Corrigé bac HLP 2024 Métropole, juin jour 1

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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, spécialité humanités, littérature et philosophie, 2024 Métropole, juin jour 1 (24-HLPJ1ME1). Aragon, « Classe 17 » ; essai sur la perte d’humanité.

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Interprétation littéraire : Quelles violences ce poème dit-il ?

Dans « Classe 17 », Aragon fait apparaître la violence de la guerre, celle de la captivité et celle du regard qui réduit des prisonniers à une force de travail. La découverte est portée par une mémoire qui demeure bouleversée.

L’ouverture hésite entre souvenir et rêve, puis affirme une ignorance passée : le narrateur ne savait pas que des humains pouvaient être traités ainsi. Cette difficulté à situer n’efface pas la force morale de ce qui est reconnu. Le rassemblement des habitants donne d’abord à la scène l’allure d’un spectacle dominical.

L’arrivée des prisonniers rompt cette apparence. Ils sont dépouillés de leurs armes et de signes de leur tenue, chargés de poussière et d’humiliation. Les images du troupeau et des animaux traqués montrent une déshumanisation imposée par la situation. Le silence a lui-même un effet sur leurs voix : les captifs sont marqués par ce qu’ils ne peuvent dire.

Le paysage devient ensuite un espace sans accueil. Les maisons n’ont pas de portes pour eux ; seuls subsistent les repères d’un trajet imposé. Les souvenirs des tirs prolongent la bataille dans les corps et les têtes. La répétition du verbe marcher donne au lecteur une expérience rythmique de l’épuisement.

La fin dévoile une autre violence. Des fermiers évaluent les mollets comme on examine du bétail. Les propos familiers sur les cultures et la nourriture ramènent les prisonniers à leur utilité économique. Les morts de la commune servent à justifier ce remplacement, mais la perte subie n’abolit pas la dignité des autres.

Les régions allemandes rêvées par les captifs rappellent enfin leur propre attachement à un lieu. Le poème fait reconnaître des êtres humains derrière la catégorie de l’ennemi. Sa violence n’est pas seulement celle des coups : c’est aussi celle d’une organisation et d’un regard.

Essai philosophique : Peut-on perdre son humanité ?

Problème

L’humanité désigne l’appartenance à l’espèce humaine, mais aussi une manière de reconnaître et de traiter les personnes. Perdre l’une de ces dimensions ne signifie pas la même chose que perdre l’autre.

Une dignité qui ne dépend pas de l’état visible

Une personne blessée, humiliée ou privée de parole ne cesse pas d’être humaine. Dans le poème, les comparaisons animales décrivent un traitement et un regard, non une transformation réelle des prisonniers en bêtes. Dire qu’ils auraient perdu toute humanité risquerait de reprendre la logique de ceux qui les réduisent à des choses.

Des capacités et des relations peuvent être détruites

La violence peut cependant empêcher l’expression, l’action et la participation à une vie commune. En ce sens, des conditions humaines d’existence sont perdues ou gravement atteintes. La dignité ne suffit pas à rendre ces dommages irréels ; elle fonde au contraire l’exigence de les reconnaître.

L’inhumanité comme conduite

Celui qui torture ou exploite peut agir de manière inhumaine. Ce jugement moral n’exige pas de lui retirer son appartenance à l’humanité : le considérer comme entièrement extérieur à nous empêcherait aussi de comprendre sa responsabilité et les conditions de ses actes.

Conclusion

On peut perdre des conditions et des capacités essentielles à une vie humaine, ou agir contre les exigences de l’humanité. On ne doit pas en déduire qu’une victime perd sa dignité. La distinction permet de nommer la déshumanisation sans l’accomplir une seconde fois.