Corrigé bac philosophie 2021 centres étrangers, groupe 1
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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie, session 2021 centres étrangers, groupe 1. Les quatre choix sont traités séparément ; un seul était à rendre.
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Sujet 1 : Tout le monde peut-il être artiste ?
Être artiste peut désigner l’exercice d’une activité créatrice, la maîtrise d’un métier ou la reconnaissance publique d’une œuvre. Ces sens conduisent à distinguer une possibilité ouverte à tous et une réussite qui ne se décrète pas.
Chacun peut éprouver le besoin de donner une forme à une expérience. L’apprentissage d’une pratique permet de développer des capacités qui n’étaient pas immédiatement visibles. Présenter l’artiste comme le seul bénéficiaire d’un don mystérieux risque de transformer des différences d’accès et de formation en exclusions naturelles.
Pourtant, la possibilité de créer ne signifie pas que toutes les productions aient la même valeur ou exigent le même travail. La maîtrise des formes, la persévérance et la capacité à renouveler une manière de voir ne sont pas automatiquement acquises. La reconnaissance dépend aussi d’un public et d’institutions ; elle ne relève pas seulement de la volonté individuelle.
La réponse doit donc distinguer le droit et la capacité d’entrer dans une pratique de l’affirmation selon laquelle chacun serait déjà un artiste accompli. Tout le monde peut être invité à créer ; devenir artiste suppose un travail et une relation à des œuvres et à des publics, sans être nécessairement réservé à une catégorie d’êtres humains.
Sujet 2 : L’homme est-il responsable de la nature ?
On est habituellement responsable de ses actes et de leurs conséquences. Or l’humanité n’a pas créé la nature. Peut-elle néanmoins être tenue d’en répondre ?
L’être humain n’est pas responsable de tous les phénomènes naturels : une tempête n’est pas nécessairement le produit d’une décision. Lui attribuer une maîtrise totale reviendrait à exagérer sa puissance. La responsabilité ne doit pas être confondue avec la causalité de tout ce qui arrive.
Cependant, les activités humaines transforment les milieux et peuvent atteindre des vivants qui ne peuvent se défendre dans une discussion politique. La responsabilité porte alors sur ce qui dépend de nos choix, sur les risques prévisibles et sur les moyens de limiter les dommages. Ne pas être l’auteur de la nature n’autorise pas à la détruire sans examen.
Cette responsabilité doit être précisée : les individus, les institutions et les entreprises n’ont pas les mêmes pouvoirs. Dire « l’homme » ne doit pas effacer cette répartition. Nous ne sommes pas responsables de l’existence entière de la nature, mais nous pouvons être responsables envers elle et envers ceux qui dépendent de ses conditions, à la mesure de nos actes et de notre puissance.
Sujet 3 : Existe-t-il des vérités définitives ?
Une vérité définitive serait acquise sans révision possible. L’histoire des erreurs invite à la prudence, mais elle ne prouve pas que toute proposition soit destinée à devenir fausse.
Certains énoncés semblent conserver leur validité une fois correctement établis. Une démonstration dépend de définitions et de règles explicites ; le fait qu’un événement ait eu lieu ne cesse pas d’être vrai parce que le temps passe. Il faut distinguer le changement du réel et le changement de la valeur de vérité d’une proposition bien définie.
En revanche, se croire certain ne suffit pas. Une expérience peut être mal interprétée, une preuve incomplète ou un énoncé trop général. Notre accès au vrai reste soumis à l’examen. Une conviction peut donc être définitive dans l’esprit de quelqu’un sans constituer une vérité définitive.
L’existence possible de vérités définitives ne donne pas une garantie d’infaillibilité à celui qui les affirme. Il faut distinguer la validité de la proposition, ses conditions et la justification dont nous disposons. La recherche peut viser le vrai sans prétendre avoir clos toute question.
Sujet 4 : explication du texte d’Hannah Arendt
Arendt rapproche deux capacités apparemment opposées : mentir et agir. Toutes deux supposent de pouvoir imaginer autre chose que la réalité donnée. Le rapprochement porte sur leur condition commune, non sur leur valeur morale.
Le début précise que l’action introduit du nouveau sans créer à partir de rien. Elle déplace, détruit ou modifie ce qui existe. Pour entreprendre cette transformation, il faut pouvoir envisager un état différent du présent. L’imagination ouvre ainsi une distance entre le donné et le possible.
Le mensonge manifeste aussi cette distance. Dire le contraire de ce que l’on perçoit montre que l’esprit n’est pas lié mécaniquement à son environnement. Cela ne rend pas le mensonge vrai ; cela révèle une liberté de représentation dont l’action a également besoin.
La fin élargit le oui et le non au-delà des seules propositions. Nous pouvons accepter ou refuser une situation et agir pour la modifier. Sans cette liberté mentale, nous ne ferions que prolonger l’état des choses.
Il serait donc faux de conclure qu’Arendt recommande le mensonge ou qu’agir consiste toujours à tromper. Elle met au jour une même source, l’imagination, capable de soutenir des usages différents. La liberté de nier le donné rend possibles à la fois sa falsification et sa transformation effective.