Bac 2025 : corrigé de philosophie, Polynésie PO1

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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie, session 2025, Polynésie, code 25-PHGEPO1. Les trois choix sont traités.

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Sujet 1 — La fréquentation des œuvres d’art est-elle une perte de temps ?

Problème

Perdre son temps suppose qu’une autre activité aurait davantage de valeur. Si cette valeur est uniquement mesurée par une production utile, l’art paraît secondaire. Mais notre temps peut aussi servir à comprendre, éprouver et rencontrer. Le sujet interroge le critère selon lequel nous jugeons une activité.

Plan développé

1. Une fréquentation sans attention peut sembler vide. Regarder rapidement des œuvres pour pouvoir dire qu’on les a vues n’apporte pas nécessairement une expérience riche. Le temps disponible est limité ; les obligations peuvent rendre certains choix inopportuns. Le nom de l’art ne suffit pas à justifier toute manière d’y consacrer du temps.

2. L’absence de rendement immédiat ne signifie pas absence de valeur. Une œuvre peut déplacer une perception, rendre sensible une émotion et faire rencontrer un point de vue différent. Ces effets ne se mesurent pas toujours en objets produits ou en informations retenues. Une existence entièrement évaluée selon l’efficacité laisserait de côté des fins pour lesquelles l’efficacité elle-même n’est qu’un moyen.

3. Le temps donné à l’art peut être un temps investi dans l’expérience. Il faut accepter parfois la lenteur, la relecture et l’incompréhension provisoire. Cette disponibilité n’est pas une garantie de transformation, mais elle en ouvre la possibilité. Fréquenter les œuvres n’est donc pas par nature perdre son temps ; sa valeur dépend de la relation effectivement nouée, et du sens que l’on donne à une vie accomplie.

Sujet 2 — Peut-on combattre une croyance par le raisonnement ?

Une croyance est une adhésion qui ne possède pas nécessairement la justification d’un savoir. Combattre peut signifier démontrer une erreur ou obtenir l’abandon de la conviction. Ces deux résultats ne coïncident pas toujours.

1. Le raisonnement peut mettre à l’épreuve une croyance. Montrer une contradiction ou examiner les preuves oblige à distinguer ce qui est établi et ce qui est supposé. Lorsqu’une personne croit qu’une suite d’événements démontre un lien de cause, une autre explication peut rendre ce lien douteux. Il existe donc des croyances que l’argumentation peut effectivement corriger.

2. Réfuter une raison ne suffit pas toujours à modifier l’adhésion. Une conviction peut être liée à une identité, à une peur ou à une appartenance. Son détenteur peut éviter les objections ou déplacer son argument. Certaines croyances portent aussi sur des questions que les preuves disponibles ne tranchent pas. La raison ne peut promettre une conversion automatique.

3. Le combat rationnel doit devenir une discussion des raisons. Il faut préciser l’objet, reconnaître ses propres limites et distinguer critique de la conviction et mépris de la personne. Le raisonnement peut combattre une croyance lorsqu’il rencontre une volonté d’examen ; il peut établir une objection même lorsque l’adhésion persiste. Sa force tient à ce qu’il rend justifiable, pas à sa capacité de contraindre l’esprit d’autrui.

Sujet 3 — Platon, Les Lois

Thèse

L’excès d’amour de soi altère le jugement moral et intellectuel : on préfère son intérêt au vrai et on prend son ignorance pour une compétence. Le remède proposé consiste à rechercher ce qui est juste et à accepter l’aide d’une personne meilleure que soi dans le domaine concerné.

Explication suivie

Le texte présente l’indulgence envers soi comme un mal souvent excusé par son caractère naturel. Ce qui est courant n’est pourtant pas déclaré bon. L’amour rend aveugle à ce qu’il vise ; appliqué à soi, il conduit à défendre sa propre conduite avant de l’examiner.

La première conséquence concerne le juste, le bon et le beau. Le sujet attribue davantage de valeur à ce qui sert son intérêt qu’à ce qui est vrai. Le critère proposé renverse cette préférence : il faut reconnaître une action juste, qu’elle soit la nôtre ou celle d’autrui. Cela ne demande pas de nier toute valeur personnelle, mais de cesser de faire de l’auteur de l’action un argument de supériorité.

La seconde conséquence est intellectuelle. L’estime excessive de soi donne l’impression de savoir ce que l’on ignore. On refuse alors de confier une tâche à ceux qui la maîtrisent et on commet des erreurs en voulant la réaliser seul. L’enchaînement relie donc illusion sur sa compétence et faute pratique.

Enfin, l’auteur recommande de chercher quelqu’un de meilleur sans faire de la honte un obstacle. Reconnaître une limite devient un moyen de progresser. Le passage condamne l’amour excessif et aveuglant, plutôt que toute attention à sa propre vie. Il relie ainsi modestie, justesse du jugement et possibilité d’apprendre.