Bac 2024 : corrigé de philosophie, Antilles-Guyane AG3
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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie, session 2024, Antilles-Guyane, code 24-PHGEAG3. Les trois choix sont traités.
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Sujet 1 — La raison recommande-t-elle de douter de tout ?
Problème
Le doute peut permettre de vérifier une affirmation ; il peut aussi devenir un refus de reconnaître la moindre justification. La raison recommande-t-elle une suspension universelle ou un examen proportionné aux raisons de douter ?
Plan développé
1. Il est rationnel de mettre à l’épreuve les convictions reçues. Une affirmation répétée peut rester sans preuve. Une expérience isolée ne suffit pas toujours à une règle générale. Le doute protège contre la confusion entre familiarité et vérité, et rend possible une enquête.
2. Douter de tout en permanence empêcherait de conduire cette enquête. On doit pouvoir utiliser provisoirement des méthodes et des résultats suffisamment éprouvés. L’idée qu’une proposition pourrait être fausse ne vaut pas encore objection établie. Un soupçon sans motif ne possède pas la force d’une contradiction démontrée.
3. La raison recommande une critique graduée. Tout jugement peut être interrogé en principe, mais chaque question demande des raisons et des procédures adaptées. Nous pouvons reconnaître une conclusion solide tout en précisant ses conditions. La raison recommande donc de ne rien soustraire par principe à l’examen ; elle ne recommande pas de tenir toutes les propositions pour également douteuses ni de suspendre indéfiniment tout jugement.
Sujet 2 — La justice n’est-elle qu’un idéal ?
Un idéal indique une exigence que la réalité n’accomplit pas entièrement. La justice peut remplir cette fonction critique. Mais elle désigne aussi des institutions, des règles et des actions capables de corriger des injustices concrètes.
1. Une justice parfaite peut apparaître comme un horizon. Les situations changent, les intérêts entrent en conflit et aucune procédure ne garantit l’absence de toute erreur. L’idéal permet d’évaluer les règles présentes au lieu de confondre ce qui est légal et ce qui est juste.
2. Des réalisations limitées ne sont pas pour autant inexistantes. Réparer un dommage ou supprimer un privilège peut améliorer effectivement une situation. Une justice imparfaite n’est pas identique à une absence totale de justice. Le mot idéal ne doit pas devenir une excuse pour l’inaction.
3. L’idéal et la pratique se corrigent mutuellement. Une exigence générale oriente l’action ; l’examen des effets permet de préciser ce qu’elle demande. La justice n’est donc pas qu’un rêve éloigné : elle est aussi une tâche et une réalité partielle. Son idéal empêche de déclarer l’œuvre achevée, tandis que ses réalisations donnent un contenu concret à l’exigence.
Sujet 3 — Freud et la recherche des origines de la création
Thèse
Pour éclairer la création littéraire, Freud propose de rechercher dans l’expérience humaine ordinaire une activité qui lui soit apparentée. L’incertitude des réponses de l’écrivain ne doit pas faire renoncer à l’enquête ; elle conduit à déplacer la méthode.
Explication suivie
Le début formule deux questions : d’où vient la matière de l’œuvre et comment sa mise en forme produit-elle des émotions fortes ? Le lecteur ne s’interroge donc pas seulement sur la source d’une histoire, mais sur sa transformation en expérience littéraire.
Interroger le créateur n’apporte pas forcément une réponse satisfaisante. Cette limite accroît la curiosité. Freud distingue ensuite compréhension et compétence : découvrir des conditions de création ne ferait pas automatiquement de l’enquêteur un écrivain. L’intérêt de la recherche n’est donc pas réduit à une recette de fabrication.
Le second paragraphe propose une comparaison. Trouver une activité apparentée chez soi ou chez d’autres permettrait d’approcher un phénomène qui semblait réservé à une personnalité exceptionnelle. L’hypothèse ne nie pas les différences de réussite ; elle cherche une continuité intelligible.
L’affirmation des écrivains selon laquelle une possibilité poétique existe en chacun soutient cet espoir. Elle est citée comme encouragement à l’enquête, et non comme preuve que tous produisent des œuvres équivalentes. L’extrait s’arrête à cette ouverture méthodologique. Il serait donc insuffisant de lui attribuer une théorie déjà complète des rêves ou des fantasmes : l’activité précise à comparer n’est pas développée dans ce passage.