Corrigé bac HLP 2024 Amérique du Nord, jour 2
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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, spécialité HLP, session 2024 Amérique du Nord, jour 2. Repère 24-HLPJ2AN1 ; les deux parties de la pièce sont traitées.
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Interprétation philosophique : Comment l’auteur défend-il le nouveau contre l’opinion commune ?
Nietzsche renverse la valeur habituellement attribuée au bien et au mal : ce qui dérange les normes reçues peut être une force de renouvellement, tandis que la conservation peut épuiser la vie collective.
Le début attribue les progrès aux esprits qui réveillent les passions, la comparaison et la contradiction. Une société organisée tend à stabiliser les conduites ; l’innovation réintroduit le risque et des possibilités non éprouvées. Le progrès n’est donc pas décrit comme le développement paisible de ce qui serait déjà unanimement approuvé.
L’auteur rapproche ensuite conquérants, fondateurs de religions et créateurs de morales. Ils n’emploient pas les mêmes moyens, mais déplacent tous des limites et des fidélités. La violence intellectuelle paraît moins condamnable parce qu’elle ne mobilise pas immédiatement la force physique ; elle n’en bouleverse pas moins l’ordre reçu.
Les affirmations qui identifient le neuf au mal et l’ancien au bien exposent le point de vue conservateur que Nietzsche travaille ironiquement. Le texte ne donne pas une définition morale universelle selon laquelle tout changement serait mauvais. Il montre que l’opinion juge à partir de ce qui est établi.
La métaphore agricole finale précise la défense du nouveau. Les personnes de bien cultivent les idées anciennes et leur font porter du fruit : leur rôle n’est pas entièrement nié. Mais un terrain peut s’épuiser ; il faut alors le retourner. La charrue du mal figure cette destruction féconde des évidences devenues stériles.
La portée reste à préciser : Nietzsche souligne la fonction possible de la transgression, sans fournir un critère qui rendrait automatiquement bonne toute nouveauté ou toute conquête.
Essai littéraire : le goût du neuf, du risqué et de l’inessayé suffit-il à définir le rôle de l’écrivain ou de l’artiste ?
Problème
L’artiste invente et déplace les habitudes de perception. Mais si l’originalité était son seul rôle, une nouveauté sans portée suffirait à faire une œuvre. Il faut distinguer renouvellement et simple changement.
Ouvrir une manière de voir
Dans Le Dormeur du val, Rimbaud conduit le lecteur d’un paysage accueillant à la découverte de la mort du soldat. La progression transforme rétrospectivement les images précédentes. L’œuvre prend un risque dans le regard qu’elle impose sur la guerre : elle fait voir une victime là où un discours héroïque attendrait une gloire.
Travailler aussi une tradition
Ce renouvellement n’exige pas de supprimer toutes les formes héritées : le poème est un sonnet. De même, Demain, dès l’aube de Hugo organise une marche et un deuil dans une forme régulière. La singularité vient du travail de l’adresse, de l’attente et de la révélation finale, non de la seule invention d’un procédé jamais utilisé.
Donner une portée à la forme
L’artiste peut transmettre, conserver une mémoire ou rendre une expérience partageable. Une rupture formelle peut y contribuer, mais le scandale ou l’étrangeté ne garantissent pas cette valeur. Il faut demander ce que la nouveauté permet de sentir ou de comprendre.
Conclusion
Le goût de l’inessayé peut être une force créatrice, mais il ne suffit pas à définir le rôle de l’artiste. L’œuvre vaut aussi par la justesse de la relation qu’elle établit avec une expérience, une tradition et un public.
Textes évoqués : Rimbaud, Le Dormeur du val ; Hugo, Demain, dès l’aube.