Bac 2024 : corrigé de philosophie, Asie

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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie, session 2024, Asie, code 24-PHGEJA1. Les trois choix sont traités.

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Sujet 1 — Faut-il se battre pour la vérité ?

Problème

Se battre peut désigner un effort de recherche, une contestation publique ou une violence. La vérité peut être difficile à établir et rencontrer des résistances. Sa valeur justifie-t-elle un combat, et quels moyens sont compatibles avec elle ?

Plan développé

1. Défendre la vérité peut être nécessaire. Une information fausse peut causer un tort ; une donnée dérangeante peut être dissimulée. Enquêter, vérifier et expliquer demande alors du courage et du temps. La vérité ne s’impose pas toujours par sa seule existence.

2. Le combat peut pourtant devenir dogmatique. Se croire détenteur de la vérité ne donne pas un droit d’imposer une conviction sans preuve. Réduire les objections au silence détruit la possibilité de vérifier sa propre position. La force peut faire accepter une parole sans établir sa justesse.

3. Il faut défendre les conditions de la recherche et de la discussion. Le combat légitime consiste à produire des raisons, préserver des documents et rendre l’examen possible. Il demande aussi de corriger ses erreurs. Se battre pour la vérité peut être un devoir lorsqu’une injustice dépend d’un mensonge ; les moyens doivent rester compatibles avec l’exigence de preuve qui donne son sens à ce combat.

Sujet 2 — Doit-on se libérer de soi-même ?

Le soi peut désigner l’ensemble de nos habitudes, une image sociale ou la personne qui choisit. Se libérer entièrement de soi paraît contradictoire : qui accomplirait cette libération ? Le sujet devient plus précis si l’on distingue identité et emprises intérieures.

1. Certaines habitudes enferment le sujet. Une peur ou une image de soi peut faire tenir une possibilité pour interdite. Se définir uniquement par une ancienne erreur revient à laisser un état passé commander toutes les décisions. Une liberté nouvelle demande parfois de desserrer ces identifications.

2. Se supprimer comme sujet ne serait pas devenir libre. Les engagements, les capacités et la mémoire donnent des prises à l’action. Chercher à ne plus avoir aucune détermination pourrait conduire à suivre les attentes d’autrui. La liberté suppose quelqu’un qui puisse reconnaître et assumer ses choix.

3. Il faut se libérer de certaines formes de soi pour devenir davantage auteur de sa vie. Le travail critique consiste à examiner ses désirs et à accepter de changer sans nier toute continuité. Le soi est alors un devenir, pas un objet immuable à détruire. Nous devons nous libérer de ce qui nous enferme en nous-mêmes, et non de toute possibilité d’être une personne.

Sujet 3 — Alain et le langage comme instrument de pensée

Thèse

Alain distingue le fonctionnement spontané de la parole et sa maîtrise par la pensée. Penser consiste à reprendre ce que l’on dit pour en saisir le sens ; le langage ne devient un instrument véritable que lorsqu’on ne se laisse plus simplement emporter par lui.

Explication suivie

Le début rapporte certaines formes d’inertie intellectuelle à une pauvreté d’expression. Un vocabulaire trop réduit et un mot employé pour tout rendent les distinctions difficiles. Mais cette pauvreté n’empêche pas de parler beaucoup : les querelles et les bavardages peuvent utiliser abondamment un mécanisme peu maîtrisé.

La vitesse et la répétition montrent alors que le locuteur ne dirige pas entièrement son discours. Il peut produire des paroles dont il ne reconnaît pas le sens. Les exemples d’ivresse et de délire poussent cette idée à sa limite. Ce diagnostic appartient au raisonnement philosophique de l’extrait ; il ne faut pas le présenter comme une explication médicale exhaustive de tous les troubles psychiques.

Le premier acte de pensée apparaît lorsque le sujet trouve un sens à ce qu’il dit. L’enfant peut d’abord être compris par les autres avant de comprendre lui-même les expressions employées. Cette remarque met en avant le rôle de la parole reçue et de sa reprise, plutôt qu’une pensée entièrement formée avant le langage.

La conclusion définit donc la pensée comme un dialogue avec soi. Il ne s’agit pas de prononcer nécessairement des sons à voix haute, mais d’examiner les significations au lieu de laisser les mots se succéder automatiquement. L’instrument langage ouvre des possibilités ; son usage demande un effort de maîtrise.