Corrigé bac philosophie 2022 Nouvelle-Calédonie

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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie, session 2022 Nouvelle-Calédonie. Les trois sujets au choix sont traités séparément ; un seul était à rendre.

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Sujet 1 : Le travail est-il une marchandise comme les autres ?

Problème

Le travail peut être vendu contre une rémunération et entrer dans un échange économique. Pourtant, il engage une personne, son temps et ses capacités. La comparaison avec une marchandise a donc une pertinence et une limite à examiner.

Développement possible

Le travail a d’abord une dimension marchande : une prestation est évaluée, négociée et échangée. L’organisation économique compare des coûts et des compétences. Cette dimension ne signifie pas nécessairement que la personne entière serait vendue ; le contrat peut porter sur un service déterminé ou la mise à disposition d’une capacité pendant un temps donné.

Mais l’activité ne se sépare pas de celui qui la réalise comme un objet se sépare de son propriétaire. Les conditions du travail touchent la santé, la dignité et la possibilité de disposer de sa vie. Une relation formellement libre peut aussi être marquée par une forte dépendance : accepter un prix ne prouve pas toujours l’absence de contrainte matérielle.

Le travail requiert donc des limites qui ne sont pas de simples obstacles à l’échange. Temps de repos, sécurité et respect des personnes permettent que l’activité économique demeure compatible avec une existence humaine. On peut reconnaître une valeur économique au travail sans ramener toute sa valeur à un prix.

Conclusion

Le travail participe à un marché, mais il n’est pas une marchandise comme les autres parce que son usage engage directement une personne. Sa mise en échange n’épuise ni sa signification ni les exigences qui doivent la régler.

Sujet 2 : Y a-t-il des vérités intemporelles ?

Problème

Une vérité intemporelle serait valide indépendamment de la date à laquelle on la pense. Or toute connaissance est formulée par des êtres historiques. Le temps de la découverte affecte-t-il nécessairement la validité de ce qui est découvert ?

Développement possible

Certaines vérités semblent indépendantes du changement. Une démonstration mathématique établit une relation à partir de définitions et de règles, non d’une mode. De même, dire qu’un événement a eu lieu à une date reste vrai une fois cette date passée, même si l’événement ne se reproduit pas. Il faut distinguer une vérité concernant le temps et une vérité qui changerait avec lui.

Cependant, nos formulations et nos moyens de preuve ont une histoire. Une proposition tenue pour vraie peut être révisée lorsqu’on découvre une erreur ou que l’on précise son domaine de validité. La certitude ressentie ne suffit donc pas à garantir l’intemporalité. Certaines affirmations comportent en outre un repère implicite : « il pleut » n’a de valeur déterminée qu’en un lieu et un moment.

La solution est de distinguer vérité et possession de la vérité. Une proposition bien définie peut prétendre à une validité indépendante de notre époque, tandis que notre accès à cette validité reste perfectible. Reconnaître l’histoire des savoirs ne contraint pas à dire que toute vérité est une préférence du moment.

Conclusion

Il est possible de penser des vérités intemporelles, à condition de préciser leur sens et leurs conditions. Cela ne donne pas aux êtres humains une connaissance infaillible : l’universalité visée doit rester distincte de la certitude immédiate de celui qui affirme.

Sujet 3 : explication du texte de Cicéron

Thèse

Cicéron affirme qu’accroître son avantage en dépouillant autrui est contraire à la nature humaine parce que cela détruit la communauté dont les hommes dépendent. Il distingue l’intérêt personnel légitime de l’enrichissement obtenu par une atteinte à autrui.

Le renversement initial

La mort, la pauvreté ou la douleur paraissent être des maux majeurs. Cicéron place pourtant au-dessus de ces accidents le mal fait à la société par la spoliation. Ce classement repose sur sa conception de la nature : la vie commune n’est pas un ajout facultatif à l’humanité, mais une condition fondamentale de son existence.

L’analogie du corps

Un membre qui tenterait de s’approprier la santé du voisin détruirait l’organisme dont dépend sa propre vie. De même, l’individu qui prend à chacun pour s’enrichir ruine les relations qui rendent ses avantages possibles. L’analogie ne prouve pas que la société serait littéralement un corps ; elle montre le caractère autodestructeur d’un intérêt séparé du tout.

La limite de l’intérêt personnel

Cicéron accepte qu’on préfère acquérir pour soi les biens utiles à la vie. Il ne réclame donc ni l’abolition de toute préférence personnelle ni une indifférence à ses propres besoins. Ce qui est exclu est l’accroissement de ses ressources par la dépossession d’autrui.

La fin rapproche le droit commun à l’humanité et les législations particulières. Les sanctions visent à préserver l’union civique. Elles illustrent l’importance accordée à cette union, sans que le lecteur soit tenu d’approuver chacune des peines mentionnées.

Enjeu

L’intérêt véritable n’est pas un gain immédiat qui détruit ses propres conditions. La justice protège le lien social, et ce lien appartient lui-même à ce qui rend possible une vie humaine.