Bac 2024 : corrigé de philosophie, Métropole juin
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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie, 18 juin 2024, Métropole, La Réunion et Mayotte, code 24-PHGEME1. Les trois choix sont traités.
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Sujet 1 — La science et notre besoin de vérité
Problème
La science recherche des connaissances justifiées, tandis que notre besoin de vérité peut concerner aussi le sens de la vie, la justice d’une décision ou la connaissance de soi. Il faut distinguer ce qu’une méthode permet de connaître et l’attente d’une réponse à toute interrogation.
Plan développé
1. La science répond à un besoin de sortir de l’opinion. Une mesure contrôlée ou une explication mise à l’épreuve permet de corriger des impressions. La justification distingue un résultat et une conviction personnelle. La science peut donc satisfaire notre besoin de vérité sur des phénomènes accessibles à ses méthodes, même si elle procède progressivement.
2. Elle ne promet pas une certitude définitive sur tout. Les résultats ont des domaines de validité ; de nouvelles observations peuvent modifier une explication. Certaines questions portent sur des fins ou des obligations et ne se résolvent pas par une mesure seule. Une connaissance des effets d’une décision éclaire le jugement moral sans décider automatiquement de ce qui doit être choisi.
3. Il faut reconnaître la portée du savoir sans lui demander une totalité. La science satisfait des exigences de vérité précisément parce qu’elle distingue preuve, hypothèse et inconnue. Une attente de réponses absolues à toutes les questions risquerait de transformer la science en croyance. Elle peut satisfaire une part essentielle de notre besoin de vérité, mais ce besoin demande aussi d’autres formes d’examen raisonné.
Sujet 2 — L’État nous doit-il quelque chose ?
Le devoir peut venir d’un engagement, d’une responsabilité ou de la fonction d’une institution. L’État dispose de pouvoirs qui s’exercent sur les personnes ; en retour, on peut lui demander de justifier leur usage et d’assurer ce qui rend la vie commune possible.
1. Le pouvoir public ne peut être pensé sans obligations. Garantir une protection commune et traiter les personnes selon des règles défendables donne une raison d’accepter son autorité. Si l’État exige l’obéissance sans reconnaître aucune responsabilité, la relation devient une domination arbitraire. Ses obligations ne sont donc pas une simple générosité facultative.
2. Toute attente personnelle ne constitue pas une dette. Les ressources et les intérêts peuvent entrer en conflit. L’État ne peut promettre à chacun la satisfaction de toutes ses préférences. Une demande doit être examinée au regard d’une règle commune, et pas seulement de l’intensité du désir individuel.
3. Il doit rendre possibles des droits et répondre de ses décisions. L’enjeu est de distinguer une promesse irréalisable et des obligations justifiées de protection, d’égalité et de responsabilité. Les citoyens peuvent contribuer à la vie commune tout en exigeant des comptes. L’État nous doit donc quelque chose en raison de sa fonction et de son pouvoir ; préciser cette dette demande une discussion sur la justice, les besoins et les moyens collectifs.
Sujet 3 — Simone Weil et les mobiles du travail à l’usine
Thèse
Les conditions de travail décrites réduisent les motivations possibles et tendent à éteindre la pensée ainsi que l’attention à autrui. La brutalité du système se reproduit dans les relations entre ceux qui y travaillent. La longueur éprouvée de la journée condense cette expérience, difficile à communiquer à ceux qui ne la connaissent pas.
Explication suivie
Weil part du mobile nécessaire à l’action : une énergie doit permettre d’accomplir l’effort. Elle relie ensuite la qualité de l’action à celle de sa motivation. Dans l’usine décrite, l’absence de chaînes matérielles n’abolit pas la contrainte ; le travailleur doit trouver en lui de quoi se soumettre à une passivité épuisante. Cette formule associe l’effort du corps et une faible maîtrise de la tâche.
Les conditions limitent les mobiles à la peur des sanctions et du renvoi, au désir d’argent et à la recherche de records. Leur répétition les rend obsédants. Le texte ne reproche pas simplement aux ouvriers d’aimer l’argent : il montre une organisation qui exclut des raisons d’agir plus élevées et impose la fixation sur les rares motifs disponibles.
La pensée se resserre ensuite sur l’instant pour limiter la souffrance. La conscience ne disparaît pas totalement : elle subsiste dans la mesure exigée par la tâche. Cette contraction rend difficile la perception des autres travailleurs comme êtres humains partageant une peine. L’indifférence et la brutalité ne sont donc pas expliquées seulement par un défaut personnel.
Un mouvement réciproque apparaît : le système façonne les gestes, regards et paroles, qui rendent à leur tour sa brutalité sensible. La plainte finale sur la longueur du temps paraît banale à l’extérieur, alors qu’elle résume une journée de contrainte et d’appauvrissement intérieur. L’explication doit restituer ce lien entre organisation du travail, motivation, conscience et relations humaines.