Bac 2025 : corrigé de philosophie, Polynésie PO3
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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie, session 2025, Polynésie, code 25-PHGEPO3. Les trois choix sont traités.
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Sujet 1 — Faut-il toujours faire son devoir ?
Problème
Le devoir désigne ce que l’on est tenu de faire, et semble donc impliquer une obligation. Pourtant, des devoirs particuliers peuvent se contredire ou résulter d’ordres injustes. « Toujours » oblige à distinguer l’exigence morale et les consignes que l’on appelle parfois des devoirs.
Plan développé
1. Le devoir s’impose au-delà de la préférence personnelle. Tenir un engagement ne dépend pas seulement du plaisir que l’on en attend. Une obligation reconnue comme juste perdrait son sens si l’on s’en dispensait chaque fois qu’elle gêne. Faire son devoir protège ainsi une confiance et une règle communes.
2. Les obligations particulières peuvent demander un examen. Obéir à un supérieur et protéger une personne peuvent entrer en conflit. Une règle présentée comme devoir professionnel peut imposer une injustice. Il faut alors déterminer ce qui oblige réellement, au lieu de traiter tous les ordres comme moralement équivalents.
3. Le jugement ne supprime pas le devoir : il en précise le contenu. Refuser une consigne injuste peut être une manière d’accomplir une obligation plus fondamentale. Mais invoquer sa conscience ne suffit pas à justifier n’importe quelle exception : les raisons et les effets doivent être examinés. Il faut toujours agir selon le devoir moral que l’on peut raisonnablement reconnaître ; il ne faut pas exécuter aveuglément toute obligation qui en porte le nom.
Sujet 2 — Ne travaille-t-on que pour vivre ?
Travailler permet d’obtenir les moyens de subsister. « Vivre » peut cependant désigner aussi une existence accomplie. La question demande si le travail est uniquement un moyen matériel ou s’il peut posséder d’autres fins.
1. Le travail répond à la nécessité. Produire ou obtenir de quoi se nourrir et se loger impose un effort. Le choix d’une activité peut être fortement contraint par les ressources disponibles. Il serait injuste de présenter toute relation au travail comme un choix libre d’épanouissement.
2. Le travail peut apporter des compétences, des relations et une utilité sociale. Réaliser une tâche difficile permet parfois de progresser et d’être reconnu. Contribuer à un service dont d’autres ont besoin donne une fin distincte du seul salaire. Ces possibilités ne sont pas garanties : répétition, pression ou conditions dégradées peuvent les empêcher.
3. Le travail doit être replacé dans l’ensemble de la vie. Il peut participer à une existence riche sans en devenir l’unique centre. Une personne peut trouver ailleurs les activités qui lui importent, et travailler principalement pour en assurer les conditions. Nous ne travaillons donc pas seulement pour survivre dans tous les cas ; mais on ne doit pas exiger de chacun qu’il trouve dans le travail toute la valeur de sa vie.
Sujet 3 — Rousseau, Lettre à Christophe de Beaumont (1763)
Thèse
La raison n’est pas donnée toute formée : elle s’acquiert lentement par l’apprentissage des rapports entre les choses. Le secours des autres permet cette progression, tandis que l’isolement et la préoccupation permanente des besoins physiques la ralentissent.
Explication suivie
Rousseau conteste d’abord une représentation de la raison comme instrument déjà prêt qu’il suffirait d’utiliser. Il compare l’apprentissage intellectuel à celui de la perception, mais souligne une différence : les rapports intellectuels ne se mesurent pas aussi simplement que l’étendue. Ils demandent estimation, comparaison et combinaison.
Le développement précise ces opérations. Il faut considérer plusieurs objets ensemble, saisir des différences et remonter des effets aux causes ou des causes aux effets. Les notions d’ordre, de proportion et d’harmonie résultent de nombreux rapports construits. La répétition des étapes montre une progression, plutôt qu’une apparition instantanée de la faculté accomplie.
Les besoins physiques détournent d’abord l’attention de cet examen. La dernière situation rassemble donc deux obstacles : absence du soutien d’autrui et nécessité de pourvoir sans cesse à sa subsistance. Un homme peut vieillir tout en restant peu avancé dans l’exercice rationnel. L’âge biologique n’est pas identique à la maturité de la raison.
L’extrait soutient ainsi le rôle de l’apprentissage et de la relation aux semblables. Il ne dit pas que l’être humain isolé ne penserait absolument jamais ni que toute vie sociale garantirait la sagesse ; il explique les conditions d’un progrès qui n’est pas assuré par la seule possession naturelle d’un esprit.