Arts plastiques : représenter la nature, juin 2025

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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat 2025. Baccalauréat général — Métropole — 17 juin 2025, sujet 25-AAPME1.

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Première partie — Représenter la nature

Problématique proposée : représenter la nature consiste-t-il à en donner une image fidèle, ou à inventer une manière de la percevoir ? Le corpus permet de comparer la description d’un paysage, la transformation de sa couleur et l’introduction de sa matière dans l’œuvre.

Une nature observée, mais déjà composée

Dans Labourage nivernais, Rosa Bonheur montre des bœufs au travail dans un champ. Leur volume, le détail du sol retourné et l’organisation des attelages rendent la scène reconnaissable. Le format horizontal accompagne la progression du labour et donne de l’ampleur aux animaux. La nature est ici un espace façonné par une activité agricole : elle ne se confond pas avec un paysage sans présence humaine.

Cette précision descriptive n’exclut pas une construction artistique. Le choix d’un point de vue, la disposition des masses et la place donnée aux bœufs organisent notre regard. La toile ne constitue donc pas un inventaire neutre de la campagne. Elle rend sensible une force animale et une relation de travail entre êtres vivants et territoire.

La couleur transforme l’expérience du paysage

Dans Le Talisman, Paul Sérusier conserve des éléments du paysage, mais les rassemble en zones colorées. Les jaunes, les verts, les bleus et les touches orangées ne cherchent pas seulement à reproduire les tons locaux. Les formes simplifiées et les reflets rendent l’image lisible tout en lui donnant une autonomie picturale. Le petit support en bois contraste avec la grande toile de Bonheur : une surface réduite peut concentrer une expérience intense de la couleur.

La comparaison oppose moins le « vrai » au « faux » que deux manières de choisir dans ce que l’on voit. Bonheur développe le détail et la profondeur ; Sérusier condense la sensation. Une œuvre extérieure prolonge cette question : Cathédrale de Rouen, effet de soleil, fin de journée de Claude Monet. Dans cette toile de la série des Cathédrales, les roses, les beiges et les jaunes de la façade contrastent avec les ombres mauves et bleues. Le motif architectural sert à observer la lumière naturelle : le peintre ne décrit pas seulement une pierre, mais son apparence à une heure donnée. À la différence des aplats de Sérusier, ces variations maintiennent le motif dans une expérience lumineuse changeante. La notice du musée Marmottan Monet permet de retrouver cette référence. Une représentation ne donne jamais tous les états de la nature à la fois.

Faire entrer la matière et le volume dans la représentation

Paul Rebeyrolle associe à la peinture terre, sable, cailloux et éléments végétaux. Dans Paysage, les reliefs et les contrastes font de la surface une présence matérielle. La nature n’est plus seulement évoquée par une ressemblance : certains de ses matériaux participent physiquement à l’image. Cela ne transforme pas pour autant la toile en morceau de paysage intact ; les éléments sont choisis et recomposés.

La Cascade du val Fex d’Hélène Garache déplace encore la représentation. La terre glaise, les émaux et le vernis construisent un volume que l’on pourrait regarder sous plusieurs angles. Les stries, les rochers et les différences de teinte suggèrent le mouvement d’une cascade dans une matière fixe. Une force changeante devient un objet durable.

Représenter la nature peut ainsi signifier décrire une activité, réordonner une sensation ou faire éprouver une matière. Ces démarches ne sont pas exclusives : la fidélité à une expérience peut exiger de s’éloigner de la simple imitation. Le corpus montre surtout qu’une œuvre rend visible un rapport à la nature, avec ses choix de cadrage, d’échelle et de support.

Deuxième partie, sujet A — Science et sensibilité artistique

Le document consacré à Ernst Haeckel associe observation scientifique et composition visuelle. Le microscope permet d’accéder à des organismes difficiles à voir à l’œil nu ; le dessin en précise les formes et les rapprochements. L’image peut donc servir à connaître et à comparer. Ses choix graphiques servent cependant aussi à produire une expérience esthétique.

Les symétries et les répétitions disposées en planches rendent les organismes comparables, mais elles valorisent également un ordre visuel. Le scientifique sélectionne, place et représente. L’organisation de la page peut susciter l’admiration autant qu’elle transmet des informations. Il faut ainsi distinguer une observation, son interprétation et la présentation choisie pour convaincre ou émerveiller.

Inversement, la sensibilité artistique ne constitue pas une garantie de vérité scientifique. Une image séduisante peut simplifier les variations ou donner l’impression d’une harmonie parfaite. Une lecture critique demande de connaître les conditions d’observation et de ne pas confondre beauté formelle et démonstration. L’intérêt du dialogue est précisément de rendre les phénomènes accessibles tout en permettant de discuter ce que l’image fait voir.

La science élargit donc le champ du visible ; l’art aide à lui donner une forme partageable. Leur rencontre devient féconde lorsqu’on peut identifier ce qui relève de la donnée, de l’hypothèse et du choix plastique.

Deuxième partie, sujet B — Note d’intention « Format paysage »

Œuvre choisie : Le Talisman. Je propose une exposition où le visiteur découvre comment un paysage peut devenir un ensemble de rapports colorés. L’œuvre serait présentée dans son intégrité, dans un espace calme, sur une paroi sobre. Son petit format impose de ménager une distance d’observation rapprochée et d’éviter un dispositif monumental qui la ferait disparaître.

Le parcours commencerait par une salle consacrée au cadrage : des schémas distincts de l’œuvre montreraient comment un regard sélectionne une portion du paysage. La salle centrale accueillerait l’original, sans projection sur sa surface et sans manipulation de son support. Des assises permettraient une observation prolongée. Dans un espace séparé, un atelier inviterait les visiteurs à recomposer un paysage de leur choix avec quelques aplats, sans reproduire ni modifier la toile exposée.

Le titre « Format paysage » désignerait donc à la fois le cadrage et la transformation d’un espace en image. Une médiation écrite courte présenterait le support, les dimensions et les choix de couleur. Les conditions d’éclairage, de distance et de conservation seraient fixées avec le prêteur. Le projet rendrait la toile accessible par l’observation et l’expérience, sans lui ajouter un effet qui en altérerait la perception.

Le candidat devait choisir A ou B ; les deux propositions ci-dessus permettent de travailler les deux options, sans constituer un barème officiel.