Arts plastiques : théâtralisation du réel, juin 2025
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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat 2025. Baccalauréat général — Métropole — 17 juin 2025, sujet 25-AAPME2.
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Première partie — La théâtralisation du réel
Problématique proposée : comment une œuvre peut-elle mettre le réel en scène pour en faire apparaître des rapports que l’observation quotidienne ne montre pas ? Théâtraliser ne signifie pas nécessairement falsifier : cela consiste à choisir un point de vue, à distribuer des éléments et à orienter une réception.
Le réel organisé comme un spectacle
Dans la vue du port de Toulon peinte par Joseph Vernet, la profondeur, le panorama et les petits groupes du premier plan construisent une scène ample. L’activité du port apparaît dans un territoire cohérent. Le spectateur est placé à distance, comme devant un spectacle organisé. Le paysage décrit un lieu, mais la composition choisit ce qui en fait une image lisible et attractive.
La confrontation des deux œuvres de Delacroix permet de distinguer prise de notes et recomposition. L’aquarelle Une cour à Tanger rassemble rapidement des éléments architecturaux et une impression lumineuse. Noces juives dans le Maroc ordonne plusieurs personnages dans un espace intérieur, avec des différences d’ombre et de lumière qui orientent le regard. L’événement est rendu sensible par la disposition des figures et le cadrage : le peintre ne transmet pas simplement une suite de faits.
Déplacer un objet pour lui donner un nouveau rôle
Dans Fagot de clarinettes, Arman soude et rassemble des instruments. Leur fonction musicale reste reconnaissable, mais leur accumulation les transforme en sculpture. Les pavillons, les clés et les lignes des corps produisent des répétitions. Le titre rapproche les instruments d’un ensemble de branches : ce déplacement change notre manière de regarder des objets connus.
La théâtralisation peut donc naître d’un regroupement plutôt que d’une scène figurative. Les clarinettes deviennent les acteurs d’une composition matérielle. L’œuvre invite à imaginer le son, alors que sa structure fixe empêche l’usage ordinaire des instruments. Ce décalage entre fonction attendue et présence exposée contribue à son effet.
Le montage rend visible un conflit
Dans Gray Drape, Martha Rosler rapproche un intérieur domestique et des images de violence guerrière. Le rideau tenu au premier plan agit comme un geste de révélation : le confort privé se trouve confronté à ce qu’il peut tenir à distance. Le photomontage ne prétend pas montrer une pièce réellement traversée par une scène de guerre. Sa discontinuité est le moyen de rendre une contradiction perceptible.
Une référence extérieure, Le Balcon d’Édouard Manet, peint en 1868-1869, montre une autre forme de mise en scène. La balustrade verte sépare les figures du spectateur ; la clarté du premier plan contraste avec l’intérieur sombre. Les personnages sont réunis, mais leurs regards ne construisent pas une action commune évidente. Cet espace frontal évoque une scène dont le sens reste ouvert : le spectateur cherche des rapports entre les présences. Le tableau conservé au musée d’Orsay aide ainsi à distinguer théâtralisation et récit entièrement expliqué. Chez Rosler, le rapprochement des images impose davantage un conflit politique ; à la différence du panorama de Vernet, il empêche une contemplation entièrement paisible.
La théâtralisation du réel peut ainsi ordonner, déplacer ou confronter. Elle devient un instrument de connaissance lorsqu’elle rend ses choix discutables et ne fait pas passer sa construction pour une évidence neutre. Le corpus montre que la mise en scène concerne aussi bien un paysage qu’un assemblage ou un montage photographique.
Deuxième partie, sujet A — L’artiste et l’intelligence artificielle
L’article du dossier prend la vente d’Edmond de Belamy comme point de départ d’une question : un système informatique peut-il remplacer l’artiste ? La valeur marchande et l’apparence d’une image ne suffisent pas à trancher cette question. Il faut examiner qui définit le projet, rassemble les données, choisit les résultats et décide de les exposer.
L’intelligence artificielle peut ouvrir des possibilités de variation. Un créateur peut s’en servir pour explorer des formes, confronter des propositions ou faire apparaître des régularités. Pourtant, la production d’une image ne réalise pas à elle seule l’ensemble d’une démarche artistique. Le sens dépend aussi d’une intention, d’un contexte de présentation et d’une relation avec le public.
Le rapprochement proposé dans le document avec la photographie est utile : un outil peut transformer un métier sans rendre toute décision humaine inutile. L’analogie a cependant une limite. Un système entraîné sur des images réemploie des relations issues d’un corpus ; il faut interroger l’origine de ces images, les droits associés et les effets de répétition. La facilité de produire peut aussi conduire à retenir des formes convenues.
L’artiste peut donc développer une démarche critique autour de cet outil, y compris en montrant ses erreurs ou ses biais. La question n’est pas seulement de savoir qui a techniquement produit les pixels, mais qui répond du projet et de ses choix. Une œuvre issue d’un système automatisé ne dispense pas de discuter l’attribution, les données utilisées et ce que le public est invité à voir.
Deuxième partie, sujet B — Note d’intention « Espaces sonores »
Œuvre choisie : Fagot de clarinettes. L’exposition ferait éprouver la différence entre un instrument destiné à produire des sons et sa présence silencieuse comme sculpture. L’œuvre serait présentée intacte sur un socle stable, à une hauteur permettant d’observer les pavillons et les répétitions. Aucun instrument ne serait démonté, actionné ou sonorisé.
Un premier espace ferait entendre, à volume modéré, des sons de clarinette enregistrés pour la médiation. Un second espace, distinct sur le plan acoustique, présenterait l’assemblage dans le silence. Cette séparation permettrait au visiteur de mesurer ce que le souvenir sonore apporte à son regard, sans transformer l’œuvre en accessoire d’une animation.
Une troisième zone donnerait accès à un schéma des rythmes visuels : regroupements, orientations et répétitions. Les commentaires, disponibles aussi sous forme écrite, éviteraient d’imposer une équivalence entre une forme et un son précis. Un parcours suffisamment large permettrait plusieurs positions d’observation, sans contact avec la sculpture.
« Espaces sonores » désignerait ainsi des lieux où le son est entendu, remémoré puis imaginé. Les choix acoustiques, les distances et le socle seraient réglés avec les responsables de la conservation. Le projet chercherait à faire percevoir le changement de fonction des instruments, tout en respectant la matière et la structure de l’assemblage.
Le sujet imposait de choisir A ou B. Ces deux réponses sont des propositions distinctes pour s’entraîner aux deux options.