Corrigé bac HLP 2024 Polynésie, jour 2
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Proposition de corrigé — non officielle. Bac général HLP 2024 Polynésie, jour 2 (24-HLPJ2PO1). Texte de Robert Musil : aménagement du monde et construction de soi.
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Interprétation littéraire : Pourquoi Ulrich ne parvient-il pas à aménager son intérieur ?
Dans l’extrait de L’Homme sans qualités, l’abondance des choix et les prescriptions contradictoires font d’un aménagement domestique une épreuve d’identité. Ulrich ne manque pas seulement d’un goût décoratif : il ne trouve pas un critère qui lui permette de choisir.
Le début présente une liberté apparemment agréable. Réinstaller à sa guise une propriété lui offre toutes les méthodes, de la restauration au bouleversement. Mais la multiplication des styles transforme cette ouverture en indécision. L’histoire de l’art devient un ensemble de possibles simultanément disponibles.
Les discours d’avant-garde prétendent ensuite résoudre le choix par des impératifs. La maison devrait ressembler à une clinique ou comporter des parois mobiles. Chaque proposition tire une norme générale d’une idée sur l’homme moderne. Le ton du récit met à distance cette assurance, notamment par la remarque selon laquelle de nouveaux temps commenceraient à chaque minute.
La superposition de trois styles déjà présents rend les exigences impossibles à satisfaire ensemble. Le bonheur annoncé par le narrateur est ironique : cette impossibilité protège peut-être Ulrich d’une solution totale, mais ne le libère pas de l’inquiétude.
La menace décisive vient de l’équivalence entre logement et identité. Choisir un meuble devient se définir aux yeux d’autrui. L’intérieur domestique est chargé de révéler un intérieur personnel que le personnage ne sait pas encore fixer.
La décision finale de dessiner lui-même paraît reprendre la main. Elle ne constitue pas encore un aménagement réussi : elle déplace la responsabilité vers une création personnelle. Le passage montre ainsi comment la liberté de choix peut devenir embarras lorsque des discours extérieurs promettent d’en faire la vérité complète de soi.
Essai philosophique : Créer son monde, est-ce se créer soi-même ?
Problème
Nous transformons nos lieux, nos habitudes et nos relations. Ces créations nous donnent-elles une identité, ou expriment-elles une personne déjà constituée ? « Son monde » ne doit pas être confondu avec la totalité du réel.
L’action transforme son auteur
Aménager un lieu ou entreprendre une œuvre oblige à choisir et à apprendre. Les possibilités deviennent des habitudes et des engagements. La création ne se contente donc pas de montrer ce qu’on était : elle peut former des capacités nouvelles et modifier la manière de se comprendre.
Une création qui ne part pas de rien
Ulrich rencontre un bâtiment, des styles et des discours qui le précèdent. De même, chacun agit avec une langue, des ressources et des relations reçues. Se créer n’est pas décider souverainement de tous ses traits. Le monde créé peut aussi refléter des attentes sociales que l’on prend pour ses propres désirs.
Un rapport ouvert plutôt qu’une image figée
L’objet ou le lieu ne contient pas toute la personne. D’autres usages et d’autres regards peuvent transformer son sens. La création de soi suppose donc de pouvoir reprendre ses choix sans réduire son identité à un décor réussi ou à une œuvre achevée.
Conclusion
Créer son monde contribue à se créer soi-même parce que l’action forme des capacités et des engagements. Ce n’est ni une création à partir de rien ni une définition définitive : le sujet se transforme avec un monde partagé qui lui résiste.