Corrigé bac philosophie 2025 : Métropole, remplacement bis

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Proposition de corrigé — non officielle. Baccalauréat général, philosophie 2025, Métropole : remplacement, sujet bis, repère 25-PHGEME4. Les trois sujets au choix sont traités séparément ; un seul était à rendre.

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Sujet 1 : Y a-t-il des choses dont il ne faudrait pas avoir conscience ?

Problème

Avoir conscience d’une chose, c’est la percevoir ou la reconnaître ; avoir une conscience morale, c’est aussi juger ce qu’elle implique. La question ne demande pas seulement si l’ignorance rend heureux, mais si certaines prises de conscience seraient indésirables ou illégitimes.

Développement possible

La conscience paraît d’abord nécessaire à la liberté. Connaître un danger permet de se protéger ; reconnaître une injustice permet de la combattre. Une satisfaction fondée sur la dissimulation laisse l’individu dépendre de ce qu’il ne comprend pas. Préférer systématiquement l’ignorance revient donc à sacrifier une part de son autonomie.

Pourtant, tout savoir n’est pas immédiatement supportable ou utile. Ruminer chacune de ses actions peut empêcher d’agir. Découvrir sans préparation une vérité douloureuse peut désorganiser une existence. Enfin, prendre connaissance de l’intimité d’autrui sans son accord n’est pas rendu légitime par le simple désir de savoir. Il faut distinguer la valeur de la lucidité de la manière dont une information est obtenue ou imposée.

La solution consiste à régler l’attention plutôt qu’à ériger l’inconscience en idéal. Une vérité peut être accompagnée, comprise progressivement et replacée dans une possibilité d’action. Quant à l’intimité d’autrui, la limite concerne notre droit d’en prendre connaissance, non une interdiction générale de penser. La conscience doit aussi reconnaître ses limites et les droits des autres.

Conclusion

Il existe des choses dont la découverte exige du tact, du temps ou une autorisation. Cela ne condamne pas la conscience elle-même. Le souhait de ne pas souffrir ne suffit pas à faire de l’ignorance une obligation ; la lucidité gagne à devenir une capacité d’orientation, plutôt qu’une surveillance permanente de soi et d’autrui.

Sujet 2 : Est-il utile d’être juste ?

Problème

L’utilité rapporte une conduite à un avantage ; la justice exige de respecter des droits ou une règle équitable. Si l’on n’est juste que lorsque cela rapporte, respecte-t-on encore la justice ? Inversement, une exigence morale doit-elle être sans effet favorable pour avoir de la valeur ?

Développement possible

La justice a des effets utiles : elle rend les relations plus prévisibles et permet de coopérer sans craindre une tromperie constante. Respecter un engagement entretient la confiance, tandis que l’arbitraire fragilise les échanges et la vie commune. Ces bénéfices expliquent qu’une société ait intérêt à des institutions justes.

Mais l’avantage collectif ou durable ne coïncide pas toujours avec l’intérêt immédiat de chacun. Rendre un bien trouvé peut coûter une occasion de gain. Défendre un innocent peut exposer à une sanction. Si l’utilité personnelle devient l’unique critère, une injustice profitable serait admise : on aurait alors remplacé la justice par le calcul.

Il faut donc distinguer le fondement d’une conduite et ses effets. Une action peut être juste parce qu’elle reconnaît un droit, et utile parce qu’elle soutient la confiance. La justice permet aussi de discuter la distribution des bénéfices : utile pour qui, à quel prix, avec quels droits sacrifiés ? Elle ne se réduit pas à une technique d’efficacité.

Conclusion

Être juste peut être utile, en particulier à la vie commune. Mais son obligation ne doit pas dépendre de la certitude d’un profit. La justice rend possible un monde où l’avantage n’est pas obtenu au mépris des droits d’autrui.

Sujet 3 : explication du texte de Nietzsche

Question et thèse

Nietzsche examine la prétention de la science à se passer de convictions. Il reconnaît sa discipline critique, puis en interroge le présupposé : la recherche scientifique suppose elle-même que la vérité mérite d’être recherchée au-dessus de toute autre valeur.

Premier mouvement : les convictions soumises à l’examen

Une conviction demande l’adhésion parce qu’elle se présente comme certaine. Une hypothèse accepte, au contraire, d’être éprouvée et éventuellement abandonnée. La science peut employer un point de vue ou une construction provisoire, à condition de ne pas les soustraire au contrôle. La métaphore policière désigne cette vigilance critique, non une police politique de la pensée.

Nietzsche pousse la distinction : une conviction n’entre dans la science qu’en perdant son caractère inconditionnel. Le chercheur doit pouvoir modifier ce qu’il avance. Le texte ne soutient donc pas que n’importe quelle croyance vaut une connaissance établie.

Deuxième mouvement : la conviction préalable

Le raisonnement se retourne ensuite vers la condition de cette discipline. Pour sacrifier une opinion à une vérité gênante, il faut tenir la vérité pour supérieure au confort ou à l’intérêt. Ce choix de valeur ne se démontre pas simplement par l’une des expériences qu’il rend possibles.

La science n’est donc pas « sans présupposés » : elle suppose une volonté de vérité. L’expression ne signifie pas que ses résultats sont arbitraires, mais que la valeur accordée à la vérité ne provient pas de ces seuls résultats.

Enjeu

Nietzsche distingue la validité d’une connaissance et la raison pour laquelle on veut connaître. Le texte invite à examiner la valeur de la vérité, et non à conclure que toute méthode scientifique serait inutile ou que toutes les opinions seraient équivalentes.