Bac 2025 : corrigé de philosophie, Asie
Aller à un exercice ou une partie
Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, session 2025, philosophie, Asie, code 25-PHGEJA1. Les trois choix sont traités.
Télécharger ce corrigé en PDF · Ouvrir le sujet officiel · Retrouver les annales
Sujet 1 — La justice a-t-elle besoin de la force ?
Problème
La justice vise ce qui est dû à chacun ; la force permet d’imposer une décision. Une décision juste sans moyen d’application peut rester inefficace, tandis qu’une décision imposée n’est pas juste du seul fait de sa puissance. Il faut donc déterminer si la force peut servir la justice sans en devenir le critère.
Plan développé
1. La justice a besoin de moyens d’exécution. Si une règle commune ne s’applique qu’aux personnes qui acceptent volontairement de la respecter, les plus puissantes peuvent s’y soustraire. Une sanction ou une protection peut être nécessaire pour rendre un droit effectif. La force publique doit alors empêcher que la force privée décide seule des rapports entre les personnes.
2. La force ne fonde pas la justice. Gagner un conflit prouve une supériorité de moyens, pas la légitimité d’une demande. Un pouvoir qui déclare juste tout ce qu’il peut imposer ne permet plus aucune critique. Une décision doit donc être justifiée indépendamment de son efficacité et pouvoir être contestée.
3. Une force juste doit être encadrée. Son usage suppose une autorité responsable, des moyens proportionnés et un contrôle. Elle doit protéger les droits, y compris ceux de la personne sanctionnée. La justice a besoin de la force dans un monde où les règles peuvent être violées ; elle a surtout besoin que cette force reste un instrument soumis à des principes. L’idéal n’est pas la puissance maximale, mais l’application d’une règle légitime avec la contrainte nécessaire.
Sujet 2 — La science nous éloigne-t-elle de la réalité ?
Une théorie scientifique utilise souvent des concepts et des modèles très différents de notre expérience immédiate. Cet éloignement de l’apparence est-il une perte de réalité ou un moyen de mieux la connaître ?
1. La science transforme la description spontanée du monde. Une couleur ressentie, une chaleur éprouvée ou un mouvement observé peuvent être étudiés à l’aide de grandeurs mesurées. Le modèle retient certains aspects et en néglige d’autres. Il ne restitue donc pas toute l’expérience vécue d’un phénomène.
2. Cette abstraction permet de corriger des apparences trompeuses. Une impression de proximité, de régularité ou de causalité peut être démentie par une mesure. En contrôlant les conditions d’une observation, la science cherche des relations que la perception seule n’établit pas. S’éloigner du regard spontané peut ainsi rapprocher de ce qui se produit effectivement.
3. Le modèle doit rester confronté à son objet. Une construction cohérente n’est pas vraie par sa seule élégance. Il faut connaître ses hypothèses, son domaine de validité et ses limites. La science nous éloigne parfois de l’expérience immédiate, mais elle n’a pas pour vocation de remplacer la réalité par ses symboles. Son exigence est de rendre les phénomènes mieux intelligibles grâce à des descriptions vérifiables.
Sujet 3 — Explication du texte de Sartre
Thèse
Dans le rapport artistique décrit ici, couleurs et sons ne sont pas d’abord des signes transparents renvoyant à autre chose. L’artiste s’attarde sur leurs qualités sensibles pour créer un objet imaginaire. Le texte distingue ainsi regarder une chose et la traverser pour lire un message convenu.
Explication suivie
Une couleur ou une fleur peut recevoir une signification par convention. Mais cette signification n’est pas identique à son existence sensible. Quand une rose sert de signe de fidélité, l’attention se porte sur la vertu désignée plutôt que sur la matière, la forme ou le parfum de la fleur. L’objet devient un moyen de viser autre chose.
L’artiste adopte l’attitude inverse : il s’arrête à une qualité et la considère pour elle-même. Un tintement ou une couleur ne lui importe pas seulement comme indication d’un objet absent. Leur présence sensible nourrit sa création. Le transfert sur la toile change leur mode d’existence en les inscrivant dans un objet imaginaire ; il ne les convertit pas nécessairement en vocabulaire codé.
Le dernier mouvement étend cette distinction aux combinaisons. Un assemblage de couleurs n’a pas forcément une traduction définissable comme une phrase. Il peut proposer une expérience qui ne se laisse pas remplacer par un énoncé désignant un autre objet.
Portée. Il serait excessif de conclure que toute œuvre ne signifie rien ou qu’aucun peintre ne peut employer de symbole. L’extrait défend la spécificité d’une attention artistique et refuse de réduire la peinture à un langage dont chaque élément aurait une signification univoque.