Bac 2024 : corrigé de philosophie, remplacement
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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie, 10 septembre 2024, code 24-PHGEME3. Les trois choix sont traités.
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Sujet 1 — Avons-nous le devoir d’être libres ?
Problème
La liberté semble être un pouvoir ou un droit, tandis que le devoir impose une obligation. Peut-on être obligé de devenir libre ? Le sujet distingue l’absence de contrainte extérieure et la capacité d’exercer son jugement sans abandonner sa responsabilité.
Plan développé
1. La liberté peut être une condition de la responsabilité. Une décision assumée suppose que l’on ne se contente pas de suivre un ordre ou une habitude. Chercher à comprendre ce que l’on fait et refuser de devenir un simple instrument peut donc relever d’une exigence morale. La liberté n’est pas seulement un confort personnel.
2. On ne peut exiger une autonomie que les conditions rendent impossible. Une contrainte, une dépendance ou un danger peut limiter les choix. Reprocher à une personne de ne pas être assez libre sans considérer sa situation transformerait un idéal en accusation injuste. Le devoir doit tenir compte de ce qui dépend effectivement du sujet.
3. Le devoir de liberté porte sur un effort possible et sur le respect d’autrui. Il consiste à exercer son jugement, à ne pas céder sans examen sa capacité de choix et à soutenir les conditions de l’autonomie commune. Il n’impose pas de choisir n’importe quoi pour montrer son indépendance. Nous pouvons avoir le devoir de travailler à notre liberté, sans posséder le pouvoir de supprimer instantanément toutes nos dépendances.
Sujet 2 — Peut-on s’arrêter de travailler ?
S’arrêter peut signifier prendre une pause, quitter une activité professionnelle ou supprimer tout effort nécessaire à la vie. La possibilité change selon ce sens et selon les conditions matérielles. Il faut également distinguer la cessation individuelle et le fonctionnement collectif.
1. Une interruption est possible et parfois nécessaire. Le repos permet de préserver la santé et de reprendre une activité. Une personne peut aussi changer de travail ou cesser une activité professionnelle si ses ressources le permettent. Le travail n’est donc pas une obligation continue à chaque instant.
2. La vie collective dépend pourtant d’activités accomplies. Se nourrir, entretenir des lieux ou rendre des services suppose du travail. Une personne peut cesser sa propre activité parce que d’autres produisent encore. Imaginer l’arrêt de tout travail rend visibles ces dépendances et interdit de confondre liberté individuelle et disparition de toute nécessité.
3. L’enjeu est de déterminer la place du travail. Répartir les tâches, organiser le repos et réduire des efforts inutiles peut libérer du temps. Il reste à distinguer travail subi, activité choisie et entretien de la vie. On peut s’arrêter de travailler dans certains sens et certaines conditions ; on ne peut affirmer que toute nécessité d’activité disparaît du seul fait de cette décision.
Sujet 3 — Russell : nécessité et généralisation empirique
Thèse
Russell distingue une vérité arithmétique comprise comme nécessaire et une généralisation fondée sur l’expérience. La différence concerne la nature de la justification et la possibilité de concevoir un monde où la proposition serait fausse, plutôt que la seule quantité d’exemples connus.
Explication suivie
Pour l’addition de deux et deux, de nouveaux exemples n’augmentent pas la certitude lorsque la relation a été comprise. Le raisonnement porte sur une nécessité, pas sur une régularité seulement observée dans notre monde. Un cas bien compris manifeste une relation générale ; il ne s’agit pas de compter un unique cas et d’en tirer une induction statistique.
Une généralisation empirique peut être très bien attestée tout en restant un fait. Russell prend la mortalité humaine : l’absence de contre-exemple soutient notre conviction, et des connaissances physiologiques fournissent d’autres raisons. Il met provisoirement ces dernières de côté pour isoler le rôle de l’expérience. Un décès seul ne suffirait pas à conclure que tous les humains sont mortels.
L’expérience demeure ouverte à la possibilité d’un contre-exemple. L’auteur distingue ainsi les deux types de certitude par une expérience de pensée : nous pouvons imaginer des êtres humains immortels, alors qu’une arithmétique où deux et deux feraient cinq bouleverserait nos repères de connaissance, si les termes conservent leur sens ordinaire.
La comparaison ne prouve pas l’existence réelle d’immortels. Elle montre qu’une proposition empirique et une proposition nécessaire n’ont pas le même statut. Il faut donc expliquer la différence entre comprendre une relation et accumuler des observations, plutôt que résumer le texte par « les mathématiques sont plus sûres ».