Corrigé bac HLP 2025 Polynésie, jour 2

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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, spécialité humanités, littérature et philosophie, 2025 Polynésie, jour 2. Pièce 25-HLPJ2PO1 : les deux parties sont traitées.

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Interprétation philosophique : pourquoi la paix armée ne conduit-elle pas à la paix véritable ?

Nietzsche soutient qu’une paix fondée sur la crainte réciproque conserve les dispositions qui produisent la guerre. La paix véritable exigerait une transformation des intentions et une rupture avec cette défiance.

Le texte commence par les justifications des États. Chacun présente son armée comme défensive et s’attribue ainsi une position morale. Mais pour rendre cette défense nécessaire, il doit imaginer le voisin comme un agresseur possible. Lorsque ce voisin affirme lui aussi vouloir se défendre, il est soupçonné d’hypocrisie.

Cette symétrie est le cœur du raisonnement. Chaque État accorde à sa propre déclaration la sincérité qu’il refuse à l’autre. La préparation militaire ne reste donc pas neutre : elle véhicule une accusation et peut susciter l’hostilité qu’elle invoquait pour se justifier.

Nietzsche distingue ensuite la cessation provisoire des combats et une disposition d’esprit paisible. La paix armée maintient la haine et la peur, qui empêchent le désarmement. Elle ne peut produire mécaniquement une confiance qu’elle contredit dans son principe.

L’hypothèse du peuple victorieux qui détruirait son organisation militaire est volontairement radicale. Le renoncement doit venir d’une puissance reconnue, afin de ne pas apparaître comme la simple conséquence d’une incapacité. Le geste libre manifesterait une autre valeur que la domination et la conservation par la menace.

La maxime finale donne à ce choix une portée extrême : mieux vaudrait périr que vivre dans la haine ou l’entretenir chez autrui. Il faut expliquer cette exigence sans en masquer le risque. Le texte ne propose pas un mécanisme diplomatique garantissant la sécurité ; il critique le principe moral de la paix armée et imagine une rupture avec lui.

Essai littéraire : les œuvres peuvent-elles éviter de haïr et de craindre ?

Introduction proposée

La haine et la peur se nourrissent parfois d’images simplifiées de l’autre. La littérature et les arts peuvent déplacer ces images, mais peuvent aussi les renforcer. Leur capacité pacificatrice dépend-elle de leurs formes et de la manière dont on les reçoit ?

Défaire les représentations qui justifient la violence

Dans le chapitre III de Candide, Voltaire oppose le spectacle ordonné des armées aux corps et aux villages détruits. Le traitement symétrique des deux camps empêche d’attribuer toute la cruauté à l’ennemi. L’ironie travaille les discours de gloire et invite à reconnaître des victimes plutôt que des catégories abstraites.

Rendre nos critères discutables

Montaigne, dans « Des cannibales », montre que nous appelons barbare ce qui n’est pas de notre usage. Le déplacement ne demande pas d’approuver tout comportement ; il oblige à examiner la norme à partir de laquelle nous condamnons. L’essai peut ainsi limiter une haine fondée sur la seule étrangeté.

Distinguer la peur projetée de l’alerte justifiée

La lecture peut également travailler la crainte. Dans « Des cannibales », la mise à distance de nos usages permet de ne plus tenir l’étranger pour menaçant du seul fait de sa différence. Elle n’exige pas de nier un danger réel. Chez Voltaire, Candide tremble et cherche à se protéger : le lecteur découvre une peur attachée à la violence subie, derrière le spectacle admirable des armées. Comprendre la vulnérabilité d’autrui peut réduire une peur aveugle du voisin, sans supprimer la prudence. L’enjeu n’est donc pas d’abolir toute crainte, mais d’examiner ses objets et les récits qui l’entretiennent.

Une possibilité qui n’est pas une garantie

Une œuvre peut aussi glorifier la guerre ou caricaturer un groupe. Même une lecture attentive ne garantit pas une conduite juste. L’émotion a besoin d’être prolongée par la réflexion et l’action. La force des œuvres est d’ouvrir une rencontre et de rendre les simplifications moins évidentes, non de supprimer automatiquement les passions.

Conclusion

La littérature et les arts peuvent contribuer à moins haïr et à moins craindre en transformant le regard. Ils n’abolissent ni les conflits ni la responsabilité du lecteur. Leur valeur pacificatrice est une possibilité à exercer, plutôt qu’une propriété assurée de toute œuvre.

Textes évoqués : Candide, chapitre III ; Montaigne, « Des cannibales ».