Bac 2025 : corrigé de philosophie générale

Aller à un exercice ou une partie

Proposition de corrigé — non officielle. Session 2025. Voie générale — Métropole, 16 juin 2025. Durée : 4 heures. Coefficient : 8.

Ouvrir le sujet officiel · Télécharger une copie du sujet · Retrouver les annales

Les réponses expliquent les raisonnements et les calculs. Pour les compositions et les analyses, plusieurs réponses argumentées sont possibles ; cette proposition n’est pas validée par le jury.

Sujet 1 — Notre avenir dépend-il de la technique ?

Les moyens techniques transforment ce que nous pouvons faire : communiquer à distance, soigner certaines maladies ou modifier un milieu. Ils semblent donc déterminer l’avenir. Pourtant, disposer d’un moyen ne dit ni pourquoi l’employer ni quelle société construire. Il faut distinguer la dépendance à des conditions matérielles et la détermination complète de notre destin.

La technique ouvre et ferme des possibilités

Une société ne choisit pas son avenir dans le vide. Ses moyens de transport, ses réseaux d’énergie ou ses outils de production rendent certaines activités possibles et d’autres difficiles. Un médicament peut changer le cours d’une vie ; une infrastructure peut transformer durablement un territoire. La technique n’est donc pas un simple décor des décisions humaines.

Elle produit également des dépendances. Une organisation construite autour de l’automobile ne peut pas remplacer instantanément tous ses déplacements. Les choix accumulés dans les équipements, les compétences et les habitudes pèsent sur les générations suivantes. Notre avenir dépend alors de la technique au sens où nous héritons de possibilités et de contraintes matérielles.

La puissance acquise fait aussi apparaître des risques nouveaux. Une invention peut avoir des conséquences que son concepteur n’avait pas prévues. Plus les effets d’une action sont vastes et durables, plus la responsabilité doit dépasser l’intérêt immédiat de celui qui agit. L’avenir ne dépend pas seulement des inventions souhaitées, mais aussi de la manière dont leurs effets sont anticipés.

Un moyen ne détermine pas à lui seul une fin

Cependant, conclure que la technique décide de tout serait confondre une condition et une cause suffisante. Un même outil de communication peut servir l’entraide, la connaissance ou la surveillance. Les usages dépendent de règles, de rapports de pouvoir et de choix économiques. Le progrès des moyens ne garantit donc pas le progrès de la justice.

La distinction aristotélicienne entre la production et l’action aide à comprendre cette limite. Fabriquer efficacement un objet ne répond pas à la question de la vie bonne. Une société peut augmenter sa puissance tout en échouant à décider équitablement de sa répartition. Le problème politique ne disparaît pas avec l’amélioration de l’outil.

Il faut également distinguer prévision et fatalité. Anticiper les effets probables d’une technique permet de délibérer et d’agir ; cela ne prouve pas que le futur serait déjà écrit. Une innovation peut être interdite dans certains usages, développée pour d’autres ou remplacée par une solution différente. Les choix collectifs conservent une prise sur son devenir.

Faire de cette dépendance un objet de décision

Il serait tout aussi illusoire d’imaginer une liberté indépendante de toute condition technique. Refuser un dispositif exige souvent d’organiser autrement les besoins auxquels il répond. La liberté réelle consiste moins à nier les contraintes qu’à pouvoir les comprendre, en discuter et les transformer.

Cela suppose une connaissance accessible des conséquences, une réflexion sur les besoins et des institutions permettant aux personnes concernées de participer aux choix. Une décision ne devient pas bonne parce qu’elle est techniquement possible. Il faut examiner ses effets sur ceux qui la subissent, sur le milieu et sur les générations futures.

Notre avenir dépend donc de la technique, mais il ne lui appartient pas entièrement. Elle détermine une partie du champ des possibles ; les finalités et les règles de son usage restent des questions humaines. L’enjeu n’est ni d’attendre le salut de l’invention ni de condamner tout progrès : il est d’exercer une responsabilité à la mesure de notre puissance.

Sujet 2 — La vérité est-elle toujours convaincante ?

Une proposition vraie semble devoir emporter l’adhésion : pourquoi refuser ce qui est ? Pourtant, une preuve peut être ignorée et une affirmation fausse paraître persuasive. Le sujet invite à distinguer la vérité d’un énoncé, les raisons qui le justifient et l’effet qu’il produit sur celui qui le reçoit.

La vérité possède une force rationnelle

Convaincre, au sens rigoureux, consiste à obtenir une adhésion par des raisons. Une démonstration mathématique ne demande pas seulement de croire son auteur : elle permet de vérifier un enchaînement. Celui qui accepte les prémisses et les règles de raisonnement doit reconnaître la conclusion. La vérité démontrée a donc une force qui ne dépend pas du prestige de celui qui parle.

Dans les sciences expérimentales, les observations contrôlées, la confrontation des hypothèses et la possibilité de reproduire les résultats rendent une affirmation mieux justifiée qu’une opinion arbitraire. La conviction peut ainsi reposer sur une démarche partageable. Cela ne signifie pas que toute connaissance soit définitive, mais que les raisons d’y adhérer peuvent être discutées publiquement.

L’adhésion réelle ne dépend pas seulement des raisons

Cependant, une vérité n’est pas toujours reconnue. Une démonstration incomprise ne convainc pas celui qui ne possède pas les notions nécessaires. Une information exacte présentée sans ses preuves peut être indiscernable, pour son destinataire, d’une simple affirmation. La vérité de l’énoncé ne garantit donc pas son accessibilité.

Les intérêts et les désirs interviennent également. Reconnaître un fait peut obliger à abandonner une croyance rassurante ou une position avantageuse. On peut alors déplacer la discussion, exiger des preuves impossibles ou discréditer le messager. Le refus ne réfute pas le fait ; il révèle les conditions psychologiques et sociales de sa réception.

Inversement, une parole fausse peut séduire par sa simplicité, sa répétition ou son accord avec les attentes du public. Confondre le sentiment d’évidence avec la vérité conduirait à prendre l’efficacité d’un discours pour une preuve. Un accord majoritaire ne suffit pas davantage à établir un fait.

Construire les conditions d’une conviction justifiée

La distinction entre vérité et persuasion n’oblige pas à renoncer à convaincre. Elle impose un travail de transmission : préciser les termes, présenter des preuves proportionnées à la question, répondre aux objections et reconnaître les limites du savoir. La pédagogie ne remplace pas la vérité ; elle permet de la rendre examinable.

Le destinataire doit aussi accepter la possibilité de se tromper. Sans cette disposition, aucun argument ne peut véritablement être reçu. Le doute méthodique vise précisément à distinguer une croyance héritée d’un jugement suffisamment fondé. Il ne revient pas à soutenir que toutes les opinions se valent.

La vérité n’est donc pas toujours convaincante si l’on parle de son effet réel sur les individus. Elle fournit néanmoins la norme d’une conviction rationnelle : nous devons croire en fonction des raisons disponibles, non seulement de ce qui nous plaît. La difficulté n’est pas de rendre vrai ce qui convainc, mais de rendre possible une adhésion réfléchie à ce qui est justifié.

Sujet 3 — Explication du texte de Rawls

Le problème du passage est celui des conditions d’une participation politique effective. Reconnaître formellement un droit ne suffit pas si les citoyens ne peuvent pas comprendre les questions débattues ou faire entendre leurs propositions. Rawls met ainsi en relation l’égalité politique et les conditions sociales dans lesquelles elle s’exerce.

Du droit reconnu à la capacité de l’exercer

Le début du texte suppose que le citoyen puisse se former un jugement. Voter n’est pas seulement accomplir un geste autorisé : c’est choisir en comprenant les alternatives. L’accès aux informations et à la discussion devient alors une condition de l’autonomie politique.

Il faut distinguer cette exigence d’une obligation d’aboutir tous à la même opinion. La démocratie suppose au contraire des désaccords. Ce qui importe est que chacun dispose de moyens suffisants pour examiner des propositions, les contester et en formuler d’autres. Une décision collective perd de sa valeur si certains participants ne peuvent intervenir qu’en théorie.

L’inégalité économique peut devenir une inégalité politique

Le mouvement central décrit un risque de domination : une concentration des ressources peut donner un poids disproportionné à certains groupes dans le débat. Le problème n’est pas seulement que leurs arguments soient entendus. C’est qu’ils disposent de moyens privilégiés pour choisir les questions visibles, diffuser leurs positions et peser sur les décisions.

On comprend alors pourquoi le nombre égal de bulletins ne suffit pas à mesurer l’égalité politique. Avant le vote, les possibilités d’expression et d’influence peuvent déjà être très inégales. Après le vote, des décisions favorables aux groupes dominants peuvent consolider leur position. Cette relation forme un cercle : la puissance économique favorise l’influence, qui peut à son tour protéger cette puissance.

Cette analyse n’implique pas que toute personne aisée agirait nécessairement contre l’intérêt général. Elle porte sur l’organisation des pouvoirs et sur les garanties institutionnelles, non sur une accusation morale individuelle.

Des garanties pour une liberté politique effective

La fin du passage envisage des moyens de corriger ce déséquilibre. L’enjeu est de préserver un espace de discussion dans lequel la participation ne dépend pas seulement de la fortune. Une mesure de financement public, par exemple, peut être pensée comme une condition de pluralisme plutôt que comme une détermination du contenu des opinions.

Cette solution soulève elle-même une question : comment empêcher que l’autorité chargée de garantir le débat ne le contrôle ? Il faut distinguer l’organisation de conditions équitables et l’imposition d’une doctrine. Des règles publiques, générales et discutables doivent rendre possible la diversité des positions.

La thèse du texte invite donc à dépasser une conception seulement juridique de la liberté. Un droit peut exister sans avoir une valeur comparable pour tous. La justice politique exige de regarder les capacités réelles d’intervention, tout en maintenant la liberté du désaccord. Cette exigence éclaire une tension durable des démocraties : protéger les libertés individuelles tout en empêchant que l’inégalité des ressources ne transforme certaines d’entre elles en privilèges d’influence.