Bac 2025 : SES, Métropole jour 1

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Proposition de corrigé — non officielle. Session 2025. Voie générale — spécialité SES, Métropole, 17 juin 2025. Durée : 4 heures.

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Les réponses expliquent les raisonnements et les calculs. Pour les compositions et les analyses, plusieurs réponses argumentées sont possibles ; cette proposition n’est pas validée par le jury.

Dissertation — Les politiques conjoncturelles dans la zone euro

Les politiques conjoncturelles cherchent à agir sur l’activité à court terme, notamment pour limiter le chômage ou l’inflation. Dans la zone euro, la politique monétaire est commune, tandis que les budgets restent principalement nationaux. Cette organisation fournit des instruments puissants, mais complique leur adaptation à des situations différentes. Comment ces politiques peuvent-elles stabiliser l’économie et quelles difficultés rencontrent-elles ?

Des instruments pour soutenir ou freiner la demande

En période de ralentissement, une politique budgétaire de relance peut augmenter les dépenses publiques ou réduire certains prélèvements. Les commandes de l’État soutiennent directement l’activité ; les revenus distribués peuvent alimenter la consommation, puis les débouchés des entreprises. Cet effet multiplicateur dépend toutefois des comportements d’épargne et de la part des achats dirigée vers les importations.

Les stabilisateurs automatiques agissent sans nouvelle décision : lorsque l’activité diminue, les recettes fiscales se réduisent et certaines prestations augmentent. Ils amortissent la baisse des revenus, au prix d’une dégradation du solde public. Le document 3 montre ainsi, pour la France en 2020, des dépenses représentant 61,7 % du PIB contre des recettes de 52,8 %, soit un écart de 8,9 points. Ce ratio reflète à la fois les dépenses et la baisse du PIB ; il ne mesure pas uniquement une hausse nominale des dépenses.

La politique monétaire peut compléter la relance. Une baisse des taux directeurs tend à réduire le coût du crédit, à soutenir l’investissement et certains achats des ménages. À l’inverse, une hausse des taux freine la demande et peut contribuer à limiter l’inflation. Le document 4 montre un taux très faible jusqu’en 2022, puis une remontée rapide culminant autour de 4,5 %, avant une baisse en 2024. Les effets passent par les banques et les décisions des agents ; ils ne sont ni instantanés ni mécaniques.

Une politique monétaire unique face à des économies différentes

La monnaie commune supprime les variations de change entre pays membres et permet une action monétaire à l’échelle de la zone. Mais un même taux peut être trop restrictif pour un pays en récession et insuffisamment restrictif pour un autre soumis à une forte demande.

Le document 2 illustre cette hétérogénéité : en 2023, la croissance indiquée est de −0,2 % en Allemagne, 0,7 % en France et 2,5 % en Espagne. Les situations de l’emploi diffèrent aussi, avec un chômage particulièrement élevé en Espagne. La BCE ne peut pas fixer un taux propre à chaque pays. Une hausse des taux destinée à freiner l’inflation peut donc peser davantage sur les économies déjà fragiles.

La nature du choc compte également. Une inflation issue d’un renchérissement de l’énergie ne disparaît pas parce que le crédit devient plus cher. La politique monétaire peut limiter sa diffusion à l’ensemble des prix, mais au risque de ralentir l’activité. Les pouvoirs publics doivent alors arbitrer entre des objectifs qui ne convergent pas toujours à court terme.

Des contraintes budgétaires et un besoin de coordination

Les États ne disposent pas tous des mêmes marges financières. Une dette élevée accroît la sensibilité du budget aux taux d’intérêt et peut réduire la capacité à soutenir durablement l’activité. Le document 1 évoque une dette française supérieure à 3 200 milliards d’euros et proche de 112 % du PIB. Le document 3 indique encore en 2023 un écart de 5,4 points entre dépenses et recettes. Ces données éclairent la contrainte, sans signifier que toute dépense nouvelle serait nécessairement inefficace.

Les règles budgétaires européennes visent à limiter les risques liés aux déficits et aux dettes. Leur application peut cependant entrer en tension avec le soutien conjoncturel : une réduction rapide des dépenses en période de faible activité risque d’accentuer le ralentissement. Inversement, une relance financée durablement par l’endettement peut devenir difficile à maintenir si son effet sur la production et les recettes est insuffisant.

La coordination importe enfin parce que les décisions nationales ont des effets sur les partenaires. Une relance soutient aussi les importations ; une austérité simultanée réduit les débouchés de plusieurs pays. Une politique budgétaire expansionniste peut en outre contrarier le freinage monétaire si elle stimule fortement la demande. Des interventions ciblées et concertées peuvent réduire ces contradictions.

Les politiques conjoncturelles restent donc capables d’amortir les crises et de contenir les déséquilibres. Leur efficacité dépend de la nature des chocs, des délais de transmission, des marges budgétaires et de la coordination entre les États et la BCE. Elles ne remplacent pas les politiques structurelles, mais évitent qu’un choc temporaire ne produise des conséquences durables sur l’emploi et l’investissement.

Épreuve composée — Partie 1 : incitations sélectives et engagement

Une incitation sélective est un avantage ou un coût réservé aux personnes selon qu’elles participent ou non à une action collective. Elle peut aider à résoudre le problème du passager clandestin : chacun peut souhaiter bénéficier du résultat collectif tout en laissant les autres supporter le coût de la mobilisation.

Par exemple, un syndicat peut proposer à ses adhérents une assistance juridique ou des services spécifiques. Cet avantage individuel s’ajoute aux bénéfices collectifs d’une négociation, qui peuvent profiter également aux non-adhérents. Une organisation peut aussi prévoir des sanctions internes envers des membres ne respectant pas un engagement. L’incitation modifie ainsi le calcul individuel et favorise la participation.

Elle n’explique pas tout engagement : convictions, sociabilités et rétributions symboliques comptent aussi. Mais elle montre pourquoi une action collective peut se former malgré la tentation de laisser agir les autres.

Épreuve composée — Partie 2 : PIB et productivité globale des facteurs

1. Comparaison de la France et de l’Allemagne

En 2020, le PIB diminue de 7,44 % en France, contre 3,83 % en Allemagne : la baisse française est plus forte de 3,61 points de pourcentage. En 2022, il augmente de 2,57 % en France, contre 1,81 % en Allemagne : la croissance française dépasse alors la croissance allemande de 0,76 point.

Une croissance plus forte en 2022 ne permet pas, à elle seule, de conclure que le niveau de production français a dépassé le niveau allemand ni que toutes les pertes antérieures sont effacées. Le tableau compare des taux annuels.

2. La PGF, source de croissance

La productivité globale des facteurs mesure l’efficacité avec laquelle travail et capital sont combinés. À quantités de facteurs données, une amélioration de l’organisation, des connaissances ou des techniques permet de produire davantage. Le progrès technique et les innovations contribuent ainsi à une croissance dite intensive.

La production peut néanmoins augmenter même si la PGF diminue, lorsque les quantités de travail ou de capital progressent suffisamment. En France en 2022, le tableau présente une hausse du PIB de 2,57 % et une baisse de la PGF de 1,57 %. Cela ne contredit pas le rôle de la PGF : les autres sources de croissance peuvent compenser sa diminution. Les taux de variation de PGF du tableau ne doivent pas être traités comme des contributions directement soustractibles au PIB sans modèle comptable complémentaire.

Épreuve composée — Partie 3 : transformation de la structure socioprofessionnelle

La structure socioprofessionnelle désigne la répartition de la population selon les positions professionnelles. Depuis la seconde moitié du XXe siècle, la France connaît une salarisation et une tertiarisation de l’emploi, une élévation des qualifications et une féminisation de la population active. Ces changements ne signifient pas la disparition de toutes les inégalités.

Recul des agriculteurs et des ouvriers, essor d’autres emplois salariés

Le document 1 montre qu’entre 1982 et 2022 la part des agriculteurs dans les personnes en emploi passe d’environ 8 % à moins de 2 %. Les gains de productivité agricoles permettent de produire avec moins de travailleurs ; la concentration des exploitations et les transformations économiques modifient aussi l’emploi indépendant.

La part des ouvriers diminue d’environ 30 % à 19 %. La productivité industrielle, les restructurations, les échanges internationaux et l’externalisation d’activités contribuent à cette évolution. Un travail auparavant réalisé dans une entreprise industrielle peut être comptabilisé dans les services après externalisation : la tertiarisation n’est pas uniquement un changement de gestes professionnels.

Les professions intermédiaires passent approximativement de 19 % à 25 % et les cadres de 8 % à 22 %. Les employés restent nombreux, même si leur part recule après un maximum au milieu des années 2000. Il serait donc faux d’affirmer que toutes les catégories tertiaires augmentent continuellement.

Élévation des diplômes et transformation des qualifications

Le document 2 indique que, dans son champ spécifique — actifs occupés du privé hors agriculture — la part des titulaires d’un bac +3 ou plus passe de 9 % en 1994 à 25 % en 2019, soit +16 points. Celle des personnes sans diplôme ou titulaires du seul brevet recule de 38 % à 15 %. La massification scolaire et l’accès plus fréquent à l’enseignement supérieur accompagnent la transformation des emplois.

L’essor des fonctions techniques, de gestion et de conception accroît les besoins de qualification. Toutefois, diplôme et position professionnelle ne coïncident pas toujours : des personnes peuvent occuper un emploi inférieur à leur niveau de formation. Le champ du document 2 n’est pas identique à celui du document 1 ; leurs pourcentages ne s’additionnent pas.

Féminisation et salarisation

Le document 3 souligne la progression durable de l’activité féminine, y compris pendant des périodes de chômage élevé. L’élévation de la formation, l’évolution des normes et le développement des services ont contribué à cette transformation. Les femmes ne constituent donc pas simplement une main-d’œuvre temporairement mobilisée en période de croissance.

Cette féminisation s’inscrit largement dans le salariat, devenu la forme dominante d’emploi. Elle n’efface pas la ségrégation professionnelle : femmes et hommes restent inégalement répartis selon les métiers, les responsabilités et les temps de travail. Une évolution de la composition de l’emploi n’est pas la preuve d’une égalité accomplie.

La France présente ainsi une structure plus tertiaire, plus diplômée et plus féminisée qu’au milieu du XXe siècle. Les catégories traditionnelles subsistent, mais leur poids et leur contenu changent. Pour l’établir, il faut articuler les tendances historiques aux données, tout en respectant leurs dates et leurs champs.