Corrigé bac pro agricole français 2011 : La Fontaine

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Proposition de corrigé — non officielle. Bac professionnel agricole, E1 français, session 2011, Métropole-Réunion-Mayotte (2011-PRO10-NOR-ME-RE-MA).

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Lecture — La Laitière et le Pot au lait

1. Trois désignations de Perrette

Perrette donne au personnage une identité familière et concrète. Notre laitière le désigne par son activité tout en créant une proximité avec le lecteur. La dame de ces biens introduit une ironie : elle semble posséder une fortune alors que les biens n’existent encore que dans son imagination et viennent de disparaître avec le lait.

Le passage d’une jeune femme ordinaire à une propriétaire imaginaire accompagne ainsi l’envol du rêve puis sa chute.

2. Deux types de textes et une double intention

La fable est d’abord narrative : un personnage agit dans un lieu et une succession d’événements conduit du départ vers la ville à la perte du lait. Les verbes d’action font avancer la scène : « elle allait à grands pas », puis « Le lait tombe ». Ces deux indices montrent la progression et sa rupture.

Elle est aussi argumentative et morale : après le cas particulier, les interrogations sur les rêves et les formules générales élargissent le propos à tous les humains. L’interrogation « Qui ne fait châteaux en Espagne ? » interpelle le lecteur ; la généralisation « Chacun songe en veillant » étend la réflexion à tous. Le narrateur s’inclut lui-même dans cette tendance au moyen de la première personne.

La Fontaine veut plaire, par une histoire vive et amusante, et instruire, en faisant réfléchir aux illusions. La morale n’humilie pas seulement Perrette : sages, fous et narrateur sont également concernés.

3a. Les quatre temps simples de l’indicatif

  • Imparfait : les actions en cours, les habitudes et les calculs imaginés installent le récit et prolongent le rêve.
  • Passé simple : il marque notamment un fait achevé dans le retour rétrospectif sur l’histoire et sa mise en farce.
  • Présent : présent de narration au moment de la chute, puis présent de vérité générale ou de l’expérience du narrateur dans la morale.
  • Futur simple : dans les paroles de Perrette, il transforme les profits espérés en résultats qu’elle croit déjà assurés.

Le récit ne reste donc pas dans un système uniforme au passé. Le présent rend l’accident soudain et vivant ; le passage à la morale rapproche la faiblesse de Perrette de celle du lecteur.

3b. Le vers de la chute

La succession du veau, de la vache, du cochon puis de la couvée forme une énumération, que l’on peut analyser comme une gradation descendante : les biens disparaissent dans l’ordre inverse de leur construction imaginaire, du plus grand projet vers le premier achat.

La brièveté de la rupture et l’absence de développements rendent l’effondrement immédiat. Le lecteur voit toute une fortune rêvée disparaître en un instant avec le lait.

Écriture A — Suivre ses rêves ou s’en méfier ?

Les rêves permettent de se représenter une vie différente et donnent de l’énergie pour agir. Pourtant, Perrette perd son bien réel en se comportant comme si les bénéfices imaginés étaient déjà acquis. Pour mener un projet à terme, faut-il renoncer à rêver ou apprendre à transformer le rêve ?

L’imagination est d’abord utile. Un élève peut viser une formation qui lui paraît lointaine et trouver, grâce à ce but, la motivation de travailler. Un entrepreneur imagine un service qui n’existe pas encore. Sans cette anticipation, on risquerait de ne reproduire que ce qui est déjà connu. Le rêve ouvre des possibilités et aide à supporter les efforts nécessaires.

Mais désirer une réussite ne garantit pas sa réalisation. Perrette envisage le renard et le coût de l’engraissement, mais elle les minimise et enchaîne des profits qu’elle tient trop vite pour acquis. De même, décider qu’un projet fonctionnera parce qu’il plaît à ses amis ne remplace pas une étude des besoins. Le danger apparaît quand on engage des ressources réelles sur une certitude imaginaire.

Il faut donc convertir le rêve en étapes vérifiables. Préparer un budget, demander conseil, essayer à petite échelle et accepter de modifier son idée rendent le projet plus solide. Un futur étudiant peut garder son ambition tout en comparant plusieurs voies d’accès. Prévoir une solution de repli n’est pas trahir son rêve : c’est éviter qu’un obstacle unique détruise tout le parcours.

Les rêves méritent donc d’être suivis comme des orientations, et non tenus pour des résultats. Ils donnent une direction ; l’attention aux faits permet d’avancer. La fable invite à reconnaître notre goût commun pour les illusions sans condamner toute espérance.

Écriture B — Exemple de récit à adapter

Voici un récit fictif. Pour répondre avec une expérience personnelle, on peut en reprendre la progression, mais il faut choisir des faits réellement vécus. Trois procédés sont signalés après les passages correspondants ; sur la copie, ils peuvent être soulignés et nommés dans la marge.

J’avais décidé de créer un petit atelier de réparation de vélos pendant les vacances. Deux amis trouvaient l’idée excellente. Il ne m’en fallait pas davantage : je voyais déjà les rendez-vous s’accumuler et le garage devenir trop petit.

J’allais réparer tous les vélos du quartier. Hyperbole. Je calculais le prix de mes futurs outils avec un argent que je n’avais pas encore gagné. Le soir, au dîner, je parlais de mon activité comme d’une entreprise installée depuis longtemps.

Le premier client est arrivé avec une roue voilée. J’avais surtout appris à changer une chambre à air. Comment avais-je pu oublier de vérifier ce que je savais vraiment faire ? Interrogation rhétorique. Mon enthousiasme ne redressait ni la jante ni mon malaise.

J’ai dû reconnaître ma limite et conseiller un professionnel. Je m’attendais à une moquerie ; mon voisin m’a simplement remercié de ne pas avoir abîmé son vélo. Cette réaction m’a rendu un peu de courage.

J’avais prévu les clients, j’avais prévu les bénéfices, j’avais prévu l’enseigne ; je n’avais pas prévu d’apprendre. Anaphore. J’ai repris mon projet autrement, en proposant seulement les petites opérations que je maîtrisais et en demandant à être formé pour les autres.

À la fin de l’été, le garage n’était pas devenu une grande entreprise. Mais j’avais acquis un peu d’expérience et je tenais un carnet de dépenses réelles. Mon projet avait rétréci ; pour la première fois, il avançait.