Corrigé bac HLP 2025 Nouvelle-Calédonie, jour 2
Aller à un exercice ou une partie
Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, spécialité humanités, littérature et philosophie, 2025 Nouvelle-Calédonie, jour 2. Pièce 25-HLPJ2NC1 : les deux parties sont traitées.
Télécharger ce corrigé en PDF · Ouvrir le sujet officiel · Retrouver les annales
Interprétation littéraire : Comment la violence de la guerre métamorphose-t-elle le personnage ?
Dans cet extrait du Livre des Nuits, la blessure ne laisse pas seulement une marque sur le corps de Théodore-Faustin : elle transforme sa voix, ses relations et son rapport au temps. Le retour ne rétablit pas celui qui était parti.
Le début adopte la perception bouleversée de la victime. Le bruit du coup devient extinction ; le sang envahit jusqu’au ciel. Ce déplacement fait éprouver une perte des repères, plutôt qu’une scène de combat glorieuse. Le nom du père, que le soldat voudrait transmettre à son fils, se noie avant d’être prononcé : la violence atteint aussi la continuité familiale.
Le contraste de durée est décisif. La participation au conflit a duré moins d’un mois, mais la guerre se poursuit dans le corps pendant près d’un an. L’immobilité impose de réapprendre la marche et, plus profondément, de se réapprendre soi-même. La fin du combat n’est donc pas la fin de la guerre vécue.
La métamorphose passe ensuite par la parole. La voix douce devient criarde, les phrases se fragmentent et sont comparées à des projectiles. Le personnage qui a reçu la violence la porte désormais dans ses échanges. Son rire, loin d’exprimer la joie, évoque une mécanique rouillée et déforme un visage déjà partagé par la cicatrice.
La décoration militaire forme un contraste avec cette expérience. La reconnaissance publique ne suffit pas à restaurer l’unité intime. De même, les campagnes ruinées et les habitants méfiants prolongent dans le paysage la défiguration du soldat.
Enfin, la répétition de la solitude et du retard rend le retour irréversible. Théodore-Faustin revient dans un lieu, mais pas dans le temps où il l’avait quitté. La dernière formule élargit la blessure à toute une relation au monde : quelque chose ne pourra plus être simplement repris.
Essai philosophique : Peut-on réparer les effets de la violence ?
Problème
Réparer peut signifier restituer un état antérieur, compenser un dommage ou rendre une vie de nouveau possible. La violence produit parfois de l’irréversible. Faut-il alors renoncer à toute réparation ?
Restaurer ce qui peut l’être
Des biens peuvent être rendus, des lieux reconstruits, des droits rétablis. Reconnaître un tort et en attribuer la responsabilité rompt aussi avec son déni. La réparation n’est donc pas toujours une illusion : elle peut modifier concrètement les conditions laissées par la violence.
Reconnaître l’irréversible
On ne rend pas une vie perdue, et aucune compensation ne rend l’événement inexistant. Dans l’extrait de Germain, la décoration ne restitue ni l’ancienne voix ni les compagnons disparus. Traiter une indemnisation comme l’effacement du passé risquerait de demander aux victimes de se taire une seconde fois.
Rendre un avenir possible sans effacer le passé
Une réparation juste peut viser une existence qui ne soit plus entièrement déterminée par le dommage. Elle suppose d’écouter les personnes concernées et de distinguer leurs besoins de l’image rassurante que la société veut donner d’elle-même. La reconnaissance, le soutien et la prévention d’une répétition ont alors une valeur même sans retour à l’état initial.
Conclusion
On peut réparer certains effets de la violence et en limiter d’autres. On ne peut pas toujours restaurer ce qui précédait. Cette limite rend la réparation plus exigeante : elle doit ouvrir des possibilités sans prétendre annuler l’histoire.