Corrigé bac HLP 2024 Asie, jour 2

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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, spécialité HLP, session 2024 Asie, jour 2. Repère 24-HLPJ2JA1 ; les deux parties de la pièce sont traitées.

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Interprétation philosophique : pourquoi le discours émeut-il davantage que les images ?

Rousseau distingue l’exactitude de la représentation et l’intensité de l’émotion. Le visible montre mieux l’objet, mais la parole déploie dans le temps les accents d’une passion et la fait partager.

Le début reconnaît une force des images. Parler aux yeux rend la représentation immédiatement saisissable ; même un discours gagne en énergie lorsqu’il fait voir. Ce premier constat empêche de lire le texte comme un rejet général des images.

Le raisonnement change lorsqu’il s’agit d’émouvoir. Une image peut être embrassée d’un regard, tandis que le discours agit successivement. Cette durée permet des impressions répétées et approfondit l’engagement de l’auditeur. La parole n’ajoute donc pas seulement des informations à un spectacle déjà connu.

L’exemple de la personne affligée rend cette différence concrète. La voir ne produit pas nécessairement la même émotion que l’entendre raconter ce qu’elle éprouve. Les accents de la voix transmettent un mouvement affectif. Le corps de l’auditeur est atteint, et ce qu’il entend devient quelque chose qu’il sent.

La comparaison entre geste et discours au théâtre renforce l’argument : pour Rousseau, la représentation visible peut être plus exacte sans susciter autant d’intérêt. La conclusion rattache alors la parole aux passions, au-delà des besoins physiques auxquels une langue gestuelle aurait pu suffire.

La note de l’auteur introduit toutefois une réserve essentielle. Pleurer au théâtre ne prouve pas la compassion envers des personnes réelles. Le spectateur peut se flatter de vertus qu’il ne pratique pas. Le pouvoir émotionnel du discours est donc distingué de sa valeur morale : ressentir fortement n’est pas encore agir justement.

Essai littéraire : La littérature nous rend-elle plus sensibles ?

Problème

Lire peut élargir ce que nous percevons et éprouvons. Mais l’émotion littéraire modifie-t-elle durablement notre attention au monde et aux autres ? Il faut distinguer intensité du sentiment et transformation de la conduite.

Apprendre à remarquer

Dans Demain, dès l’aube, Hugo organise l’attente d’une rencontre avant que la tombe ne révèle la nature du voyage. Le lecteur reprend alors autrement les signes de solitude et d’absence au paysage. La littérature forme une attention à ce qui ne se dit pas d’emblée.

Déplacer l’émotion

Le Dormeur du val de Rimbaud produit un déplacement comparable entre le repos apparent et la mort. La précision des sensations fait d’abord accueillir un lieu ; la fin oblige à regarder le soldat autrement. Le poème ne donne pas seulement un thème à connaître : il transforme le parcours de la perception.

Ne pas confondre émotion et vertu

Ces effets ne garantissent pas que le lecteur secourra autrui. L’avertissement de Rousseau rappelle qu’on peut admirer sa propre sensibilité sans changer sa conduite. Les œuvres peuvent aussi émousser l’attention si elles sont reçues comme de simples excitations répétées.

Conclusion

La littérature peut nous rendre plus sensibles en élargissant les expériences et en affinant l’attention. Cette possibilité demande une lecture qui accepte d’être déplacée ; elle ne produit pas automatiquement une supériorité morale.

Textes évoqués : Hugo, Demain, dès l’aube ; Rimbaud, Le Dormeur du val.