Bac 2026 : corrigé de philosophie, Amérique du Nord
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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, session 2026, philosophie, Amérique du Nord. Les trois choix du sujet sont traités : deux dissertations et une explication de texte.
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Sujet 1 — La science doit-elle être utile ?
Problème et réponse proposée
La science recherche une connaissance justifiée ; l’utilité désigne le service rendu à un besoin. Une connaissance peut devenir utile sans avoir été recherchée pour une application. Le mot « doit » pose donc deux questions : l’utilité définit-elle la science et constitue-t-elle une obligation envers la société ? On peut défendre une recherche attentive à ses effets sans soumettre toute connaissance à une rentabilité immédiate.
Développement possible
1. La connaissance scientifique répond à des besoins réels. Connaître les mécanismes d’une maladie permet de concevoir des traitements ; mesurer un risque peut aider à protéger une population. Une recherche financée collectivement ne peut ignorer les attentes de ceux qui la rendent possible. Cependant, l’efficacité d’une technique ne suffit pas à prouver la vérité de toutes les explications avancées pour la justifier : réussir une opération et comprendre pourquoi elle réussit sont deux exigences distinctes.
2. L’utilité immédiate ne peut déterminer seule les recherches. On ne sait pas toujours à l’avance ce qu’une découverte permettra de faire. Une étude portant sur une propriété abstraite peut modifier plus tard la manière de résoudre un problème concret. Exiger dès le départ une application certaine éliminerait précisément les recherches dont on ignore encore les résultats. La recherche possède aussi une valeur intellectuelle : expliquer un phénomène corrige les préjugés et enrichit la compréhension du monde.
3. Il faut distinguer autonomie de la connaissance et responsabilité de ses usages. La liberté de poser une question scientifique n’abolit ni les règles éthiques de l’expérimentation ni l’examen des conséquences possibles. L’utilité peut orienter certaines priorités sans devenir l’unique critère de vérité. Une application nuisible n’est pas justifiée par son efficacité ; inversement, une hypothèse souhaitable ne devient pas vraie parce qu’elle rendrait service.
Conclusion. La science doit contribuer au bien commun, mais elle ne doit pas être réduite à la production immédiate de moyens efficaces. Son utilité la plus durable suppose parfois qu’on lui laisse chercher sans pouvoir annoncer d’avance le bénéfice obtenu.
Sujet 2 — L’artiste sait-il ce qu’il fait ?
L’artiste peut connaître ses techniques et ses intentions sans prévoir tous les effets de son œuvre. Le problème oppose donc maîtrise de la fabrication et transparence complète de la création.
1. Créer implique un savoir. Le musicien choisit un rythme, le peintre organise des couleurs, l’écrivain travaille ses phrases. Même un effet de spontanéité peut résulter d’un travail précis. L’ignorance n’est pas en elle-même une qualité artistique : on ne confondra pas invention et simple maladresse.
2. L’œuvre dépasse parfois le projet conscient. Un accident de matière, une association d’idées ou une hésitation peut transformer le résultat. La signification rencontrée par un spectateur ne coïncide pas nécessairement avec celle que l’auteur voulait transmettre. Cela ne prouve pas que l’artiste ne sait rien ; cela montre qu’une œuvre n’est pas l’exécution mécanique d’un programme entièrement déterminé.
3. Le savoir de l’artiste est une maîtrise ouverte. Il sait reconnaître une possibilité, reprendre un essai et juger une solution sans pouvoir toujours expliquer chacune de ses décisions par une règle générale. Le résultat résulte d’un dialogue entre intention et découverte. L’artiste sait donc ce qu’il fait à certains niveaux ; il ne possède pas forcément la totalité du sens de ce qu’il crée.
Sujet 3 — Explication du texte de Freud
Thèse et progression
Freud interprète ici les idées religieuses comme des croyances dont la force vient des désirs qu’elles satisfont, plutôt que de leur vérification par l’expérience. Son explication procède en trois étapes : distinction entre preuve et désir ; prolongement du besoin infantile de protection ; réponses religieuses aux attentes de justice, de survie et de compréhension.
Explication suivie
Au début, le caractère dogmatique d’une affirmation est distingué de sa justification. Qu’une proposition soit tenue pour indiscutable ne signifie pas qu’elle résulte d’une enquête. Freud appelle illusion une croyance soutenue par un désir : l’extrait en explique l’origine psychique, sans fournir à lui seul une démonstration de la fausseté de toutes les croyances religieuses.
Le rapprochement avec l’enfance explique ensuite la puissance du désir de protection. L’enfant dépend d’un père capable de le défendre. Devenu adulte, l’être humain reste exposé à des dangers qu’il ne maîtrise pas ; la figure d’un père plus puissant prolonge la fonction rassurante de cette première relation. La dépendance physique change, mais le besoin affectif demeure.
Freud distingue alors plusieurs attentes. La Providence apaise la peur ; un ordre moral promet une justice que les sociétés ne réalisent pas toujours ; une vie future offre un espace où les désirs insatisfaits pourraient s’accomplir. Ces croyances composent ainsi un système cohérent de consolation. Enfin, les explications de l’origine du monde et du rapport entre corps et esprit sont élaborées à partir des principes de ce système : elles ne sont pas présentées comme des résultats indépendamment établis.
Portée. Le texte invite à distinguer la puissance d’une croyance et les raisons de la tenir pour vraie. Il serait insuffisant d’écrire simplement que Freud « dénonce la religion » : il faut montrer le mécanisme qui relie détresse, désir et assentiment.