Bac HLP 2026 : corrigé Antilles-Guyane, jour 2

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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, HLP, 17 juin 2026, Antilles-Guyane, code 26-HLPJ2AG1. Les deux parties sont traitées.

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Première partie — Dominer la sensibilité dans le dialogue de Diderot

Proposition d’interprétation philosophique

Bordeu défend la maîtrise de la sensibilité comme une condition du jugement et de l’indépendance. Cependant, la forme dialoguée ne laisse pas cette position sans réponse : Mademoiselle de Lespinasse préfère une vie sensible à l’idéal de froide maîtrise qui lui est présenté. La question « dans quelle mesure » appelle cette confrontation.

Le début décrit une sensibilité qui envahit l’organisme. Un événement extérieur déclenche frisson, larmes et interruption de la voix. L’accumulation des manifestations corporelles aboutit à une perte de ressources rationnelles. Le faisceau de nerfs et son origine figurent la relation entre l’agitation du corps et la direction de soi. La brève réponse de Lespinasse reconnaît cette expérience sans encore la condamner.

Bordeu propose alors un travail continu de maîtrise. Celui qui conserve son jugement peut poursuivre ses fins même dans le danger. La liste de fonctions politiques, artistiques et intellectuelles élargit la portée de l’idéal : la même stabilité serait utile dans de nombreuses activités. La précision sur l’âge appartient au portrait énoncé par le personnage ; ce n’est pas une règle scientifique selon laquelle la sagesse commencerait à quarante-cinq ans.

La peur de la mort est ensuite présentée comme une prise offerte au dominateur. S’en affranchir supprime un moyen de tyrannie. La comparaison théâtrale oppose celui qui est emporté par les événements et celui qui les observe : le sage serait capable de garder la distance nécessaire au jugement.

Mais Lespinasse refuse de fréquenter ce sage. Sa réplique introduit une objection affective et relationnelle : une telle maîtrise risque de rendre la personne peu aimable et de la séparer de la vie commune. Bordeu oppose alors maturité et alternance de plaisirs et de peines ; elle accepte la condition qu’il déprécie. Le dialogue ne donne donc pas simplement un ordre d’anéantir les émotions. Il permet de soutenir qu’il faut en limiter l’emprise lorsqu’elle détruit le jugement, tout en discutant le prix d’une insensibilité érigée en idéal.

Deuxième partie — Littérature, arts et sensibilité

Problème

La sensibilité est la capacité de percevoir et d’être affecté. Elle peut désigner aussi une émotion débordante. Les arts peuvent-ils se passer de toute sensibilité, ou seulement se passer de la soumission immédiate à l’émotion ?

Développement proposé

1. La sensibilité fournit un matériau et une expérience. Chez Loti, un rayon de soleil devient le centre d’un souvenir parce qu’il provoque une impression durable. La couleur, le silence et la tristesse constituent le récit, au lieu de s’ajouter après coup à des informations. Un art qui retirerait toute perception et tout affect perdrait une partie de ce qu’il rend accessible.

2. La création ne se confond pas avec le débordement émotionnel. Rilke décrit une longue incorporation des souvenirs avant l’apparition du vers. Le vécu doit être transformé, pas simplement déversé. Le dialogue de Diderot lui-même organise les réponses et les contrastes : la présence d’émotions dans une œuvre n’exclut pas un travail lucide de composition. La maîtrise des moyens permet parfois de communiquer une émotion avec plus de précision.

3. Les arts peuvent discipliner la sensibilité sans l’abolir. Le créateur peut garder une distance au moment de travailler ; le destinataire peut analyser les procédés qui le touchent. Cette distance n’annule pas l’expérience sensible : elle la rend partageable et intelligible. Littérature et arts ne peuvent donc se passer aisément de toute sensibilité, mais ils peuvent et doivent parfois se déprendre de son immédiateté pour lui donner forme.