Bac 2025 : corrigé de philosophie technologique

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Proposition de corrigé — non officielle. Session 2025. Voie technologique — toutes séries, Métropole, 16 juin 2025. Durée : 4 heures.

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Les réponses expliquent les raisonnements et les calculs. Pour les compositions et les analyses, plusieurs réponses argumentées sont possibles ; cette proposition n’est pas validée par le jury.

Sujet 1 — Sommes-nous libres en toutes circonstances ?

Nous pouvons choisir entre plusieurs actions, mais nous ne choisissons ni toutes les situations qui nous arrivent ni tous les moyens dont nous disposons. Dire que nous sommes libres en toutes circonstances semble donc excessif. Pourtant, renoncer à toute liberté dès qu’une contrainte existe reviendrait à la rendre impossible. Il faut distinguer la liberté d’agir, la capacité de juger et le pouvoir de transformer une situation.

Les circonstances limitent réellement nos possibilités

La liberté désigne d’abord la possibilité de faire ce que l’on décide. Une personne enfermée, menacée ou privée de ressources ne dispose pas des mêmes choix qu’une personne en sécurité. Il serait injuste de présenter ces contraintes comme de simples opinions. La maladie, la violence ou la dépendance économique peuvent empêcher une action pourtant souhaitée.

La liberté suppose donc des conditions concrètes. Pouvoir étudier ne signifie pas seulement qu’aucune loi ne l’interdit : il faut aussi du temps, un accès à l’enseignement et des moyens de subsistance. L’égalité formelle des droits ne garantit pas une égale capacité de les exercer. En ce premier sens, nous ne sommes pas libres de la même manière en toutes circonstances.

Une marge de jugement peut subsister

Cependant, la contrainte extérieure ne supprime pas toujours toute initiative. Les stoïciens distinguent ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas. Une personne ne maîtrise pas nécessairement l’événement, mais peut parfois examiner son jugement, refuser une approbation intérieure ou choisir une réponse parmi les possibilités restantes.

Cette distinction permet de comprendre qu’une liberté puisse subsister sans toute-puissance. Être libre ne consiste pas à obtenir immédiatement tout ce que l’on désire. Cela peut consister à décider avec lucidité dans un espace limité, en assumant les conséquences accessibles à notre action.

Il faut pourtant éviter de transformer cette idée en reproche adressé aux personnes dominées. La peur, l’épuisement ou la manipulation affectent aussi la capacité de réfléchir. Affirmer abstraitement que chacun pourrait toujours choisir ne permet pas de mesurer la violence d’une situation ni la responsabilité de ceux qui l’imposent.

La liberté se défend et se construit

La liberté n’est donc ni un pouvoir illimité déjà donné ni une illusion totale. Elle se développe par la connaissance des contraintes, l’acquisition de capacités et l’action collective. Des droits, une protection sociale ou l’accès au savoir peuvent élargir les choix réels. La liberté intérieure et les libertés publiques ne s’excluent pas : elles se soutiennent.

Reconnaître les circonstances ne signifie pas tout excuser. Cela permet d’évaluer une action à partir des possibilités effectivement ouvertes à son auteur. La responsabilité suppose un certain pouvoir d’agir, mais ce pouvoir peut être réduit sans être nul.

Nous ne sommes donc pas libres de tout faire en toutes circonstances. Une marge de jugement ou d’initiative peut persister, mais elle ne doit pas masquer les obstacles matériels et sociaux. La liberté est aussi une tâche : comprendre ce qui nous limite et créer, avec les autres, les conditions d’une autonomie plus réelle.

Sujet 2 — Avons-nous besoin d’art ?

On peut vivre sans visiter un musée, alors qu’on ne peut vivre sans eau. L’art semble ainsi relever du superflu. Pourtant, les sociétés lui consacrent du temps et des ressources, et la disparition de toute musique, de tout récit ou de toute image appauvrirait profondément l’existence. Le besoin doit-il se réduire à la survie biologique ?

L’art ne répond pas d’abord à une nécessité vitale

Une œuvre ne se définit pas par un service pratique. Un tableau n’est pas un outil permettant de produire un bien indispensable ; une musique n’a pas à transmettre une information utile. Cette absence de fonction obligatoire rend possible une liberté de création et de réception.

Il faut aussi reconnaître que les besoins urgents peuvent imposer des priorités. Prétendre que toute personne devrait préférer l’art à la nourriture serait absurde. L’accès à la culture dépend de conditions matérielles : temps disponible, lieux, éducation et ressources. Le besoin d’art ne doit pas servir à ignorer ces inégalités.

L’existence humaine dépasse la simple conservation de la vie

Mais vivre humainement ne consiste pas seulement à survivre. Nous cherchons à exprimer ce que nous éprouvons, à donner une forme à nos expériences et à partager un monde. Une chanson peut accompagner un deuil ; un roman peut rendre compréhensible une existence éloignée ; une peinture peut renouveler notre manière de voir un lieu familier.

L’art ne fournit pas nécessairement une solution à un problème, mais il transforme la manière dont celui-ci est vécu. Il peut créer une distance avec l’urgence, rendre perceptible ce qui restait confus et ouvrir un espace d’imagination. Ces effets répondent à des besoins de sens, de relation et d’expression.

Les œuvres constituent aussi une mémoire commune. Elles permettent de rencontrer d’autres époques sans réduire celles-ci à des dates ou à des faits. Cette transmission n’est pas toujours consensuelle : une œuvre peut contester les représentations dominantes et donner une place à des expériences jusque-là ignorées.

Un besoin qui ne doit pas enfermer la création dans une utilité

Reconnaître ce rôle ne signifie pas imposer à l’art une mission unique. S’il devait toujours consoler, instruire ou rendre meilleur, il perdrait une partie de sa liberté. Certaines œuvres dérangent, déconcertent ou ne produisent aucun effet immédiatement identifiable. Leur valeur ne se mesure pas comme celle d’un équipement.

Le besoin d’art peut ainsi être compris comme le besoin d’un espace qui échappe à la seule recherche d’efficacité. Jouer avec des formes et rencontrer des œuvres nous rappelle que tout n’a pas à être réduit à un moyen. Cette disponibilité peut être précieuse précisément parce que son résultat n’est pas fixé à l’avance.

Nous n’avons pas besoin d’art au même titre que d’un apport vital, mais nous en avons besoin pour une existence qui ne se limite pas à la survie. Ce besoin prend des formes diverses et ne justifie ni une obligation d’aimer une œuvre ni une fonction imposée à tous les artistes. Il invite surtout à rendre l’expérience artistique accessible.

Sujet 3 — Adam Smith : justice et bienfaisance

L’explication suivante adopte l’option 1, en répondant à toutes les questions. Elle peut aussi servir à construire une explication suivie selon l’option 2, sans que le jour de l’épreuve il soit nécessaire de rédiger les deux options.

A1. Pourquoi comparer les relations sociales à celles de marchands ?

Des marchands peuvent coopérer parce que chacun trouve un intérêt à l’échange, sans éprouver d’affection particulière pour l’autre. L’accord sur la valeur des services rend leur relation possible. Smith montre ainsi que la société ne dépend pas nécessairement d’un amour réciproque entre tous ses membres. Des relations réglées d’utilité mutuelle peuvent suffire à la maintenir.

Cela ne signifie pas que tous les rapports humains seraient commerciaux. La comparaison isole une condition minimale : il est possible de coopérer avec quelqu’un que l’on n’aime pas, à condition de pouvoir compter sur certaines règles.

A2. Ce que montre l’exemple des brigands

Même un groupe qui commet des injustices à l’extérieur doit limiter les torts que ses membres se causent entre eux. S’ils se volaient et s’assassinaient systématiquement, leur association deviendrait impossible. L’exemple distingue donc la moralité globale d’un groupe et les règles internes nécessaires à sa durée.

Smith ne justifie pas le brigandage. Il utilise un cas extrême pour montrer qu’une certaine abstention de nuire demeure nécessaire même là où l’on n’attend aucune vertu exemplaire.

A3. Bienfaisance et justice

La bienfaisance consiste à faire du bien à autrui, par générosité ou sollicitude. La justice impose d’abord, dans ce passage, de ne pas porter atteinte aux personnes et à ce qui leur revient. Ne pas secourir généreusement et commettre un tort ne sont donc pas des actes équivalents.

La bienfaisance améliore les relations et rend la vie commune plus heureuse. La justice possède une fonction plus fondamentale : elle empêche que la violence et la défiance détruisent les liens. Une société sans générosité serait pauvre humainement ; une société où l’injustice domine perdrait ses conditions de maintien.

B1. Le problème du texte

La question est : quelles dispositions sont indispensables à l’existence d’une société ? Plus précisément, l’affection et la générosité sont-elles aussi nécessaires que le respect de la justice ?

B2. Les étapes de l’argumentation

Smith établit d’abord qu’une coopération fondée sur l’utilité peut exister sans affection. Il montre ensuite que la disposition réciproque à nuire rompt les liens sociaux, en s’appuyant sur l’exemple des brigands. Il conclut à une hiérarchie : la bienfaisance est souhaitable, mais la justice est indispensable.

B3. L’idée principale

La société n’exige pas que chacun aime tous les autres ; elle exige au minimum que les relations ne soient pas livrées à l’injustice. La thèse porte sur une condition de possibilité de la vie commune, non sur un idéal moral complet.

C1. Des hommes égoïstes peuvent-ils former une société juste ?

Oui, si leur intérêt les conduit à respecter des règles communes. Chacun peut comprendre qu’il bénéficie d’une protection contre la violence et la fraude, à condition d’en reconnaître aussi le bénéfice aux autres. Des institutions et des sanctions peuvent rendre cette coopération plus stable.

Toutefois, l’intérêt immédiat peut pousser à enfreindre la règle lorsque l’on croit pouvoir éviter la sanction. Une société juste ne peut donc se reposer uniquement sur le calcul occasionnel des avantages. L’éducation, la confiance et l’attachement aux règles peuvent renforcer sa stabilité. L’égoïsme ne rend pas toute justice impossible, mais il en rend les garanties nécessaires.

C2. L’injustice détruit-elle nécessairement la société ?

Une injustice particulière ne provoque pas automatiquement la disparition d’une société. Des sociétés très inégalitaires peuvent durer grâce à la contrainte ou à des formes de coopération maintenues. Il faut donc distinguer un constat historique et le raisonnement du texte.

Smith vise la prédominance d’une disposition à se nuire qui détruit toute confiance. Si personne ne peut compter sur la sécurité de sa personne, sur un engagement ou sur un échange, la coopération se défait. Certaines injustices peuvent être supportées longtemps sans être légitimes ; leur persistance ne prouve pas qu’elles soient sans effet destructeur. La thèse indique ainsi la nécessité d’un socle de justice, plutôt qu’un calendrier automatique de disparition des sociétés injustes.