Bac 2026 : corrigé de philosophie, Polynésie française
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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, session 2026, philosophie, Polynésie française. Les trois choix du sujet sont traités : deux dissertations et une explication de texte.
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Sujet 1 — Faut-il résister à l’État ?
Problème
L’État garantit des règles communes, mais son pouvoir peut devenir arbitraire. Résister peut désigner une critique, un recours, une désobéissance ou une opposition violente. Le sujet appelle une discussion des raisons et des formes de la résistance, plutôt qu’une approbation de toute révolte.
Plan développé
1. L’autorité publique rend possible une liberté commune. Si chacun obéissait uniquement aux règles qui lui plaisent, les droits dépendraient des rapports de force. Une décision collective peut être contraignante sans être injuste. La résistance motivée par le seul refus d’une obligation personnelle peut donc affaiblir les conditions mêmes de la coexistence.
2. L’obéissance ne suffit pas à définir le juste. Un pouvoir peut imposer une discrimination ou empêcher toute critique. Respecter mécaniquement ses ordres ferait alors de l’autorité une justification illimitée. La résistance peut protéger les personnes et rappeler des principes que l’État devrait garantir. Elle se distingue de la simple préférence individuelle lorsqu’elle avance des raisons discutables publiquement et concerne les droits d’autrui.
3. Il faut juger la résistance selon son objet et ses moyens. Un recours ou une mobilisation pacifique peut corriger une décision sans détruire l’ordre commun. Si toutes les possibilités de contestation sont supprimées, le problème change. La nécessité de résister doit cependant être établie : quelles injustices, quelles autres voies, quelles conséquences pour les personnes ? Résister à l’arbitraire peut être un devoir ; contester toute autorité par principe ne constitue pas une politique juste.
Sujet 2 — Apprend-on à faire usage de sa raison ?
Posséder une capacité de raisonner n’est pas encore savoir l’exercer correctement. Le sujet distingue une faculté et les pratiques qui la développent. Il faut aussi demander si l’apprentissage libère le jugement ou se contente de le soumettre à un maître.
1. Le raisonnement demande un apprentissage. Reconnaître une contradiction, vérifier un calcul et distinguer une preuve d’une opinion ne sont pas toujours spontanés. Une erreur corrigée permet de comprendre pourquoi une démarche échoue. Le dialogue et l’étude fournissent des occasions d’exercer sa raison sur des objets qui résistent à nos préférences.
2. Apprendre ne consiste pas à répéter l’autorité d’autrui. Réciter une démonstration sans saisir ses étapes ne suffit pas à raisonner. Un enseignement qui interdit les questions peut créer une dépendance. La formation doit donc permettre au sujet de reprendre les raisons par lui-même et de comprendre dans quelles conditions une conclusion est valable.
3. L’usage autonome se construit par l’exercice critique. Nous apprenons avec d’autres, puis évaluons leurs arguments sans confondre désaccord et absence de raison. Une règle peut guider le jugement sans le remplacer. L’apprentissage de la raison vise ainsi la capacité de justifier et de corriger ses propres décisions, y compris dans des situations différentes de celles étudiées.
Sujet 3 — Explication du texte d’Iris Murdoch
Thèse
Murdoch oppose deux rapports à l’art : une consolation qui projette le moi et une attention disciplinée qui permet de percevoir le réel. La seconde exige un effort moral de l’artiste, mais aussi du destinataire de l’œuvre.
Explication suivie
L’art rend visible une tendance humaine à chercher refuge dans le fantasme. Une œuvre peut organiser une image rassurante ou flatteuse pour celui qui la produit. Murdoch ne réduit cependant pas tout art à cette fonction : la première phrase présente aussi la résistance à cette tendance et la vision qui devient possible lorsque cette résistance réussit.
Le talent ne garantit pas cette réussite. Il peut servir à exprimer et à renforcer des obsessions personnelles. La difficulté consiste donc à détourner l’attention de la recherche de consolation pour observer ce qui existe. L’effacement du moi ne signifie pas la disparition physique ou psychologique de l’artiste : il désigne une discipline de l’attention qui refuse de réduire l’objet aux désirs de son observateur.
La liberté évoquée est liée à cette discipline. Être libre ne signifie plus satisfaire toutes ses envies, mais pouvoir échapper à leur domination pour rendre la nature avec justesse. La dimension morale de la création repose sur ce changement de regard, et pas seulement sur le thème moral ou immoral représenté par l’œuvre.
Le destinataire accomplit enfin un travail analogue. Il peut se servir d’une œuvre pour confirmer ses rêves ou chercher à percevoir la réalité qu’elle rend accessible. La réception n’est donc pas entièrement passive. L’expression finale sur l’usage magique vise une appropriation qui remplace l’attention à l’œuvre par l’attente d’une consolation personnelle.
Conclusion. L’extrait définit une exigence commune à la création et à la réception : desserrer l’emprise du moi pour mieux voir. Il faut expliquer cette symétrie, plutôt que résumer le passage comme une opposition générale entre art réaliste et art imaginaire.