Arts plastiques : recomposition du réel, septembre 2025
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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat 2025. Baccalauréat général — Métropole — 9 septembre 2025.
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Première partie — La recomposition du réel
Problématique proposée : comment la sélection, l’assemblage et la multiplicité des points de vue transforment-ils un réel reconnaissable en une expérience nouvelle ? Le corpus montre que recomposer ne consiste pas seulement à inventer ce qui n’existe pas : cela peut rendre visibles des relations dispersées.
Regrouper pour faire apparaître un système
Dans 99 Cent, Andreas Gursky présente un espace commercial saturé de produits. Les rayonnages, les répétitions de couleurs et les signes de prix organisent le champ visuel. Le grand format dépasse une vision utilitaire du magasin : le spectateur rencontre une structure faite d’abondance et de répétition. La photographie conserve un rapport au lieu, mais le cadrage en fait aussi une image du système marchand.
Dans Les jeux d’enfants, Brueghel rassemble une multitude d’activités dans un espace commun. Le point de vue élevé permet de passer d’un groupe à un autre. L’œuvre ne possède pas un seul héros qui absorberait l’attention : chaque petite scène apporte une action, tandis que l’ensemble forme une représentation collective. La comparaison avec Gursky fait apparaître deux usages de la profusion : multiplication des gestes dans un cas, multiplication des marchandises dans l’autre.
Prélever et déplacer une matière déjà transformée
Avec Boulevard de la Villette, Jacques Villeglé expose des affiches lacérées. Le réel urbain fournit des couches, des mots incomplets et des images abîmées. L’artiste choisit cet ensemble et le présente sur toile. La recomposition n’efface pas les déchirures : elle permet d’en lire les rencontres accidentelles.
Ce qui pouvait apparaître comme un résidu devient une surface à regarder. La succession des affichages laisse une mémoire fragmentaire des messages publics. Il serait excessif d’attribuer à l’artiste chaque lacération comme un geste volontaire ; son intervention tient aussi au prélèvement, au choix et à la présentation.
Recomposer une expérience par plusieurs lectures
Dans Prenez soin de vous, Sophie Calle soumet une lettre de séparation à plusieurs femmes qui l’interprètent en relation avec leur profession. Le document reproduit associe le portrait d’une institutrice à son texte. L’événement intime n’est plus enfermé dans une seule voix : il devient une série de réponses situées.
Le rapport entre photographie et écrit importe autant que chaque élément. Le portrait identifie une interprète ; le texte manifeste sa manière de lire. La pluralité ne garantit pas une vérité définitive sur la séparation. Elle transforme plutôt un événement subi en une production de formes et de points de vue.
Nature morte à la chaise cannée de Pablo Picasso, réalisée en 1912, offre une référence extérieure précise. Un morceau de toile cirée évoque le cannage d’une chaise, tandis qu’une corde matérialise le contour ovale. La recomposition associe donc des signes peints et des matériaux prélevés : le tableau ne se contente pas d’imiter un objet absent. Cette œuvre, étudiée dans le parcours du Centre Pompidou sur l’objet, éclaire la différence avec Villeglé : Picasso introduit un fragment dans une construction picturale ; Villeglé prélève une surface urbaine déjà composée et altérée. Dans les deux cas, reconnaître une origine n’empêche pas de rencontrer un sens nouveau. Le corpus montre cependant plusieurs types de recomposition. Gursky et Brueghel organisent un champ visuel, Villeglé sélectionne un matériau urbain stratifié, Calle distribue l’interprétation. Leur point commun est de faire passer le réel d’une donnée immédiatement vécue à une relation construite et partageable.
Deuxième partie, sujet A — La technologie et la diffusion de l’art
Le document présente une reproduction holographique d’une version de La Petite danseuse de quatorze ans, exposée lors de la préparation d’une vente. L’argument de fragilité pose une question concrète : comment montrer une œuvre quand son déplacement la met en danger ? La reproduction peut élargir l’accès tout en limitant le transport de l’original.
Ce gain ne rend pas les deux expériences identiques. Une image tridimensionnelle peut restituer certains volumes et permettre une observation à distance. Elle ne donne pas automatiquement la matière, l’échelle perçue dans l’espace, les traces de fabrication ou les conditions lumineuses de l’objet. Il faut donc identifier clairement la reproduction et ce qu’elle restitue.
Les visites virtuelles et les modèles numériques peuvent compléter un musée : préparer une visite, rendre accessible un détail ou montrer un objet rarement exposé. Ils déplacent également le rôle de la médiation. Le public doit pouvoir comprendre comment la reproduction a été réalisée et quelle part relève d’un choix technique.
Le contexte commercial du document invite enfin à distinguer diffusion et promotion. Un dispositif spectaculaire peut attirer l’attention sans approfondir la compréhension. La technologie sert l’accès à l’art si elle respecte l’œuvre, indique ses limites et permet de revenir à son histoire. Elle devient moins convaincante lorsqu’elle présente l’effet produit comme un remplacement total de l’original.
Deuxième partie, sujet B — Note d’intention « Une Histoire, des histoires »
Œuvre choisie : le diptyque de Sophie Calle présenté dans le corpus. L’exposition prendrait pour point de départ l’écart entre un événement unique et les récits qu’il provoque. Le portrait et le texte seraient conservés ensemble, avec leur ordre, leur encadrement et leurs dimensions. Ils ne seraient ni découpés ni redistribués comme des éléments libres.
La première salle présenterait le principe de la série : une même lettre soumise à des lectures professionnelles différentes. La salle centrale permettrait d’observer l’œuvre choisie dans un espace calme, avec une distance laissant lire le texte sans gêner la circulation. Une médiation distincte expliquerait ce que le métier de l’interprète apporte à la lecture.
Un dernier espace accueillerait un atelier volontaire. Les visiteurs pourraient interpréter un texte fictif rédigé pour l’atelier depuis des points de vue différents. Il ne s’agirait pas de réutiliser la lettre réelle ou de modifier l’œuvre, mais de comprendre comment une situation change selon celui qui la raconte. Les réponses ne seraient exposées qu’avec l’accord de leurs auteurs.
Le titre exprimerait le passage d’un fait à une pluralité de constructions. La scénographie privilégierait la lecture, la relation entre les deux panneaux et le temps d’observation, plutôt qu’une animation envahissante. Le projet respecterait l’intégrité de l’œuvre tout en donnant au public une expérience concrète de la diversité des interprétations.