Bac 2026 STD2A : compléter l’existant en design

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Proposition de corrigé — non officielle. Métropole, 16 juin 2026 : analyse croisée, réponse développée et schémas pour les deux questions au choix.

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Question 1 : en quoi compléter l’existant est-il porteur dans un processus créatif ?

Créer ne signifie pas nécessairement repartir de rien. Un objet industriel, une identité graphique ou un habitat comportent déjà des qualités, des usages et des limites. Les trois documents proposent d’intervenir à partir de cette réalité. Compléter peut-il alors produire davantage qu’un ajout secondaire ?

L’existant devient une ressource

Avec Viminibidi, en 2012, Giulia Cavazzani greffe un porte-revues en osier sur un fauteuil de jardin en polypropylène. La différence des matériaux et des techniques reste visible. La forme industrielle assure l’assise ; le tressage introduit un rangement et un savoir-faire artisanal. Le complément ne se contente pas de décorer : il modifie l’usage et la perception d’un objet familier.

Le projet de Quinta Monroy, au Chili en 2003, répond à une contrainte budgétaire d’une autre nature. Alejandro Aravena prévoit une base construite que les familles n’auraient pas pu réaliser seules, puis une extension possible. La partie fournie organise structure, services et implantation. Le complément peut être apporté ensuite par les habitants, à partir de leurs besoins et moyens.

Les deux cas valorisent un support, mais diffèrent par leurs conséquences. Ajouter un rangement à un fauteuil n’engage pas les mêmes enjeux de sécurité, de coût et de durée que compléter une habitation. La pertinence créative dépend donc de la connaissance de ce qui existe, pas de l’ajout pour lui-même.

Compléter transforme la place de l’usager

Pour L’Autre Soie, le studio Graphéine propose en 2019 des supports standardisés comportant des points à relier et des citations. Les participants les interprètent pour dessiner leur rapport à l’autre. L’identité n’est plus entièrement déterminée par une agence puis livrée à un public passif. Le cadre commun permet une diversité d’expressions tout en conservant une cohérence.

La comparaison avec Quinta Monroy fait apparaître deux degrés d’intervention : participer à une représentation collective et transformer son espace de vie. Le concepteur définit ce qui reste stable et ce qui peut varier. Il doit également rendre cette liberté accessible : savoir dessiner, disposer de temps ou pouvoir financer des travaux ne sont pas des ressources distribuées également.

Viminibidi pose une autre question : le complément est ici réalisé par la designer. L’utilisateur reçoit un objet transformé. La création à partir de l’existant n’implique donc pas toujours une participation directe, mais elle peut ouvrir un nouvel usage.

L’ajout doit améliorer sans effacer

Compléter peut éviter un remplacement intégral. La transformation du Grand Parc à Bordeaux, livrée en 2017 par Lacaton et Vassal avec Frédéric Druot et Christophe Hutin, ajoute notamment des jardins d’hiver et des balcons aux logements existants. L’espace supplémentaire étend les possibilités de vie quotidienne tout en conservant les logements et sans déplacer les habitants pendant les travaux. Cette référence montre que l’amélioration peut partir de l’attachement à un lieu.

Cependant, conserver n’est pas toujours la solution suffisante. Une greffe mal assemblée fragilise l’objet ; une identité participative sans cadre devient illisible ; une extension de maison non accompagnée peut reporter la difficulté sur ses occupants. Le complément doit donc être évalué par ses effets, ses conditions de réalisation et son entretien. Il ne devient écologique par le seul fait d’être présenté comme réemploi.

Compléter est porteur lorsqu’il révèle les possibilités de l’existant et organise une transformation pertinente. La création porte alors sur la relation entre support, ajout et usages. Elle peut enrichir un objet, partager l’expression ou faire évoluer un habitat, à condition de ne pas confondre ouverture et abandon de responsabilité.

Schémas d’analyse croisée

Trois principes de complément : greffe sur un support, cadre participatif et réserve d’extension

Ces schémas interprètent les mécanismes des documents : greffer, ouvrir une variation, prévoir une extension. Ils ne reproduisent pas leurs photographies ni un plan exact des maisons.

Question 2 : en quoi le manque peut-il devenir une opportunité ?

Le manque peut être une absence de fonction, de moyen financier ou de place accordée aux personnes. Il impose une limite, mais ne produit pas automatiquement une solution créative. Comment le design peut-il le transformer en possibilité sans rendre acceptable une privation ?

Dans Viminibidi, un rangement manque à un fauteuil existant. Cette absence suggère une fonction nouvelle et permet de confronter fabrication industrielle et vannerie. Le manque est défini à l’échelle de l’usage : il est possible d’y répondre par une intervention limitée. La difficulté consiste à intégrer l’ajout sans gêner l’assise, le déplacement ou la solidité.

Quinta Monroy répond à un manque de ressources pour loger les familles. La construction évolutive évite de disperser la subvention dans une maison trop petite et définitivement close. Elle donne priorité à la partie techniquement difficile et laisse un espace d’extension. Le vide est ainsi organisé, et non simplement subi. Mais il demeure un risque : les possibilités réelles d’achèvement dépendent des revenus, des compétences et de l’accompagnement. L’opportunité ne suffit pas à supprimer l’inégalité.

Dans L’Autre Soie, le manque peut se lire comme une insuffisante place donnée aux expressions des usagers. Les points à relier sont volontairement incomplets. Ce vide invite à agir, et les différences entre contributions deviennent une composante de l’identité. Il faut toutefois que cette participation ait un effet visible : demander une contribution sans lui donner de place ne constituerait qu’un simulacre.

Les trois projets montrent qu’une absence peut appeler des réponses différentes : une greffe achevée par le designer, un cadre graphique complété collectivement, ou une réserve bâtie appropriée dans le temps. La liberté offerte doit être accompagnée de repères et de moyens. Dans le Grand Parc, l’espace supplémentaire laisse également ouverts des usages que l’architecte ne fixe pas à l’avance ; l’ouverture vient ici d’une générosité spatiale, plutôt que d’un défaut de logement.

Le manque devient donc une opportunité lorsque le concepteur le formule précisément, identifie les personnes concernées et organise une réponse réalisable. Il reste une privation quand on en transfère simplement la charge à ceux qui en souffrent. Le design peut créer à partir d’un vide ; il ne doit pas faire de tous les manques une vertu.

Lacaton et Vassal, prix Pritzker 2021 : présentation du Grand Parc.