse ; nous ne devons pas faire passer cette ignorance pour une connaissance établie.
Sujet 3 — Épictète, Entretiens
Thèse
Ce qui paraît contraire à l’intérêt d’un individu isolé peut correspondre à sa place dans un ensemble. Épictète applique cette idée à l’être humain, défini comme partie de cités : la communauté universelle et la communauté particulière qui en donne une image.
Explication suivie
Le texte part d’une difficulté sur la conformité à la nature. Un pied considéré isolément semble devoir rester propre et intact. Mais sa fonction dans un corps peut exiger qu’il marche dans la boue, subisse une blessure ou soit amputé pour protéger l’ensemble. L’exemple ne définit pas une politique concrète ; il illustre le changement de perspective entre intérêt séparé et fonction d’une partie.
Le raisonnement est transposé à l’humain. Considéré seul, il souhaite santé, richesse et longévité. Considéré comme membre d’un tout, il peut avoir à supporter des risques ou des privations. Le passage ne prétend pas que ces événements sont agréables : il demande de les envisager sans oublier les liens qui rendent une vie humaine possible.
La question sur la colère vise la réaction d’un individu qui n’évalue une situation qu’à partir de son avantage séparé. Comme un pied détaché du corps ne remplit plus sa fonction, un humain pensé en dehors de toute relation manque une dimension de ce qu’il est.
La fin précise deux niveaux d’appartenance. La première cité réunit dieux et hommes ; la seconde est une cité particulière rapprochée de cette communauté universelle. Il ne faut donc pas réduire le tout à un État déterminé ni transformer l’extrait en approbation automatique de toute souffrance imposée par une institution. L’argument porte sur l’appartenance et la perspective à partir de laquelle nous jugeons les événements.