Corrigé bac philosophie 2025 Amérique du Nord, remplacement

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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie, session 2025 Amérique du Nord, remplacement. Les trois sujets au choix sont traités séparément ; un candidat ne devait en traiter qu’un.

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Sujet 1 : raison et préjugés

Problème et réponse proposée

Un préjugé est un jugement adopté avant examen, par habitude, imitation ou intérêt. La raison désigne la capacité de demander des justifications et de mettre des propositions à l’épreuve. La question porte sur son pouvoir réel : montrer qu’une opinion est fausse suffit-il à la faire disparaître ?

La raison peut défaire les justifications d’un préjugé, mais son efficacité dépend aussi des conditions dans lesquelles les individus acceptent de discuter. Une copie doit donc examiner à la fois sa force critique et ses limites pratiques.

Développement possible

D’abord, raisonner permet de suspendre l’évidence apparente. Une généralisation sur un groupe confond souvent quelques cas observés avec une propriété de tous ses membres. Exiger des preuves, distinguer corrélation et causalité, chercher un contre-exemple : ces opérations montrent ce qui manque à la prétendue connaissance. Le doute n’est pas ici le refus de tout savoir, mais le commencement d’un examen.

Cependant, le préjugé n’est pas toujours une simple erreur intellectuelle. Il peut rassurer, donner un sentiment d’appartenance ou légitimer un avantage. Une personne peut rejeter un contre-exemple comme une exception pour préserver sa conviction. Accumuler des arguments ne supprime donc pas automatiquement la peur ou l’intérêt qui la soutiennent.

Enfin, la raison devient plus efficace lorsqu’elle organise une pratique de révision du jugement : confrontation de points de vue, règles communes de preuve, éducation et discussion sans humiliation. Celui qui critique doit lui-même accepter l’examen de ses convictions. La rencontre d’autrui donne aux raisonnements une prise sur l’expérience, sans suffire à elle seule à garantir l’absence de préjugés.

Conclusion

La raison peut rendre un préjugé injustifiable et donner les moyens de s’en libérer. Elle ne contraint pas mécaniquement les volontés. Son pouvoir est une possibilité de transformation à exercer, plutôt qu’une victoire acquise dès qu’un bon argument est formulé.

Sujet 2 : la place de l’être humain dans la nature

Problème

L’être humain appartient biologiquement à la nature, mais transforme son milieu par la technique et se donne des normes. « Être à sa place » peut signifier appartenir à un ensemble, remplir une fonction ou avoir le droit d’occuper une position. Ces sens ne se déduisent pas les uns des autres.

Développement possible

L’appartenance naturelle est d’abord incontestable : le corps humain dépend de ressources, d’autres vivants et de conditions physiques qu’il n’a pas créées. Même une ville et ses outils ne nous soustraient pas à ces dépendances. Imaginer l’humanité entièrement extérieure à la nature masque ainsi les conséquences matérielles de ses activités.

Mais cette appartenance ne lui assigne pas une fonction morale écrite d’avance. L’humain apprend, invente, modifie ses habitudes et discute les fins de son action. Cette distance réflexive explique l’impression d’un être sans place fixe. Elle ne prouve ni une supériorité absolue ni une anomalie à éliminer. Ce qui est naturel n’est pas automatiquement ce qui est juste.

Il faut donc penser une place à construire : transformer un milieu tout en reconnaissant les limites et les dépendances de cette transformation. Cultiver une terre n’est pas simplement quitter la nature ; c’est établir avec elle une relation dont les effets doivent être évalués. La puissance technique accroît la responsabilité plutôt qu’elle n’abolit l’appartenance.

Conclusion

L’être humain est dans la nature sans y trouver un destin moral entièrement fixé. Sa place ne consiste ni à nier sa singularité ni à se déclarer maître sans limites, mais à régler ses actions en connaissant leurs conditions et leurs effets.

Sujet 3 : explication du texte de Locke

Thèse et progression

Dans cet extrait de la Lettre sur la tolérance, Locke conteste l’attribution des révoltes à une religion particulière. L’oppression, plutôt que l’appartenance religieuse en elle-même, explique le soulèvement des persécutés. Le problème est politique : comment identifier la cause d’un trouble sans rendre ses victimes responsables de la persécution ?

Le début oppose deux rapports de gouvernement. La modération favorise la tranquillité ; la tyrannie produit le désordre. Locke ne nie pas que des soulèvements prennent un langage religieux. Il distingue leur prétexte déclaré des traitements qui les provoquent. La religion peut être le motif de la persécution sans être la cause propre de la révolte.

L’expérience de pensée centrale neutralise ensuite la différence religieuse. Un prince prive de travail, de droits familiaux et de justice des personnes réunies par des traits physiques arbitraires. Leur résistance serait prévisible. Ce déplacement montre que la réaction vient du tort subi en commun, et non d’une doctrine que ces personnes partageraient.

La fin distingue les motifs ordinaires d’association : commerce, divertissement, voisinage, culte. Se rassembler n’est donc pas, en soi, conspirer. La violence du pouvoir peut transformer un groupe paisible en groupe de résistance. L’argument inverse ainsi le soupçon : le gouvernement persécuteur contribue à produire le danger dont il accuse les persécutés.

Portée de l’argument

L’extrait défend une politique de tolérance en faisant aussi valoir ses effets sur la paix civile. Il ne dit pas que toute association est toujours inoffensive, ni que tout acte violent est justifié. Sa généralisation finale doit être comprise dans la démonstration contre la persécution : on ne doit pas prendre la croyance commune pour une preuve de sédition.