Bac 2024 : corrigé de philosophie, Polynésie

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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie, session 2024, Polynésie, code 24-PHGEPO1. Les trois choix sont traités.

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Sujet 1 — Décide-t-on d’être heureux ?

Problème

Décider suppose un choix que l’on peut accomplir. Le bonheur dépend pourtant de conditions et d’événements que nous ne maîtrisons pas entièrement. La volonté peut-elle produire directement cet état, ou peut-elle seulement orienter la manière de vivre ?

Plan développé

1. Une décision peut modifier les conditions du bonheur. Choisir une activité, entretenir une relation ou renoncer à une attente impossible peut ouvrir une vie plus satisfaisante. Nous ne sommes pas seulement passifs devant ce qui arrive. Le jugement sur nos désirs compte dans la manière de chercher le bonheur.

2. Le bonheur ne répond pas à un ordre immédiat. Une peine, une maladie ou une contrainte matérielle ne disparaît pas parce qu’on décide d’être heureux. Exiger d’une personne malheureuse qu’elle veuille davantage peut nier ses difficultés. La décision n’a pas le même pouvoir qu’une transformation effective de la situation.

3. On peut choisir une orientation sans garantir un résultat. Apprendre à apprécier ce qui existe et agir sur ce qui dépend de soi peut favoriser le bonheur. Mais une disposition ne commande ni toutes les émotions ni tous les événements. Nous décidons parfois des manières de chercher et d’accueillir le bonheur ; nous ne décidons pas souverainement d’être heureux à tout instant.

Sujet 2 — Le savoir nous rend-il égaux ?

Le savoir peut donner une capacité commune de comprendre ; il peut aussi distinguer ceux qui le possèdent de ceux qui en sont privés. L’égalité doit être précisée : dignité, accès aux moyens ou compétence identique.

1. Le partage du savoir peut réduire une dépendance. Comprendre une règle ou savoir lire une information permet de ne pas dépendre entièrement de celui qui l’explique. Un enseignement accessible peut donner à davantage de personnes les moyens de participer à une discussion. Le savoir soutient ainsi une égalité d’autonomie.

2. La possession d’un savoir peut devenir un avantage inégal. L’accès à la formation et le temps d’étude varient. Une compétence spécialisée crée une différence réelle de maîtrise sur un objet. Il serait trompeur d’en conclure que tous deviennent également compétents dès qu’une information est disponible.

3. Le savoir contribue à l’égalité lorsque ses conditions sont partagées. Il faut rendre l’apprentissage possible et distinguer différence de compétence et valeur de la personne. Un expert peut mieux connaître un domaine sans posséder une dignité supérieure ni un droit de décider de tout. Le savoir ne nous rend pas automatiquement égaux ; son partage peut renforcer des conditions d’égalité et de participation.

Sujet 3 — Merleau-Ponty et la perspective temporelle

Thèse

La comparaison du temps avec une rivière est insuffisante, car elle traite le temps comme une chose qui coulerait indépendamment de toute perspective. Merleau-Ponty montre que la succession d’événements suppose un observateur situé, qui distingue des moments dans le monde.

Explication suivie

L’extrait expose d’abord la métaphore : l’eau vient de la fonte du glacier, passe devant le témoin et rejoint la mer. On imagine alors un temps allant du passé vers le présent et l’avenir. L’auteur la juge confuse parce qu’elle suppose déjà les distinctions temporelles qu’elle devrait éclairer.

Lorsqu’on parle de fonte passée et d’eau présente, on rapporte des vues successives d’un témoin. Il peut avoir suivi l’eau ou attendre au bord de la rivière des objets jetés en amont. Dans les deux cas, la succession dépend d’une place et d’une perspective limitées. Les événements ne sont pas simplement des blocs séparés que l’on trouverait sans point de vue dans un monde déjà découpé.

L’auteur oppose cette perspective finie à la totalité objective considérée sans observateur situé. Sa formule sur un être indivisible exprime cette manière de considérer le tout ; elle ne doit pas être lue comme le constat selon lequel aucune eau ni aucun corps ne se déplacerait. Le changement apparaît lorsque quelqu’un voit passer des choses depuis une position déterminée.

La conclusion affirme donc que le temps suppose une vue sur lui. Cela ne signifie pas que chaque individu peut décider arbitrairement des événements ni que le monde serait un rêve privé. Le texte établit une relation entre temps vécu, découpage des événements et perspective. Une explication doit montrer pourquoi la métaphore du ruisseau oublie précisément cette relation.