Corrigé bac philosophie 2021 Antilles-Guyane

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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie, session 2021 Antilles-Guyane. Ce sujet comporte quatre choix, tous traités ci-dessous ; un seul était à rendre.

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Sujet 1 : La nature nous impose-t-elle des devoirs ?

Un fait naturel décrit ce qui existe ; un devoir indique ce qui doit être fait. La difficulté est de savoir comment passer de notre dépendance envers la nature à une obligation, sans déclarer bon tout ce qui est naturel.

La nature impose d’abord des conditions : nous dépendons de ressources et de milieux vivants. Les ignorer expose à des conséquences. Mais une nécessité matérielle n’est pas encore une obligation morale : avoir besoin d’eau ne dit pas, à soi seul, comment la partager.

On ne peut donc déduire directement le devoir du fait. Les maladies sont naturelles, sans que leur caractère naturel oblige à les laisser se développer. À l’inverse, une technique n’est pas condamnable parce qu’elle transforme le donné. Il faut un jugement sur les fins, les effets et les êtres concernés.

La nature devient l’objet de devoirs lorsque nous reconnaissons notre responsabilité envers autrui, les générations futures ou les vivants affectés par nos actions. Préserver un milieu peut être exigé parce que sa destruction compromet des existences. La nature ne formule pas des ordres moraux ; ses conditions et sa vulnérabilité donnent matière à des obligations que la raison doit justifier.

Sujet 2 : L’artiste peut-il dire la vérité ?

L’artiste invente, compose et transforme. On pourrait croire qu’il s’éloigne ainsi du vrai. Mais la vérité se réduit-elle à la reproduction exacte d’un fait ?

L’artiste peut d’abord témoigner d’une expérience et rendre visible ce qui était négligé. Le choix d’une forme ne supprime pas nécessairement la fidélité. Un récit construit peut faire comprendre une situation mieux qu’un inventaire de détails sans perspective.

Même la fiction peut révéler une vérité sur les relations humaines. Un personnage imaginaire donne à saisir une possibilité de l’existence : ambition, peur, attachement. Ce n’est pas la vérité factuelle selon laquelle cet individu aurait existé ; c’est la justesse d’une expérience rendue intelligible.

Cependant, la force esthétique ne prouve pas tout ce que l’œuvre suggère. Une représentation peut aussi persuader et tromper. Le spectateur doit distinguer émotion, interprétation et affirmation vérifiable. L’artiste peut dire ou montrer des vérités, à condition de ne pas confondre la puissance d’une forme avec une garantie universelle d’exactitude.

Sujet 3 : Connaître le passé est-ce préparer l’avenir ?

Le passé est accompli, alors que l’avenir reste à construire. Sa connaissance peut-elle servir de guide sans transformer les précédents en recettes ?

Connaître le passé permet de comprendre les conditions présentes. Une institution ou un conflit a une histoire ; l’ignorer expose à répéter des erreurs ou à prendre une situation construite pour une nécessité éternelle. La mémoire des expériences conserve aussi des ressources d’action.

Pourtant, aucun événement ne se répète avec toutes ses circonstances. Une analogie mal conduite peut aveugler : appliquer la réponse ancienne à une situation différente n’est pas tirer une leçon, mais éviter d’examiner le nouveau. Le passé peut devenir un refuge ou une justification de l’inaction.

Préparer l’avenir demande donc un usage critique de l’histoire. Il faut comparer, distinguer les conditions et reconnaître ce qui n’est pas prévisible. La connaissance élargit les possibilités sans décider à notre place. Le passé prépare l’avenir lorsqu’il forme le jugement ; il l’enferme lorsqu’on le transforme en destin ou en programme automatique.

Sujet 4 : explication du texte de Simone Weil

Weil oppose deux conceptions de la liberté. La première consiste à obtenir sans effort ce qui plaît. La seconde repose sur le rapport entre pensée et action : être libre, c’est pouvoir agir à partir d’un jugement sur la fin et les moyens.

Le début définit un idéal de maîtrise réfléchie. La liberté ne se mesure pas au plaisir immédiat ni même à la réussite. Une action difficile ou manquée peut rester libre si le sujet en a disposé. La douleur affecte le bonheur, mais n’abolit pas nécessairement la dignité de celui qui agit selon son jugement.

Le texte écarte ensuite une confusion : disposer de son action n’est pas agir arbitrairement. Une décision sans examen n’est pas libre du seul fait qu’elle vient de soi. Le jugement doit porter sur la situation objective et sur les nécessités qui la composent.

Enfin, Weil ne promet pas de sortir de toute dépendance. Le vivant reste soumis à des conditions inflexibles. La différence est dans sa manière de s’y rapporter : subir une impulsion extérieure sans la comprendre, ou agir d’après la représentation réfléchie qu’il s’en fait. La liberté n’abolit pas la nécessité ; elle transforme le rapport que le sujet entretient avec elle.

La métaphore de l’aiguillon souligne la passivité de la servitude. À l’opposé, l’action libre est orientée par une compréhension intérieure, même quand les circonstances restent difficiles.