Bac 2025 : corrigé de philosophie, Nouvelle-Calédonie

Aller à un exercice ou une partie

Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie, session 2025, Nouvelle-Calédonie, code 25-PHGENC1. Les trois choix sont traités.

Télécharger ce corrigé en PDF · Ouvrir le sujet officiel · Retrouver les annales

Sujet 1 — L’art n’est-il qu’un loisir ?

Problème

Un loisir est une activité choisie dans un temps libéré des obligations. L’art peut occuper ce temps et procurer du plaisir. Mais le mot « que » demande si cette fonction épuise sa valeur et sa place dans l’existence.

Plan développé

1. L’art peut être pratiqué et reçu comme un loisir. Lire un roman ou jouer de la musique peut permettre de se détendre. Ce plaisir ne rend pas l’activité inférieure : une activité choisie peut compter profondément dans une vie. Il ne faut donc pas opposer d’emblée loisir et sérieux.

2. La création et la réception peuvent exiger un travail. Apprendre un instrument, reprendre une forme ou comprendre une œuvre difficile demande du temps et de la discipline. Pour certains, la production artistique est aussi une activité professionnelle. Mais la difficulté ou la rémunération ne suffisent pas à expliquer toute la valeur de l’art.

3. L’art peut transformer le regard et donner une expression à une expérience commune. Une œuvre peut aider à percevoir une injustice, à conserver une mémoire ou à explorer une émotion que l’on ne savait pas formuler. Ces fonctions dépassent la détente, même lorsqu’elles apparaissent pendant un temps de loisir. L’art peut donc être un loisir ; il n’est pas réductible à une occupation destinée à remplir les heures libres.

Sujet 2 — A-t-on à se libérer du passé ?

Le passé désigne ce qui ne peut plus être modifié comme événement. Se libérer de lui peut vouloir dire oublier, cesser de subir une ancienne situation ou transformer le sens qu’on lui donne. Il faut distinguer la mémoire d’une dépendance qui empêche d’agir.

1. Certaines attaches passées peuvent enfermer. Une humiliation peut orienter toutes les décisions présentes ; une habitude peut maintenir une conduite devenue nuisible. Se libérer signifie alors ne plus laisser un épisode décider entièrement de ce qui est possible. Ce travail ne supprime pas ce qui a eu lieu.

2. Un effacement complet détruirait aussi des ressources. La langue, les savoir-faire et les engagements reposent sur des acquisitions passées. La mémoire permet de comprendre une erreur et de transmettre. Le passé n’est donc pas seulement un poids : il constitue une histoire sans laquelle l’action perdrait ses repères.

3. La liberté consiste à reprendre son histoire. Nous pouvons reconnaître une dette, réparer lorsque c’est possible et distinguer ce qui doit être conservé de ce qui doit cesser de nous gouverner. L’oubli imposé ne suffit pas à rendre libre. Nous avons à nous libérer de certaines emprises du passé, tout en gardant une mémoire critique qui permette de choisir au présent.

Sujet 3 — Le passage de La République

Thèse et situation argumentative

Un interlocuteur de Socrate reproche aux défenseurs de la justice de louer surtout ses avantages extérieurs. Il leur demande de montrer que la justice est bonne pour l’âme elle-même, même lorsqu’aucun témoin humain ou divin ne peut récompenser ou punir. Ce discours est une objection adressée à Socrate, et non une conclusion selon laquelle l’injustice serait finalement préférable.

Explication suivie

Le début propose un diagnostic sévère : sauf ceux qu’une disposition exceptionnelle ou un savoir détourne de l’injustice, les personnes la rejetteraient surtout faute de pouvoir la commettre. L’absence de courage ou la faiblesse empêcherait l’action sans changer le désir. L’hypothèse d’un moyen donné au sujet permet de tester la différence entre abstention forcée et choix juste.

L’interlocuteur explique ensuite ce diagnostic par l’éducation reçue. Les louanges de la justice portent sur réputation, honneurs et gratifications. Une personne ainsi formée peut chercher à paraître juste, plutôt qu’à l’être. Si les témoins et les conséquences extérieures disparaissent, l’argument en faveur de la justice semble perdre sa force.

La demande centrale consiste donc à comparer leurs effets propres dans l’âme. Il faudrait établir que l’injustice est un mal pour celui qui la commet et que la justice est un bien indépendamment de la reconnaissance obtenue. La dernière hypothèse montre la conséquence éducative : convaincu de cette valeur intrinsèque, chacun deviendrait son propre gardien.

Le texte oppose ainsi surveillance extérieure et motivation intérieure. L’enjeu n’est pas de dire qu’aucune règle publique ne serait nécessaire, mais de chercher une raison d’être juste qui ne se réduise pas à la peur d’être découvert.