Corrigé bac HLP 2023 La Réunion, jour 1
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Proposition de corrigé — non officielle. Bac général HLP 2023 La Réunion, jour 1 (23-HLPJ1LR1). Texte de Marcel Proust sur insensibilité et jugement moral des souffrances.
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Interprétation littéraire : comment Proust met-il en scène l’insensibilité de madame Verdurin ?
Le passage oppose l’horreur déclarée à la satisfaction effectivement éprouvée. Madame Verdurin connaît la tragédie, mais son confort conserve une place disproportionnée dans son attention.
Le narrateur commence par une objection : le salon parle de la guerre, donc on ne pourrait pas lui reprocher de n’y jamais penser. Il distingue aussitôt la présence d’un sujet dans la conversation et le poids affectif qui lui est donné. La comparaison des opérations de multiplication et de division rend presque mathématique cette disproportion.
L’épisode du croissant donne un objet concret à la démonstration. Le manque est rapporté aux migraines ; l’ordonnance mobilise des efforts comparés à une nomination militaire. L’écart d’échelle est satirique : un avantage minuscule reçoit une énergie que les morts lointains ne suscitent pas.
La simultanéité avec l’annonce du naufrage renforce le contraste. Les gestes précis occupent une main, tandis que le journal est maintenu ouvert de l’autre. La lecture de l’horreur s’adapte à la poursuite de la dégustation, plutôt qu’elle ne l’interrompt.
La parole exprime pourtant une indignation extrême. Le narrateur ne dit pas que l’événement est inconnu ; il montre la faiblesse de son retentissement réel. Le visage satisfait dément la désolation formulée. Les précautions du récit laissent une part d’interprétation à ce qui est vu, tout en rendant le décalage accablant.
L’insensibilité apparaît donc moins comme une absence totale de discours moral que comme une hiérarchie des préoccupations. La satire porte sur une compassion qui peut se dire intensément tout en laissant intacte la priorité du bien-être personnel.
Essai philosophique : est-il illégitime de souffrir davantage d’un courant d’air que de la mort de millions d’inconnus ?
Problème
Une gêne proche peut être directement ressentie, alors qu’une catastrophe lointaine est connue par un récit. Peut-on juger moralement cette différence de sensation, ou faut-il juger ce qu’on en fait ?
La sensation ne se commande pas entièrement
On ne choisit pas immédiatement l’intensité de toute douleur. Exiger un sentiment proportionnel au nombre des victimes peut être impossible à satisfaire. Le fait de ressentir une gêne personnelle ne prouve donc pas, à lui seul, une faute morale.
La proximité ne mesure pas la valeur des vies
Cependant, une sensation plus vive ne rend pas son objet plus important. Si j’accorde tous mes efforts à mon confort en ignorant un dommage grave auquel je pourrais répondre, la conduite peut devenir injustifiable. Le texte de Proust critique cette disproportion organisée et satisfaite, pas seulement un réflexe corporel.
Former l’attention et distinguer sentir d’agir
Il est possible de chercher des informations, d’écouter des témoignages et de soutenir une action sans éprouver une émotion écrasante. Inversement, une indignation verbale très forte peut rester sans conséquence. La responsabilité ne se réduit donc pas à mesurer ses larmes.
Conclusion
La différence spontanée de souffrance n’est pas automatiquement illégitime. Elle le devient moralement lorsqu’elle sert à justifier l’indifférence ou la priorité absolue du confort. Il faut reconnaître les limites de la sensibilité sans en faire la mesure de la dignité d’autrui.