Corrigé bac philosophie 2022 Polynésie
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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie, session 2022 Polynésie. Les trois sujets au choix sont traités séparément ; un seul était à rendre.
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Sujet 1 : La science ne fournit-elle que des certitudes ?
Problème
On attend de la science des connaissances fondées, mais elle formule aussi des hypothèses et des résultats assortis d’incertitudes. Faut-il considérer ces limites comme un échec, ou comme une condition de sa rigueur ?
Développement possible
La science s’oppose à l’affirmation sans preuve. Démonstration, mesure et contrôle permettent de distinguer un résultat d’une simple conviction. Certains énoncés sont solidement établis dans des conditions définies. Cette fiabilité justifie la confiance, sans se réduire à l’assurance subjective du savant.
Cependant, la recherche ne fournit pas uniquement des conclusions définitives. Elle travaille avec des modèles, des hypothèses et des erreurs de mesure. Une prédiction peut être probabiliste sans être arbitraire. Préciser une marge d’erreur est parfois plus rigoureux qu’afficher une exactitude illusoire. Une théorie peut également être corrigée lorsque son domaine d’application est mieux compris.
Il faut donc distinguer certitude absolue et connaissance justifiée. La force de la science est de rendre les raisons de croire contrôlables et les erreurs discutables. Le doute méthodique ne signifie pas que tout est douteux de la même façon. La présence d’incertitudes ne met pas sur le même plan un résultat éprouvé et une opinion sans examen.
Conclusion
La science fournit des connaissances de solidité variable, des questions et des limites autant que des certitudes. Sa valeur tient à la qualité des justifications et à la possibilité de les réexaminer, non à la promesse de ne jamais se tromper.
Sujet 2 : L’inconscience est-elle un défaut ?
Problème
L’inconscience peut désigner une absence de perception réfléchie, un processus qui échappe au sujet ou une imprudence. Ces sens ne doivent pas être confondus : tout ce qui n’est pas conscient n’est pas une faute.
Développement possible
L’inconscience apparaît comme un défaut lorsqu’elle prive une action de l’examen nécessaire. Ignorer volontairement un danger prévisible peut exposer autrui ; ne pas reconnaître les conséquences de ses décisions peut entretenir une injustice. La conscience permet ici l’orientation et la responsabilité.
Mais une vie entièrement réfléchie à chaque instant serait impraticable. Des habitudes acquises rendent possibles la marche, l’écriture ou un geste exercé sans délibération constante. Le sommeil n’est pas non plus une faute morale. Ce qui échappe à la conscience peut donc être une condition du fonctionnement de l’existence plutôt qu’une déficience.
La valeur dépend alors de la situation et de ce qui pourrait être porté à la conscience. Un automatisme efficace devient problématique s’il empêche de remarquer un changement. La lucidité consiste à pouvoir reprendre un geste ou une croyance lorsqu’un examen est nécessaire, pas à surveiller sans interruption tous les processus de la vie.
Conclusion
L’inconscience n’est pas toujours un défaut. Elle le devient lorsqu’une absence d’attention ou de réflexion évitable empêche de répondre justement à une situation. Il faut juger les formes de l’inconscience, plutôt que condamner en bloc tout ce qui n’est pas réfléchi.
Sujet 3 : explication du texte de Simone Weil
Thèse et problème
Weil conteste l’idée que la liberté consisterait à supprimer toute nécessité et tout travail. Une activité réglée par des obstacles extérieurs permet au contraire d’acquérir une maîtrise de soi que la simple satisfaction des caprices ne donne pas.
Travail et discipline
Le texte commence par les risques d’une vie entièrement oisive. L’absence de contraintes ne supprime pas les passions ; elle peut leur laisser toute la place. Pour leur résister, il faut rencontrer une exigence qui ne change pas au gré de nos envies. L’obstacle extérieur oblige à ajuster ses gestes et à persévérer.
Un obstacle inventé pour s’amuser peut être abandonné quand il déplaît. Weil demande donc comment la seule fantaisie pourrait nous libérer de la fantaisie. Même les sciences, les arts et le sport gagnent leur valeur par l’exactitude, la rigueur et le scrupule qu’ils partagent avec le travail bien fait.
Le sens d’une liberté concrète
Les métiers cités montrent une action tenue de répondre aux choses. L’expression « comme il faut » associe réussite technique et exigence dans la manière de faire. À l’opposé, un âge d’or sans règles ressemblerait à une enfance livrée au caprice : ce serait encore une dépendance.
La fin rappelle que le corps reste pris dans l’univers. Supposer la disparition des besoins ne ferait pas disparaître les émotions. Une activité régulière peut donner une prise sur elles. La liberté ne se définit donc pas comme une absence abstraite de nécessité, mais comme une capacité à se conduire au sein de conditions réelles.
Limite à conserver
Weil ne justifie pas, dans cet extrait, n’importe quelle exploitation ou contrainte professionnelle. La valeur formatrice d’un effort bien réglé ne rend pas toute forme de travail libératrice. L’enjeu est la maîtrise de soi rendue possible par une activité exigeante.