Corrigé bac HLP 2024 centres étrangers, jour 2
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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, spécialité humanités, littérature et philosophie, 2024 centres étrangers, jour 2 (24-HLPJ2G11). Jean-Louis Chrétien, lecture et identité ; essai sur l’élargissement de l’expérience par la littérature.
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Interprétation philosophique : Selon l’auteur, en quoi la lecture nous permet-elle de devenir nous-même ?
Pour Jean-Louis Chrétien, la lecture ne détourne pas nécessairement de soi : l’appropriation de la parole d’autrui enrichit les moyens de comprendre et de transformer sa propre expérience. L’identité ne se conserve pas par fermeture.
Le début décrit un voyage qui revient vers soi. Les mots d’un autre rendent visibles des possibilités que l’introspection seule n’aurait pas révélées. Le lecteur ne se contente pas d’emprunter une expression : il peut forger peu à peu un langage plus fort pour dire ce qu’il vit.
La métaphore de la nourriture précise le processus. Lire n’est pas faire passer des signes devant les yeux, mais les faire entrer dans un travail intérieur. Comme un aliment doit être transformé et assimilé, une parole lue devient une composante de l’esprit sans rester extérieure ni être simplement répétée.
Le texte en déduit un paradoxe de la conservation : même pour rester soi, il faut se renouveler. Un esprit fermé à toute ressource étrangère ne serait pas plus authentique ; il s’appauvrirait. Les références à Augustin et à Nietzsche servent, dans l’extrait, à penser la rumination comme durée de l’appropriation.
La lecture continue donc après la fermeture du livre. Apprendre par cœur ne signifie pas ici réciter exactement, mais intégrer à sa vie. Le livre ouvre l’expérience au-delà des rencontres matériellement possibles. L’image finale de l’anorexie critique une originalité qui se voudrait pure de toute influence.
Le raisonnement ne supprime pas la singularité du lecteur : c’est précisément son travail de transformation qui distingue une lecture nourrissante d’une absorption passive. Devenir soi suppose une relation active à l’autre.
Essai littéraire : Selon vous, la littérature élargit-elle l’horizon de notre expérience ?
Problème
Une vie ne peut traverser toutes les situations. Le livre donne accès à des existences absentes, mais cette rencontre est-elle une expérience ou seulement une représentation ?
Rencontrer des situations non vécues
Dans La Parure, le lecteur accompagne le désir de prestige de Mathilde puis les années de privation liées au remplacement du bijou. Il peut explorer une décision et ses conséquences sans devoir les subir matériellement. La littérature agrandit ainsi le champ des situations auxquelles son jugement peut se confronter.
Modifier la manière d’éprouver
Dans Le Dormeur du val, la découverte finale de la mort transforme la perception du repos et du paysage. L’expérience n’est pas seulement celle d’un fait appris : c’est celle d’une lecture reprise. La forme travaille la sensibilité et donne des moyens de regarder autrement.
Conserver la différence avec le vécu
Lire une souffrance n’est pas l’avoir traversée. Un récit sélectionne et organise ; il peut aussi entretenir un stéréotype. L’élargissement exige donc une attention à la forme et une confrontation avec d’autres expériences. Le lecteur doit pouvoir revenir sur ce que l’œuvre lui a fait croire ou sentir.
Conclusion
La littérature élargit l’horizon de notre expérience en multipliant les points de vue et les ressources de compréhension. Elle ne remplace pas toute expérience vécue ; elle peut rendre celle-ci plus attentive et plus intelligible.
Textes évoqués : Maupassant, La Parure ; Rimbaud, Le Dormeur du val.