Bac 2025 : corrigé de philosophie, remplacement de septembre
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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie, épreuve du 8 septembre 2025, code 25-PHGEME3. La date et le code sont ceux imprimés dans le sujet. Les trois choix sont traités.
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Sujet 1 — Faut-il opposer l’art et la nature ?
Problème
L’art résulte d’une activité humaine, tandis que la nature peut désigner ce qui existe sans fabrication intentionnelle. Cette différence justifie-t-elle une opposition radicale ? L’art emploie des matières naturelles et peut apprendre à percevoir la nature ; il peut aussi s’affranchir de son imitation.
Plan développé
1. La distinction est nécessaire pour comprendre la création. Une pierre façonnée et une pierre rencontrée dans un paysage ne résultent pas du même processus. L’œuvre porte des choix de forme et d’organisation. Réduire sa valeur à la fidélité d’une imitation empêcherait de comprendre des créations qui ne reproduisent aucun objet naturel.
2. Une opposition absolue est pourtant trompeuse. L’artiste travaille avec un corps, des perceptions et des matériaux qui appartiennent au monde naturel. Le bois ou la voix ne deviennent pas indifférents à leurs propriétés physiques parce qu’ils sont utilisés dans une œuvre. La nature peut aussi fournir un motif que l’art fait voir autrement, sans se limiter à le copier.
3. L’art transforme un rapport à la nature. Il peut sélectionner un détail, recomposer un paysage ou faire sentir une fragilité. Ce travail n’abolit pas la nature et ne la reproduit pas simplement. Il institue une expérience humaine de ce qui existe. Il faut donc distinguer nature et art sans les présenter comme deux mondes étrangers : la création transforme les formes et les significations à partir d’un monde auquel elle appartient.
Sujet 2 — La science doit-elle tout remettre en question ?
Remettre en question peut signifier vérifier une affirmation ou refuser de reconnaître tout résultat acquis. Le premier geste nourrit la science ; le second pourrait rendre impossible toute recherche. Le mot « tout » oblige à examiner la portée de la critique.
1. Aucune affirmation scientifique ne doit être protégée seulement par l’autorité. Une hypothèse doit être soutenue par des raisons et des observations. Une nouvelle donnée peut conduire à revoir une explication admise. Le doute permet de distinguer ce que l’on sait et ce que l’on supposait.
2. La recherche ne recommence pas intégralement à chaque instant. Une expérience s’appuie sur des instruments, des méthodes et des résultats suffisamment éprouvés. Refuser provisoirement toutes ces bases empêcherait de poser une question précise. De plus, une objection sans preuve ne possède pas la même valeur qu’une anomalie établie.
3. Il faut une critique proportionnée aux raisons disponibles. Les résultats restent discutables en principe, mais pas tous également douteux à un moment donné. La science doit pouvoir interroger ses présupposés tout en conservant ce qui résiste aux contrôles. Elle ne consiste donc ni dans la certitude intangible ni dans le soupçon général : sa remise en question doit être argumentée et susceptible de faire progresser la connaissance.
Sujet 3 — Explication du texte de J. S. Mill
Thèse
Mill distingue la capacité de renoncer à son bonheur personnel et la valeur morale de ce renoncement. Le sacrifice mérite l’admiration lorsqu’il contribue au bonheur d’autres personnes ; il n’est pas une fin valable par lui-même.
Explication suivie
Le début établit qu’une vie sans bonheur est possible, subie par beaucoup et parfois volontairement acceptée. La proportion très élevée évoquée appartient à l’argument rhétorique de Mill ; elle ne doit pas être reprise comme une mesure statistique actuelle. L’exemple du héros ou du martyr permet ensuite de demander ce qui rend son renoncement estimable.
L’auteur répond en examinant sa fin. Celui qui renonce à sa propre satisfaction peut vouloir protéger d’autres personnes ou créer les conditions de leur bonheur. Si le sacrifice n’apportait aucun bénéfice et obligeait chacun à subir la même privation, sa valeur deviendrait difficile à justifier. Les questions successives éprouvent ainsi l’hypothèse selon laquelle la vertu du sacrifice vaudrait indépendamment de tout effet heureux.
Mill oppose alors deux conduites. Un renoncement digne qui augmente le bonheur dans le monde est honorable. Une privation recherchée pour elle-même peut montrer une capacité humaine remarquable, mais ne fournit pas nécessairement un modèle moral. La comparaison finale dissocie ce que les êtres humains sont capables de faire et ce qu’ils devraient faire.
Conclusion. L’extrait ne défend pas une recherche égoïste du plaisir individuel : il peut justifier le renoncement personnel au nom d’autrui. Il refuse en revanche de faire de la souffrance volontaire une valeur autonome. La notice du sujet comporte une datation historique discutable ; elle n’est pas nécessaire à l’explication de l’argument.