Français général : Racine et dissertations, sujet 2
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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat 2025. Baccalauréat général — Métropole — 2025, Métropole, sujet 25-FRGEME2.
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Commentaire — Taxile et Porus dans Alexandre le Grand
Problématique proposée : comment un désaccord sur la conduite à tenir face à Alexandre devient-il un affrontement entre deux conceptions de l’honneur, puis entre deux rivaux amoureux ?
Deux réponses opposées à une même menace
Taxile cherche d’abord une voie moyenne entre lâcheté et témérité. Il propose une soumission provisoire et peu coûteuse : il faudrait satisfaire Alexandre par des marques de respect, puis reprendre les droits concédés. La métaphore du torrent présente le conquérant comme une force en mouvement. Il paraît plus prudent de la laisser passer que de lui opposer un obstacle.
Ce discours associe raison pratique et mise à distance morale. L’ambition d’Alexandre est critiquée, mais Taxile veut utiliser cette ambition en laissant le conquérant poursuivre sa route. La répétition des gestes d’accueil et de respect transforme la soumission en tactique. Taxile ne se présente pas comme un roi qui renonce définitivement à gouverner.
Porus conteste précisément ce calcul. Une concession n’est jamais sans coût dès lors qu’elle atteint la gloire et l’indépendance. Il reprend l’idée d’un prix pour montrer que la survie du royaume serait achetée trop cher. Les images des couronnes et des sceptres instables matérialisent un pouvoir suspendu à la volonté d’Alexandre. Ce que Taxile décrit comme un passage serait, pour Porus, un lien durable.
L’honneur devient le centre d’un duel verbal
Les deux rois revendiquent l’honneur, mais ne lui donnent pas le même sens. Taxile le lie à la sauvegarde du peuple et de l’empire ; Porus à la capacité de résister. Le désaccord n’oppose donc pas simplement un lâche et un courageux : il confronte deux responsabilités souveraines.
L’accélération du dialogue rend cette opposition visible. Les longues argumentations laissent place à de brèves répliques alternées. Chaque interlocuteur reprend ou retourne la valeur proposée par l’autre : audace contre timidité, épargne du peuple contre force du règne. Cette stichomythie transforme le raisonnement politique en duel, où aucune réponse ne laisse le dernier mot à l’adversaire.
Porus affirme que la gloire décide seule de sa conduite. Cette déclaration donne de la grandeur à sa résistance, mais révèle aussi une fermeture : l’argument pragmatique n’a plus prise. Taxile, de son côté, peut paraître soucieux des vies sans être à l’abri d’une justification intéressée. Le texte permet de maintenir la tension entre prudence et héroïsme.
La rivalité amoureuse trouble la discussion politique
La mention des reines fait surgir Axiane, que les deux hommes aiment selon la note du sujet. La question de savoir comment agir face à Alexandre devient aussi celle de savoir quel roi mérite l’estime de la reine. Le terme « esclave » vise le rival autant que la soumission politique.
Taxile tente alors de retourner contre Porus son argument amoureux : aimer Axiane autorise-t-il à exposer sa personne et son peuple ? Il sépare la haine et l’amour pour contester la noblesse du mobile. Porus finit par reconnaître sa colère et son désir d’éprouver sa valeur. L’aveu ne le rend pas dépourvu de courage ; il montre que ce courage contient aussi une passion personnelle.
Le dialogue ne tranche donc pas la décision politique de manière abstraite. Il met en scène des valeurs qui se croisent avec l’orgueil, la jalousie et le désir de reconnaissance. Taxile et Porus défendent deux conceptions de la royauté, mais leurs arguments prennent leur intensité dans une rivalité qui rend le compromis presque impossible.
Dissertation A — Le désir contre le devoir dans Manon Lescaut
Réponse défendue : le roman montre bien la force du plaisir et du désir face à la loi, mais il ne raconte pas leur victoire sans reste. La souffrance, la faute et le repentir empêchent de lire cette « revanche » comme une célébration simple.
I. Le désir déplace les obligations. Des Grieux rompt avec la trajectoire attendue par sa famille dès sa rencontre avec Manon. La fuite, les retrouvailles et les décisions de la vie commune donnent au sentiment une puissance supérieure aux interdits. Le plaisir romanesque naît de personnages qui échappent aux places qui leur sont assignées.
II. La recherche du plaisir conduit à des transgressions. Le besoin d’argent et le goût du confort contribuent aux tromperies et aux compromissions. Les amants rencontrent l’autorité familiale, religieuse et judiciaire. Le roman montre une poursuite toujours relancée, plutôt qu’un état de bonheur durable. Tiberge offre un contrepoint : sa fidélité rend sensible une autre manière de concevoir le devoir et l’amitié.
III. Une revanche profondément fragile. La déportation, l’exil et la mort de Manon révèlent le coût de la passion. Le récit de Des Grieux rend les personnages émouvants, mais il constitue aussi une parole rétrospective et intéressée qu’il faut interpréter. Le lecteur peut comprendre leur désir sans oublier les actes ni adopter toutes les justifications du narrateur.
La formule du critique éclaire donc le mouvement du roman ; elle devient excessive si elle fait du plaisir un vainqueur définitif. La force du romanesque tient à cette tension entre l’élan des personnages et les conséquences de leur parcours.
Dissertation B — L’excès dans La Peau de chagrin
Réponse défendue : l’excès peut détruire la vie, mais le roman lui donne aussi une force de création et de révélation. La difficulté est de transformer l’énergie en œuvre ou en existence, sans la consumer entièrement.
I. Le désir excessif produit une destruction visible. Le talisman matérialise un lien entre satisfaction et réduction de la vie. Les souhaits de Raphaël diminuent la peau ; le pouvoir de posséder a donc un prix. Les fêtes et la poursuite de la réussite rendent cette consommation sensible avant même les efforts pour enrayer le processus.
II. L’énergie ne se réduit pas à une faute. Raphaël porte aussi une ambition intellectuelle et un désir d’accomplissement. Le roman déploie une imagination et une puissance d’observation qui font de l’excès une matière artistique. Il faut distinguer cette énergie créatrice de la dispersion dans la jouissance et dans la recherche de reconnaissance.
III. L’absence de désir n’offre pas une solution pleinement vivante. Raphaël tente de neutraliser ses souhaits et de s’isoler. Cette protection ressemble à une réduction de l’existence : éviter toute dépense ne signifie pas réaliser une vie heureuse. Les tentatives scientifiques échouent à agrandir la peau, tandis que l’amour relance le désir. Le roman met donc en crise aussi bien la consommation illimitée que le rêve d’une vie sans volonté.
On peut conclure que l’excès devient destructeur lorsqu’il consume toute possibilité d’action durable, sans soutenir que toute intensité serait condamnable. La question centrale porte sur l’usage d’une énergie finie.
Dissertation C — Le monde comme spectacle chez Colette
Réponse défendue : la célébration du monde mobilise une attention aux couleurs, aux mouvements et aux scènes, mais elle dépasse le spectacle regardé à distance. Elle engage le corps, la mémoire et l’écriture.
I. Des scènes offertes au regard. Dans Sido, le jardin, les animaux et les changements de saison deviennent des événements à observer. La figure maternelle transmet une disponibilité à ce qui apparaît. Dans Les Vrilles de la vigne, les variations de lumière et les présences animales donnent également au monde une richesse sensible que l’écriture compose.
II. Une expérience qui sollicite plusieurs sens. La célébration ne repose pas seulement sur la vue. Les odeurs, les sons, les contacts et les sensations corporelles lient la narratrice à son environnement. Le réveil très matinal de l’enfance, évoqué dans Sido, relève d’une expérience vécue de l’espace, plutôt que d’un tableau reçu passivement. Le sujet du spectacle doit donc être élargi à une participation.
III. Un monde recréé par la mémoire et par les mots. Le récit revient sur des êtres et des moments disparus. La précision sensible ne supprime pas la perte ; elle fait exister ce qui n’est plus accessible de la même manière. L’écriture sélectionne et donne un rythme aux scènes. Dans le texte qui donne son titre aux Vrilles, l’image du rossignol pris par la vigne lie la parole à une libération : célébrer est aussi trouver une voix.
La célébration s’apparente ainsi à un spectacle lorsqu’elle révèle et organise le visible. Elle ne s’y réduit pas, car Colette écrit un rapport intime au monde, traversé par la mémoire et par le plaisir d’une perception entière.