Bac 2025 : HGGSP, Métropole jour 1
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Proposition de corrigé — non officielle. Session 2025. Voie générale — spécialité HGGSP, Métropole, 17 juin 2025. Durée : 4 heures.
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Les réponses expliquent les raisonnements et les calculs. Pour les compositions et les analyses, plusieurs réponses argumentées sont possibles ; cette proposition n’est pas validée par le jury.
Le candidat choisit une des deux dissertations et traite l’étude critique de documents. Les trois propositions ci-dessous permettent de travailler chaque possibilité.
Dissertation 1 — Les usages du patrimoine en France
Le patrimoine rassemble des biens, des lieux et des pratiques auxquels une société reconnaît une valeur à transmettre. Il n’est donc pas un ensemble immuable : sa définition s’élargit, tandis que ses usages se transforment. En France, monuments, musées, paysages et savoir-faire servent à transmettre une histoire, à affirmer des identités et à développer des territoires. Comment ces usages se combinent-ils et pourquoi peuvent-ils entrer en conflit ?
Transmettre une histoire et construire des appartenances
La conservation permet d’abord de rendre le passé accessible. Les musées exposent des œuvres et des objets ; les monuments donnent une forme visible à des périodes historiques. L’ouverture au public transforme des lieux autrefois réservés à quelques-uns. Le château de Versailles, résidence royale devenue musée, permet ainsi d’étudier la monarchie tout en participant à un récit national développé après sa disparition.
Les usages politiques ne sont toutefois pas uniquement commémoratifs. Recevoir des responsables étrangers dans un lieu prestigieux associe la puissance présente à un héritage ancien. Un même bâtiment peut donc être simultanément lieu de visite, objet d’histoire et cadre de représentation du pouvoir. Sa conservation ne le soustrait pas à la vie politique.
La patrimonialisation nourrit également les appartenances locales. Les traditions, les paysages ou les traces de l’industrie permettent de transmettre des expériences qui ne se limitent pas à l’histoire des élites. La reconnaissance du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais montre que le patrimoine comprend aussi des lieux de travail et de vie ouvrière. Choisir ce que l’on conserve contribue ainsi à définir les groupes et les activités jugés dignes de mémoire.
Développer les territoires et transformer les lieux
Le patrimoine constitue une ressource touristique. Les visiteurs font vivre des activités d’hébergement, de restauration et de médiation. Un classement ou une inscription internationale peut renforcer l’attractivité d’un territoire et faciliter sa visibilité. Les investissements consacrés à un monument participent alors à une politique économique autant qu’à une politique culturelle.
La reconversion donne de nouveaux usages aux bâtiments. Une ancienne installation industrielle peut accueillir un équipement culturel, des services ou des logements. Cette transformation permet parfois de préserver un édifice dont la fonction d’origine a disparu. Elle demande cependant un équilibre entre les adaptations nécessaires à son utilisation et la conservation de ce qui fait sa valeur historique.
Ces bénéfices ne sont ni automatiques ni également répartis. Les sites les plus connus concentrent une grande partie des visiteurs, tandis que d’autres dépendent de financements publics ou associatifs. Une fréquentation importante peut aussi entraîner encombrement, usure, hausse des prix ou transformation des commerces. La réussite touristique ne suffit donc pas à mesurer la qualité d’une politique patrimoniale.
Arbitrer entre conservation, usages quotidiens et mémoires
La conservation impose des contraintes : entretien coûteux, règles de transformation, limitation éventuelle des accès. Les habitants peuvent souhaiter moderniser un bâtiment ou un quartier alors que d’autres acteurs défendent son état ancien. Les décisions opposent parfois propriétaires, collectivités, associations, professionnels du tourisme et services chargés du patrimoine.
Les conflits portent aussi sur le sens des lieux. Un monument lié à la colonisation ou à la traite ne se prête pas à une célébration univoque. L’ajout d’explications, la création d’un musée ou la confrontation de plusieurs récits peuvent permettre de conserver les traces tout en discutant les violences auxquelles elles renvoient. Transmettre ne signifie pas nécessairement approuver.
Enfin, les visiteurs et les habitants n’utilisent pas toujours les espaces de la même façon. Un centre ancien reste un lieu de vie : une politique uniquement tournée vers sa mise en scène touristique risque d’en affaiblir les fonctions ordinaires. La participation des populations concernées et la maîtrise de la fréquentation peuvent rapprocher conservation et usages quotidiens.
Le patrimoine français sert donc à connaître le passé, à représenter des communautés et à soutenir des activités présentes. Ces fonctions se renforcent parfois, mais elles produisent aussi des tensions. Une politique patrimoniale durable doit permettre la transmission tout en maintenant des lieux habitables, accessibles et ouverts à la discussion historique.
Dissertation 2 — La puissance des États dans les espaces maritimes et extra-atmosphériques
Les mers et l’espace extra-atmosphérique sont des milieux difficiles d’accès, mais essentiels aux échanges, aux communications et à la sécurité. La puissance d’un État s’y mesure à sa capacité d’agir, de protéger ses intérêts et d’influencer les règles. Comment ces espaces renforcent-ils la puissance tout en obligeant les États à composer avec leurs concurrents et partenaires ?
Des capacités techniques et militaires qui hiérarchisent les États
L’accès à la mer ne suffit pas à disposer d’une puissance maritime. Il faut des ports, des flottes, des moyens de surveillance et une capacité à intervenir loin de ses côtes. Les États-Unis disposent ainsi de forces navales capables de se projeter dans plusieurs régions. Les sous-marins nucléaires participent également à la dissuasion de plusieurs puissances.
Dans l’espace, la maîtrise du lancement constitue un facteur d’autonomie. La course entre États-Unis et URSS pendant la guerre froide a associé exploits techniques, objectifs militaires et prestige idéologique. Le premier satellite soviétique, puis les missions américaines sur la Lune, manifestaient une capacité scientifique et industrielle autant qu’une réussite d’exploration.
Ces hiérarchies évoluent. La Chine développe ses moyens navals et spatiaux, notamment une station orbitale propre. D’autres États accèdent à des compétences spécialisées. La multiplication des acteurs ne supprime pas les inégalités : financer des lanceurs, maintenir une flotte ou disposer d’un réseau mondial de bases exige des ressources considérables.
Contrôler des ressources, des flux et des informations
Les espaces maritimes concentrent des ressources halieutiques, énergétiques et minérales. La convention des Nations unies sur le droit de la mer organise notamment les droits économiques des États côtiers dans les zones économiques exclusives. Elle ne transforme pas pour autant ces zones en territoires où toute navigation étrangère serait interdite.
La puissance repose aussi sur la sécurité des routes commerciales et des passages stratégiques. Les détroits, les canaux, les ports et les câbles sous-marins rendent certaines régions particulièrement sensibles. Protéger les circulations ou menacer leur continuité donne un moyen de peser sur d’autres acteurs. Les revendications concurrentes en mer de Chine méridionale illustrent l’articulation entre ressources, positions militaires et affirmation de souveraineté.
Les satellites fournissent des capacités de communication, d’observation et de navigation. Leur usage irrigue les activités civiles comme les opérations militaires. Posséder un système autonome réduit certaines dépendances ; perdre ses satellites ou leurs liaisons peut fragiliser des fonctions essentielles. La puissance spatiale ne se limite donc pas aux missions spectaculaires : elle repose également sur des infrastructures quotidiennes peu visibles.
Une puissance encadrée par les interdépendances et les règles
Les États ne peuvent pas simplement reproduire dans l’espace les formes classiques de conquête territoriale. Le traité de 1967 pose notamment un principe de non-appropriation nationale de l’espace et des corps célestes. Il interdit certaines implantations d’armes, dont les armes de destruction massive en orbite ; il ne faut pas en déduire que tout usage militaire de l’espace serait interdit.
La coopération permet de partager les coûts et les compétences. La Station spatiale internationale en constitue un exemple majeur, même si les relations politiques entre partenaires peuvent la fragiliser. En mer, la coordination est également nécessaire pour la sécurité de la navigation, les secours ou la protection des milieux.
Les entreprises occupent enfin une place croissante, particulièrement dans les lancements et les constellations de satellites. Elles peuvent accroître les capacités d’un État, mais aussi introduire des dépendances envers des infrastructures privées. La puissance publique passe alors par les commandes, la régulation, les partenariats et la maîtrise de compétences stratégiques.
Les mers et l’espace renforcent donc la puissance économique, militaire et symbolique des États. Ils révèlent leurs inégalités et leurs rivalités, mais rendent aussi indispensable une organisation collective. La capacité à fixer des règles et à coopérer y compte autant que la capacité à déployer des moyens techniques.
Étude critique — Juger les génocides et les crimes contre l’humanité
Le dossier rapproche deux réponses judiciaires à des violences de masse. Le premier document est un discours de Paul Kagame prononcé en 2002 à l’ouverture des juridictions gacaca au Rwanda. Le second est une photographie du procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem en 1961. Leur confrontation montre des formes de justice différentes, poursuivant à la fois des responsabilités individuelles et des objectifs collectifs de vérité et de mémoire.
Adapter la procédure à l’ampleur des crimes
Le discours rwandais présente les gacaca comme une réponse à l’engorgement de la justice ordinaire après le génocide des Tutsi de 1994. Le nombre des personnes impliquées et des affaires à traiter rend nécessaire, selon l’orateur, une autre organisation. Ces juridictions locales mobilisent la participation de la population et cherchent à établir ce qui s’est passé dans les communautés concernées.
La photographie du procès Eichmann montre une autre scène : un accusé individualisé, un espace judiciaire institutionnel, des juges, des défenseurs et un public. La cabine vitrée contribue à séparer et protéger l’accusé. On ne peut toutefois déduire d’une photographie seule ni l’ensemble des règles de procédure ni leur respect pendant toutes les audiences.
Eichmann est jugé par une juridiction israélienne, et non par une cour pénale internationale. Ce procès intervient après celui de Nuremberg et poursuit l’examen de responsabilités dans l’extermination des Juifs d’Europe. Au Rwanda, les gacaca coexistent avec d’autres formes de justice, dont le Tribunal pénal international pour le Rwanda et les juridictions ordinaires. Il n’existe donc pas un modèle unique applicable à toutes les situations.
Établir des responsabilités sans confondre justice et vengeance
Le premier document insiste sur la vérité, les aveux et l’intégrité des personnes chargées de juger. Le discours cherche à distinguer le jugement des crimes d’une vengeance indistincte. Cette distinction suppose de qualifier les actes, de confronter les éléments disponibles et de déterminer les responsabilités, au lieu de considérer tout membre d’un groupe comme coupable.
Le procès d’Eichmann individualise également une responsabilité au sein d’une politique de persécution et d’extermination organisée par un État. L’obéissance à une hiérarchie ne suffit pas à effacer la participation à des crimes. Le dispositif judiciaire transforme ainsi l’accusation en une procédure comportant des témoignages, des pièces et une décision motivée.
La confrontation invite toutefois à ne pas confondre les catégories. Un génocide comporte une intention de destruction d’un groupe protégé ; les crimes contre l’humanité répondent à d’autres éléments de qualification, même si certains actes peuvent relever des deux catégories. Les paroles de Kagame expriment une position politique et ne remplacent pas l’examen juridique des faits.
Punir, transmettre et tenter de reconstruire
Ces procès dépassent la seule relation entre l’accusé et le tribunal. À Jérusalem, la parole des témoins donne une visibilité aux expériences des victimes. Le public présent et la diffusion du procès participent à la transmission de l’histoire de la Shoah. La justice devient aussi un lieu de production et de circulation de récits, sans se substituer au travail historique.
Au Rwanda, le discours associe le jugement à la reconstruction nationale. Faire connaître les faits et reconnaître les responsabilités doit, dans cette perspective, permettre une coexistence future. Le pardon évoqué n’est cependant pas une conséquence automatique de la sanction : les victimes peuvent avoir des attentes différentes et les tensions locales peuvent persister.
La nature des documents limite enfin ce que l’on peut conclure. Un discours présidentiel expose des objectifs et cherche à convaincre ; il ne démontre pas leur réalisation. Il faut notamment interroger les garanties procédurales, les pressions possibles et la possibilité de faire entendre toutes les paroles. Une photographie de procès ne permet pas davantage de mesurer à elle seule ses effets sur la mémoire collective.
Les deux documents montrent donc une justice qui cherche à établir, qualifier et sanctionner des responsabilités dans des crimes de masse. Ils révèlent aussi des attentes de vérité et de reconstruction. Mais ces attentes ne doivent pas conduire à présenter toute procédure comme incontestablement équitable, ni toute décision comme suffisante pour réconcilier une société.
Pour vérifier les repères historiques : le procès Eichmann, US Holocaust Memorial Museum et justice après le génocide au Rwanda, Nations unies.